‹ Henri VIII et les monastères anglaisChapitre 154 sur 288 · Wright, p · texte numérisé non relu

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well pour en assurer l'exécution, ces ordonnances durent révolter des malheureux sans défense. Nous allons signaler brièvement une ou deux de ces injonctions, car elles montrent bien à quels mobiles obéissaient ceux qui les fabriquèrent. Tous les religieux âgés de moins de vingt-quatre ans qui avaient prononcé les vœux avant leur vingtième année devaient être libérés et quitter le couvent. Ceux qui restaient furent traités, à vrai dire, en prisonniers. Personne ne pouvait franchir l'enceinte toujours fort étroite du monastère, ni pour entrer, ni pour sortir. On chargea des portiers spéciaux, qui étaient en réalité des geôliers, de veiller à l'observation de cette règle impossible. La discipline et l'ordre cessèrent entièrement d'exister du jour où tout moine qui désirait se plaindre de la conduite de son supérieur ou de l'un de ses frères eut le droit d'en appeler à Crumwell, et, pour faciliter les démarches de ce genre, il fut enjoint au supérieur de fournir au subordonné mécontent l'argent et les moyens voulus pour accomplir en personne, si tel était son désir, les formalités de cet appel.

De semblables injonctions ne pouvaient viser qu'un seul but : inviter à la désobéissance, et ainsi, donner à chaque instant au roi l'occasion de s'immiscer dans l'économie intérieure des monastères. Henri voulait évidemment, à force de harceler les moines, les obliger d'abandonner une lutte inutile et de lui livrer leurs maisons. Le visiteur Ap Rice n'était pas aussi bien au courant des vues secrètes de Crumwell que certains de ses confrères : il trouvait que Legh allait trop vite en besogne. Il fit remarquer qu'il était impossible de tenir les religieux prisonniers, et que même les Chartreux avaient dû nécessairement permettre à

leurs prieurs de sortir pour s'occuper des affaires de la communauté (1). Mais Leghnous apprend la vérité sur la politique de Crumwell. Dans une lettre envoyée de l'abbaye de Denny, un mois environ plus tard, il s'exprime ainsi : « Par cela vous verrez qu'il n'y aura pas besoin de les chasser, car ils solliciteront d'euxmêmes leur congé et leur action leur sera imputée àeux, non à d'autres.» Ap Rice ajoute un post-scriptum qui prouve que maintenant il saisissait, lui aussi, la portée véritable des instructions royales. « Quoique je pense qu'ils méritent d'être tous expulsés, dit-il, cependant je considère qu'il vaudrait mieux, pour éviter la calomnie et l'envie, qu'ils fussent licenciés sur leur pressante requête. Et vous verrez qu'ils agiront de la sorte avant peu, si nous les contraignons d'observer ces injonctions. Et le peuple saura d'autant mieux qu'ils sont congédiés sur leur propre demande, si cela n'arrive pas juste au moment où nous sommes ici : car autrement, le peuple dirait que nous ne sommes venus que pour les chasser, alors même que la vérité serait contraire (2). »

Les vexations mesquines ne furent pas les seuls artifices qu'on employa pour accomplir le grand ouvrage de destruction. Layton, qui était le bras droit de Crumwell, vit dans la question de la Suprématie un instrument de torture pour les consciences. En créant chez ses victimes la lâcheté, résultat d'actions coupables, il les poussait à l'abdication définitive de leurs droits personnels. « Je vous conseillerais, » dit-il dans une lettre où il insinue pour la première fois qu'il serait utile de visiter la province d'York, « de

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