‹ Henri VIII et les monastères anglaisChapitre 184 sur 288 · Union », éd. 1548, fol. 227 d · texte numérisé non relu

Union », éd. 1548, fol. 227 d

ait lieu de supposer que nombre d'abbés furent dispensés d'assister à cette session du parlement. Tel était le procédé ordinairement employé à cette époque pour assurer le succès d'une mesure quelconque. Une semblable indulgence équivalait, en réalité, à un ordre d'abstention. Après la visite féconde en enseignements à laquelle venaient d'être soumis leurs monastères, les « gras et riches abbés » ne pouvaient guère se fier aux bonnes intentions du roi à leur égard. Faisons leur honneur, au moins, d'autant de clairvoyance qu'en avait, dit-on, Stokesley, l'évéque de Londres, et ne croyons pas qu'ils se bercèrent du vain espoir de sauver leur tête par le sacrifice de leurs frères plus faibles qu'eux.

Henri et son ministre, Crumwell, paraissent avoir été les premiers qui comprirent l'énorme puissance de l'opinion publique, et qui s'efforcèrent de l'instruire par des méthodes déterminées et approfondies. On eut recours à tous les moyens pour agir sur l'esprit du peuple : aussi bien aux sermons de prédicateurs choisis en raison de leur attachement connu à la politique du roi qu'aux pièces de théâtres et aux intermèdes, joués souvent à l'intérieur même des églises. Ces pièces représentaient « les immoralités et les désordres du clergé », ainsi que « les pompes de leur culte » ; et par là elles « encourageaient tous ceux qu'elles pouvaient » à adopter la même licence de pensée et le même mépris de la religion (1 ).

Au mois de juin de l'année précédente (1535), Cha-

1. Voy. Blunt. « Reformation », p. 283, en note. « L'horrible grossièreté de ces représentations, l'immoralité et le sacrilège de cette parodie de la sainte Eucharistie dans le temple môme de Dieu, ne semblent point avoir frappé ces écrivains (il s'agit de Foxe et de Burnet). »

puys décrivait l'intérêt que prenait personnellement le roi à ces spectacles. Henri, raconte- 1 — il. avait voyagé à une distance de trente milles et marché le tiers de la, route, à deux heures du matin, pour se rendre à la représentation d'un chapitre de l'Apocalypse. Il s'était installé dans une maison d'où il pouvait tout observer; « mais il fut si joyeux de se voir sur la scène, tranchant la tête aux membres du clergé, qu'afin de rire à son aise et d'encourager le peuple, il découvrit sa présence (1). » Trois ans plus tard, l'ambassadeur de France, Mariliac, décrit dans une lettre à son maître un spectacle du même genre, ou peu s'en faut, que l'on montra sur la Tamise, et en présence d'Henri, à une foule immense. Deux grandes barques, sur lesquelles se pressaient les acteurs, engagèrent un combat simulé. Ceux qui montaient la première étaient vêtus de manière à figurer le pape et son collège de cardinaux, ceux qui étaient dans la seconde, de façon à figurer le roi et ses nobles. Cette dernière fut victorieuse, et le pape et ses partisans furent précipités dans le fleuve. Rien d'étonnant si l'ambassadeur goûta peu cette représentation (2).

On s'était déjà servi de la chaire pour attaquer la suprématie papale et pour inspirer au peuple des idées de révolte contre l'autorité (3). Cranmer, que Chapuys regardait comme une sorte d'antipape (4) suscité par Henri V1IT, employa la souveraine puissance spirituelle dont il jouit si peu de temps à sup-

Page 1