‹ Henri VIII et les monastères anglaisChapitre 18 sur 288 · Statutea al Large », éd. 1763, tome IV, p · texte numérisé non relu

Statutea al Large », éd. 1763, tome IV, p

tard, à celui de Gatcombe Secunda, situés tous deux dans le diocèse de Salisbury. A dix-huit ans, il recelait le doyenné de Wimborne Minster (1).

La non-résidence des évêques dans leurs diocèses fut une source de maux très féconde. Les fonctions épiscopales étaient presque toujours abandonnées aux suffragants, qui, au lieu d'être de simples coadjuteurs, devenaient de fait les substituts de leurs supérieurs pour toutes les affaires spirituelles de la province. Assez souvent, ces suffragants étaient des évêques de diocèses irlandais, qui résidaient en Angleterre au préjudice de leur propre siège et qui prenaient en main la gestion de plusieurs diocèses. Ces auxiliaires étaient gratifiés de cures et d'autres bénéfices ecclésiastiques, en guise de rétribution pour leurs services, et ils abandonnaient à leur tour ces cures aux soins de desservants mal payés. Le clergé tout entier finit par négliger plus ou moins ses devoirs : privé de la surveillance nécessaire et d'une direction paternelle, il suivit bientôt l'exemple de non-résidence que lui donnaient ses supérieurs. Les résultats de cette conduite furent déplorables pour ce qui touchait au bien et à l'instruction du peuple. La loi prescrivait aux curés de prêcher au moins quatre fois l'année dans leur paroisse ; mais même cette très mince obligation comportait de fréquentes exemptions, car tous les aumôniers et tous les gradués de l'Université jouissaient d'une dispense. Le successeur de Wolsey au siège archiépiscopal d'York, le Dr Edward Lee, rapporte que, dans toute l'étendue de son diocèse, il ne put trouver

i. « Calendar », II, n° 3943. — « Starkey's Dialogue between Pôle and Lupset », Early English Text Society, Préface, CXIII. — 21e année du règne d'Henri VIII, ch. 13.

que douze curés de paroisse qui fussent capables et désireux de prêcher devant le peuple (1).

Pendant bien des années consécutives, par exemple, le diocèse de Bath et Wells connut plutôt ses évêques par ouï-dire que par un commerce personnel. Depuis la mort de Tévêque Beckington en 14G4, les affaires de ce siège épiscopal avaient été gérées d'une façon presque constante par des commissaires «in spiritualibus » et des suffragants. Le diocèse eut, en effet, a mauvaise fortune de tomber entre les mains de gens trop absorbés par les intérêts du roi pour veiller aux besoins spirituels de leurs ouailles. Il fut occupé )ar un étranger, puis affermé par Wolsey. Le palais épiscopal de Wells même, négligé, inhabité et privé de meubles depuis longtemps, était entièrement délabré et tombait en ruines. L'évêque Richard Fox fut regardé comme un modèle en son temps ; et cependant, que dire pour sa défense lorsqu'on voit que ses devoirs épiscopaux inquiétaient si peu sa conscience ? Sacré évêque d'Exeter en 1487, nommé à Bath et Wells en 1491, et transféré à Durham en décembre 1404, il ne vit jamais sa cathédrale d'Exeter et ne mit jamais le pied dans son diocèse de Bath et Wells. L'habitude d'employer les évêques à la direction des affaires d'État, outre ses effets désastreux pour le clergé, avait encore un autre résultat. Elle créait, dans l'esprit de la noblesse nouvelle, une hostilité jalouse envers les ecclésiastiques. Les lords laïques et les fonctionnaires affamés voyaient de mauvais œil, chose assez naturelle, les ecclésiastiques s'immiscer dans les affaires séculières. La part que prenaient ces

1. Record office, Box. R. 90. Strypc Eccles. Mems. I, p. 291.

derniers à toutes les intrigues de la politique de parti et à toutes les menées de la diplomatie domestique et étrangère, empêchait souvent les premiers de conquérir l'avancement qu'ils convoitaient. Aussi, quand l'occasion se présenta, les laïques ne se firent-ils pas prier longtemps pour partir en guerre contre le clergé et pour aider Henri VIII à mettre en vigueur ses lois coercitives à l'égard de l'Église.

