Brewer, « Henry VIII », I, p
nage, elle desserrait, en effet, les liens qui les attachaient au peuple. La longue et sanglante lutte qui précéda le règne d'Henri VII vint accroître encore ces embarras et contribua à détruire la discipline et à engendrer un esprit d'inquiétude absolument opposé mx vrais caractères de la vie conventuelle. De là, sans meun doute, cette défaillance dans la ferveur des prenières années, et, par-ci par-là, ces fautes graves commises par quelque individu isolé.
La situation financière des monastères au commencement du seizième siècle était, à n'en pas douter, déplorable.
Beaucoup d'entre eux, il est vrai, possédaient de vastes domaines ; ce qui, en soi, était un prétexte de reproche et de blâme, — mais ils n'en souffraient pas moins d'une poignante pauvreté. Dépouillées de leurs tenanciers, les terres des religieux furent négligées et cessèrent de produire. « La dette, sans aucune chance d'acquittement, pesa lourdement sur tous (1). » — Néanmoins, les appels à leur charité, au lieu de diminuer, devenaient plus nombreux et plus nombreuses aussi les exactions des fondateurs royaux ou autres, jusqu'au moment où le fardeau fut trop lourd pour les faibles ressources des religieux. Les papiers d'État du règne d'Henri V11I nous fournissent la preuve des exigences multiples et croissantes du roi et de ses courtisans à l'égard des monastères. Fermes, manoirs, biens de tout genre, furent abandonnés les uns après les autres, pour se conformer à des requêtes qui étaient en réalité des ordres. Les propriétés et revenus des moines faisaient les frais des pensions
i. Brcwer, « Henry VIII », I, p. 50.
dont le nombre allait toujours augmentant et qu'on distribuait sur la demande de gens à qui il était impossible de refuser. « Dans certains cas, écrit M. Brewer, les abbés étaient tenus de doter les « scholars » (élèves boursiers d'Université) nommés par le roi (1) et de les pourvoir de bénéfices suffisants. 'Des pensions et des « corrodies » (pensions en nature) étaient accordées, sous le petit sceau, à des huissiers de la garderobe et de la Chambre du roi, à des auxiliaires de majordomes, à des secrétaires et gentilshommes de la chapelle royale (2); et ces pensions étaient rigoureusement exigées, quelles que fussent les autres charges delà maison (3). »
Le roi se montrait magnifiquement libéral en pensions et gratifications lorsque d'autres étaient chargés de satisfaire ceux qui étaient l'objet de ses générosités. D'après une coutume établie, tout évêque, dès qu'il entrait en jouissance des revenus de son siège, était tenu, « ratione novae creationis », de servir une pension décente à un clerc recommandé par la couronne jusqu'au jour où il lui trouvait un bénéfice convenable. De même, les fondateurs et leurs descendants revendiquaient et exerçaient le droit d'imposer aux maisons religieuses dont ils étaient les patrons, l'entretien et souvent l'hébergement de parents pauvres ou de protégés besogneux. Ainsi, sur l'ordre d'Henri VIII, le dernier abbé de Tavistock, le 16 janvier 1526, octroya à un certain John Amadas la pension en nature qui
1. « Calendar », I, 1235, 1360. M. Brewer ajoute : « L'un des cas les plus intéressants est celui du Prieur de St-Frideswide, à Oxford, qui dut payer une pension à Reginald Pôle, alors étudiant à l'Université d'Oxford, plus; tard Cardinal. » Note, p. 50.