‹ Henri VIII et les monastères anglaisChapitre 173 sur 288 · Ibid., tome XXXV, n · texte numérisé non relu

Ibid., tome XXXV, n

gieux sur les événements qui se produisaient autour d'eux devaient être assez tristes. Il n'est pas besoin d'une grande dépense d'imagination pour se figurer la consternation et l'épouvante avec lesquelles ils durent apprendre la nouvelle des violences et des injustices que commettaient les visiteurs dans le courant de leurs tournées. Depuis des années, ils s'efforçaient de reculer le jour fatal de la condamnation définitive par de nombreux présents offerts à Crumwell et à son maître. Avec le peu qu'on leur laissait, ils avaient de la difficulté à se suffire et à maintenir l'hospitalité et l'assistance des pauvres, auxquelles les astreignaient de traditionnelles obligations. Les témoignages à charge qui furent relevés contre l'abbé de Woburn nous ouvrent un aperçu sur les secrets tourments des religieux à cette époque. Quand le bruit de l'exécution des Chartreux parvint au monastère de Woburn, l'abbé réunit ses frères au chapitre et, après avoir récité le psaume Deus venerunt gentes, leur parla ainsi :

« Mes frères, c'est un temps de péril que celui-ci. 11 n'y a point eu de semblable fléau depuis la Passion du Christ. Vous avez appris comment des hommes de bien sont mis à mort. Mes chers frères, cela est, sans nul doute,, la peine de nos offenses, car vous savez que, tant que les enfants d'Israël gardèrent les commandements de Dieu, leurs ennemis n'eurent aucun pouvoir sur eux et Dieu exerça sa vengeance sur leurs ennemis. Mais dès qu'ils violèrent les commandements de Dieu, ils furent aussitôt subjugués : et ainsi sommes-nous. C'est pourquoi repentons-nous, et Dieu punira certainement nos ennemis, ces hérétiques qui font ainsi périr tant d'hommes de bien. Hélas!

c'est pitié que tant de sang chrétien soit versé! Donc, mes chers frères, pour l'amour de Dieu, que chacun de vous prie dévotement et dise le psaume Deus venerunt gentes avec le verset Exsurgat Deus... Récitez ce même psaume chaque vendredi, aussitôt après la litanie, prosternés devant le maître autel, et, n'en doutez pas, Dieu calmera la tempête. (1) »

Les visites des commissaires d'Henri durèrent jusqu'à l'ouverture du Parlement, au mois de février 1536. Les rapports qu'ils fournirent à Crumwell ne semblent pas indiquer que toutes les maisons religieuse eussent été inspectées. Jl avait, cependant, été fait assez pour servir le projet du roi. Qu'elles fussent vraies ou fausses, les délations des agents furent utilisées en vue d'amener le parlement à confisquer les biens des petits monastères. Comment l'on s'y prit pour réussir ; quelle fut la nature des accusations portées par les visiteurs contre les moines ; quelle confiance il faut leur accorder; quelle était la moralité des accusateurs : toutes ces questions seront discutées dans les chapitres suivants.

!. Record office. — Papiers d'État, 1538, t. 114.

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