‹ Henri VIII et les monastères anglaisChapitre 165 sur 288 · Ibid., no · texte numérisé non relu

Ibid., no

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De Lewes, Layton se rend à l'abbaye de Battie, dont il dit autant de mal que de la précédente. 11 cita devant le tribunal le prieur, avec lequel il semble avoir eu m-aille à partir. Il appelle l'attention de Crumwell sur ce cas en particulier par la description suivante: « L'abbé de Battle est la plus parfaite buse et le rustre le plus fieffé que j'aie jamais rencontré. Dans toutes les maisons où je vais, et surtout chez cette noire espèce de moines diaboliques, je suis fâché de voir ce que je vois. Sûrement, je crois qu'ils sont hors d'état de s'amender et que Dieu leur a entièrement retiré sa grâce. »

Un autre passage d'une lettre de Layton, où il décrit un incendie à Cantorbéry, offre quelque intérêt. L'événement se produisit alors qu'il séjournait en cette ville, et il faillit mettre un terme à sa carrière. « Samedi soir, j'arrivai à Christchurch, Cantorbéry. A une heure du matin, un de mes serviteurs accourut me réveiller; sans quoi, j'eusse été brûlé dans mon lit. La grande salle à manger où nous soupâmes, qu'on appelle l'appartement du roi et où l'évêque de Winchester coucha la veille de mon arrivée, fut enflammée soudain par quelque tison ou quelque bout de chandelle, qui avait tout d'abord communiqué le feu aux nattes de jonc. Mes serviteurs, qui couchaient près dudit appartement, furentpresque suffoqués dans leurs lits, et ils vinrent me réveiller. Et aussitôt je sortis par une porte de derrière : je fis lever toute la maison et j'envoyai chercher du secours à la ville ; mais, avant qu'on eût pu se procurer des échelles et de l'eau, ledit appartement était perdu, ainsi que la pièce où je couchais. Trois chambres seulement, nommées le nouvel appartement ou l'appartement du roi, ont brûlé.

Les pignons du monastère, construits en briques solides, ont, les hommes aidant, préservé du feu les maisons voisines ; de sorte qu'il n'y a nul dommage, sauf dans le susdit appartement. Dès que j'eus installé les hommes à la manœuvre pour éteindre l'incendie, j'entrai dans l'église et ne la quittai plus : je mis quatre moines, avec des chiens, près de la châsse pour la garder, j'envoyai le sacristain au vestiaire pour veiller sur les ornements, je me promenai continuellement dans la galerie du haut, et je plaçai des moines munis de chandelles dans tous les coins de l'église, puis je mandai à l'abbé de Saint-Augustin qu'il se tînt prêt à venir descendre la chasse avec moi et me disposai à expédier tous les ornements à Saint- Augustin (1). » Le dommage causé ne fut pas plus important que ne le dit Layton : il n'y eut d'autre perte que celle des objets de literie qu'on avait jetés àl'intérieur du cloître pour plus de sûreté, et qui furent emportés par les pauvres de la ville. Layton, dans sa vive préoccupation de sauver la magnifique châsse de saint Thomas de Cantorbéry, ou plutôt les pierres précieuses qui l'ornaient, s'inspirait d'un des principaux motifs qui guidèrent les visiteurs en 1535. Les commissaires tâchaient avant tout de découvrir les objets de valeur que renfermait l'abbaye. Puis ils essayaient de s'en emparer, à l'instar du roi qui s'était approprié la croix ornée de pierres fines de l'église de Winchester. « J'ai des croix en argent et en or, écrit l'infatigable Layton; je ne vous les expédie pas toutes maintenant, car il

1. « Calendar », IX, n° 639. — La « Chronique de Saint-Augustin, Cantorbéry » (Caniden Society, « Narratives of the Reformalion », p. 281) relate un incendie auquel le Dr Layton assista et qui eut lieu le 16 octobre. Ce jour en 1535, fut un samedi, et il s'agit probablement de l'accident raconté plus haut, car la chronique dit que cela se passa « au temps de la visite ».

m'en sera livré de nouvelles, ce soir, par le prieur de Maiden Bradley lui-même. Demain malin, de bonne heure, je vous apporterai les autres, quand j'aurai tout reçu, et peut-être trouverai-je quelque chose ici » (à Saint-Augustin, Bristol) (1).