Étant donné cet état de choses, rien d'étonnant si l'indifférence religieuse* et l'hérésie faisaient de tels progrès au début du seizième siècle. Foxenous a conservé les noms de vingt-trois hérétiques que Fitz- James, l'évêque de Londres, contraignit d'abjurer leurs erreurs en l'année 1510-11. En novembre 1511, ces doctrines hérétiques étaient regardées comme tellement graves, qu'Henri VIII donna l'ordre à l'archevêque de Cantorbéry de convoquer une assemblée de prélats, qui devait se tenir au mois de février de l'année suivante dans la cathédrale de Saint-Paul, pour y prendre en considération, entre autres choses, les moyens d'extirper l'hérésie (1). L'archevêque Warham choisit Colet, doyen de Saint-Paul, pour prêcher à l'occasion de cette réunion du clergé : ce sermon est peut-être le document contemporain le plus précieux qui nous reste sur la condition de l'Église d'Angleterre à cette époque.

Prenant pour texte les paroles de saint Paul aux Romains : « Ne vous conformez pas au monde, mais transformez-vous par la rénovation de l'esprit, afin que vous fassiez toujours ce qui est bien et agréable à la parfaite volonté de Dieu, » le savant et inflexible

l.«Calendar», 1,2004,4312.

doyen commença de parler hardiment contre « l'habitude d'un genre de vie séculier et mondain chez les clercs et les prêtres ».

C'est à cette existence mondaine que le doyen Colet attribua tous les maux qui affligeaient l'Eglise, et il supplia instamment le clergé anglais de songer à la réforme des abus s'il voulait que la religion échappât à des dangers faciles à prévoir. Inutile de créer des lois nouvelles : qu'on appliquât celles qui existaient déjà ! Ceux-là seuls qui menaient une vie pure et sainte devaient être ordonnés, et il fallait mettre en vigueur les lois interdisant aux ecclésiastiques et aux moines de s'occuper d'affaires séculières. En outre. « qu'on rappelle aux curés, demandait le prédicateur, les lois qui leur prescrivent la 'résidence personnelle en leurs églises. Car nombre de maux sont nés de ce que toutes choses sont faites aujourd'hui par les vicaires et autres prêtres de la paroisse ; et, bien plus, ceux-ci sont des sots indignes et souvent pervers, qui ne cherchent qu'à tirer du peuple un lucre impur : de cette cause viennent les méchantes hérésies et le mauvais christianisme du peuple. »

Ainsi donc, en cette matière, les évêques devaient avant tout veiller à leur propre conduite. Ils devaient s'occuper avec diligence des Ames qui leur étaient confiées et résider dans leurs diocèses. Ils ne devaient pas dépenser leurs revenus « en fêtes et banquets », ni en « vêtements fastueux et autres somptuosités », mais « en choses profitables et nécessaires àTEglise. Car lorsque sain! Augustin, jadis évèque d'Angleterre, demanda au pape Grégoire de quelle façon les évoques cl prélats d'Angleterre devaient dépenser leurs biens, qui étaienl !<■> offrandes des fidèles, I<i pape répondit

(et cette réponse est inscrite dans les décrets, chapitre douzième, seconde question) que les biens des évêques devaient être divisés en quatre parts : dont une part revenait à l'évêque et à sa maison, une autre à ses clercs, la troisième étant consacrée à la restauration et à l'entretien de ses fermes, et la quatrième aux pauvres (1). »

On retrouvait, sans aucun doute, au sein des monastères, l'image de la situation ainsi décrite dans le sermon du doyen au clergé en 1512.

Les événements des cent cinquante années qui précédèrent avaient certainement beaucoup contribué à abaisser le niveau moral des maisons religieuses et à les dépouiller de leur ferveur primitive. Avant qu'elles se fussent remises des effets des grandes pestes du quatorzième siècle, les dissensions intestines du quinzième vinrent accroître les maux dont elles souffraient et leur furent « particulièrement funestes » (2). Le nombre des moines avait, par suite du fléau, diminué à un tel point et ceux qui furent épargnés étaient si grandement affaiblis, qu'il devint impossible de maintenir les anciennes rigueurs de la vie cloîtrée. De plus, comme on l'a montré, la mort frappa bien plutôt les religieux fervents que ceux qui, par crainte de la peste, se laissèrent aller à négliger les pratiques austères et les obligations de leur état. Pareille conduite dut porter un coup terrible au niveau moral des maisons religieuses. La même cause plongea ces établissements dans la misère : en leur enlevant leurs tenanciers et en amenant un changement dans le système de fer-

1. Knight, « Life of Colet » (Vie de Colet), 252-64. Voy. aussi Blunt « Reformation », p. 1018.

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