CHAPITRE YÏII
Le Parlement de 1536 et la Suppression des Petits Monastères.
L'année 1536 s'ouvrit par la mort de l'infortunée reine Catherine, qui fut empoisonnée. Chapuys n'était pas seul à penser qu'Anne Boleyn ne fit rien pour empêcher ce crime, si elle ne l'inspira pas(l). Du moins ne jouit-elle pas longtemps de son triomphe. Elle avait déjà perdu une grande partie de son influence sur Henri, qui ne l'aimait plus, et Crumwell, guidé par des intérêts d'ordre général ou d'ordre privé, complotait sa ruine (2). C'est ainsi que, quatre mois seulement après que la tombe s'était refermée sur les restes de sa rivale, Anne Boleyn était conduite au billot d'exécution, à Tower Hill. Henri et ses agents se préparaient depuis le milieu de l'année précédente à l'attaque qu'ils méditaient contre les monastères. Les hostilités commencèrent au cours de la session du parlement qui s'assembla le 4 février 1536.
Layton et Legh avaient couru de maison en maison
i. Friedmann, « Aime Boleyn », tome II, ch. 14. 2. Ibid., p. 242.
dans le nord de l'Angleterre et avaient expédié à leur maître Crumwell des rapports sur les religieux et sur leurs biens. S'étant réunis à Lichfieldle 22 décembre, les commissaires se mirent en route « pour certaines abbayes le long du Trent. Ensuite nous allons, écrivaient-ils, à Southwell, et nous comptons être à York un peu après le 12. Nous avons l'intention de nous hâter avec diligence et de connaître à fond toutes choses (1). » Le 11 janvier, Thomas Legh informa Crumwell qu'ils étaient arrivés à York et avaient vu l'archevêque (2). Ils avaient cité ce prélat à comparaître devant le Grand Vicaire avec tous les documents relatifs à sa province. « Je ne doute point, ajoute Legh, que quand vous les aurez lus, vous ne trouviez quantité de choses dignes de réforme, et je suppose que cette connaissance vous plaira ainsi qu'à Sa Majesté le roi (3) . »
Pour avoir été de Lichfield à York en moins de quinze jours, sans oublier d'inspecter les couvents situés sur leur chemin, tant au point de vue de leurs biens que de leur moralité, il faut, en effet, qu'ils se soient « hâtés avec diligence ». Il est vrai que, lorsqu'ils entreprirent leur tournée, on n'avait que six semaines devant soi pour accomplir la visite, remettre les rapports à Crumwell et préparer ceux-ci en vue de les soumettre au parlement. Les commissaires, en ce court espace de temps, avaient à parcourir le diocèse de Coventry et de Lichfield, ainsi que toute la province d'York (4). 11 leur était donc absolument