Il ne manque pas de raisons pour soupçonner dans cette spoliation illégale des églises et des monastères une intention profonde. Leurs biens mobiliers une fois disparus, leur droit d'affermer et de vendre leurs propriétés gêné par toutes sortes d'entraves, leurs richesses taries par les exigences du roi et des courtisans, auxquels il était impossible ou peu sage de refuser, leurs ressources épuisées par les exactions de Crumwell et de ses créatures, nombre de maisons religieuses se virent acculées à l'une de ces deux alternatives : mourir de faim ou se rendre. Depuis des années, bien des monastères étaient à deux doigts de la ruine. Aux demandes du roi et de son ministre ils avaient répondu en sollicitant avec humilité la permission de garder telle ferme ou telles terres qu'on leur voulait arracher, et ils alléguaient qu'ils tiraient de ce bien toute leur subsistance, ainsi que celle de leurs pauvres. La saisie de leurs trésors parles agents de Crumwell et les charges onéreuses que leur imposaientces visiteurs, pour lesinsulter et les voler, durent achever de les ruiner et les forcer à se rendre (2).

1. Wright, p. 59, 21 août 1535. — Il est bon de remarquer que l'exposé des motifs de l'acte de dissolution des petits monastères, voté en février 1536, les accuse d'avoir gaspillé les « ornements de leurs églises ». Ce qui précède nous montre quels furent les auteurs de ce gaspillage. L'accusation était, sans aucun doute, destiaée à expliquer la disparition des ornements.

2. Ces faits sont amplement confirmés par quantité de lettres d'un pénible intérêt, éparses dans les 52 volumes qui renferment la correspondance de Crumwell, au « Record office», et dans d'autres manuscrits de cette époque. On a prétendu — mais nous ne saurions dire jusqu'à quel point cela est

La visite des monastères eut également l'effet le plus désastreux sur leur régime intérieur. C'était porter un coup funeste au principe même de la vie religieuse que de s'ingérer dans la question des vœux et d'ordonner le renvoi de quiconque les avait prononcés avant vingt ans et de quiconque était âgé de moins de vingt-quatre ans. Les commissaires, cela est évident, ne doutaient pas qu'ils n'eussent le pouvoir de libérer les moines des solennelles obligations de leur état. Ils usaient largement de cette faculté, persuadés que plus ils pourraient en décider à quitter le couvent, plus le roi et Crumwell seraient satisfaits. L'ordonnance était ambiguë ; elle suscita des contestations et des difficultés. Legh se plaignit de ce que Layton n'eût pas « licencié tous ceux de moins de vingt-quatre ans », conformément au désir de Crumwell, pensait-il. Mais Ap Rice, qui n'était pas en bons termes avec Legh, avait des scrupules sur la manière d'agir de son confrère. « J'ai cru, écrit-il, que vous ordonniez que tous ceux qui ont entre vingt-deux et vingt-quatre ans pourraient être autorisésà partir, s'ils le désiraient, mais le Dr Legh n'applique cette règle qu'aux hommes, et, de plus, il met dans ses injonctions une clause par laquelle ceux qui le veulent peuvent s'en aller, quel que soit leur âge, — chose que je n'ai point comprise d'après vos instructions (1). » Pourtant, il est plus que probable que Crumwell le comprenait bien ainsi. Stow rapporte qu'on « poussa dehors tous les religieux qui voulaient partir, et tous ceux qui avaient moins de vingt-quatre ans d"âge ». Le supérieur était tenu de

exact, — que, sur tous les monastères condamnés à la destruction, 123 seulement purent subsister jusqu'à l'Acte de Suppression. Cf. Blunt, « Reformation of the Church of England », I, p. 301. 1. « Calendar », IX, n° 622.

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fournir à quiconque s'en allait « un habit de prêtre et 40 shillings en argent. Les nonnes devaient recevoir un costume comme en portent les femmes séculières et pouvaient aller où il leur plaisait. »

En septembre 1535, Chapuys écrivait : « Le bruit court que le roi entend que les religieux de tous ordres soient libres de quitter leur habit et de se marier. S'ils veulent rester au couvent, ils y vivront dans la pauvreté. Il se propose de prendre tous les revenus et de faire des choses plus étranges encore (1). » Les religieux ne se rendaient pas compte du but auquel tendaient leurs ennemis, et qui était la destruction de leurs monastères. Leur simplicité invite parfois à sourire. Ainsi « Jeanne Gowring, Françoise Somer, Marie Pilbeam, Barbara Larke et Brigitte Stravye, âgées de vingt-trois ans et demi, vingt-deux, vingt et un et quinze ans ; les trois premières, sœurs professes, mais expulsées comme les autres », supplient qu'on leur permette de ne point quitter leur cher couvent, ou du moins, si cela ne se peut, d'attendre dans la « maison voisine » qu'elles aient plus de vingtquatre ans pour prononcer leurs vœux de nouveau (2).

Ces visites eurent donc pour effet immédiat d'éclaircirla population des abbayes. Dans plusieurs cas, seuls les moines âgés et infirmes furent épargnés et continuèrent les pratiques de la vie religieuse. On laissa presque vide le couvent de la pauvre Marguerite Vernon, prieure de « Little Marlow ». « Vos visiteurs,

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