Rec. Office— Corresp. de Crumwell, XVIII, n
apprenti placé chez un négociant de la Cité, dut s'enfuir au delà des mers pour avoir, au cours d'une discussion avec un de ses jeunes camarades, défendu la doctrine de l'Église catholique qui affirme la nécessité des honnes œuvres. Le jeune homme fut dénoncé à l'évêque de Londres : comme il refusait de se rétracter, son, maître, qui n'osa pas lui fournir de l'argent, lui conseilla de traverser la mer. De Rouen, il écrivit à Crumwell pour lui demander que sa conduite ne portât pas préjudice à ses parents ou à son maître.
A une époque où nul particulier ne pouvait avoir une opinion à lui sur la politique du gouvernement, ni même sur la religion de ses ancêtres, l'influence de la prédication publique sur les sentiments et les affections du peuple fut nécessairement très puissante. Aussi, la suppression des monastères ne fut pas plus tôt décidée et les dispositions étaient à peine prises en vue de la mener à bonne fin, que l'on mit en mouvement le mécanisme des chaires publiques afin de prévenir le mécontentement populaire. On espérait que les basses invectives et les imputations calomnieuses éloigneraient le peuple des religieux, auxquels il restait encore attaché. Pour mieux accomplir son dessein, Crumwell envoya trois classes de prédicateurs à l'assaut des institutions monastiques. « L'une était chargée d'injurier les religieux, en les appelant hypocrites, sorciers, cous tortus, gros pansus, fainéants, lourdauds d'abbaye, plantes que ne planta jamais le Père céleste, marmotteurs de prières nocturnes que Dieu n'entendait point, créatures du pape.
« Une autre catégorie » devait, ainsi que Cranmer, chanter sur un autre air, « disant que les moines ren- « daient la terre point profitable, » tandis que la troi-
sième espèce assurait au peuple que le roi n'aurait jamais plus besoin de son argent. Cranmer s'acquitta bien de cette tâche, à la Croix de Saint-Paul. » Si bien même que, « tout en voyant qu'il n'y avait en cela nulle vérité », les gens sages se laissèrent néanmoins influencer par ses promesses spécieuses (1).
Le fait est que le peuple gémissait sous le fardeau de taxes insupportables. Il n'était donc que trop prêt à écouter la voix de qui lui promettait l'immunité pour l'avenir, alors que surtout cette garantie s'achèterait par le sacrifice de la propriété d'autrui. « Après avoir refusé son obéissance au pape, dit en substance Marillac, en 1540, Henri employa des prédicateurs et des ministres qui allaient çà et là prêcher et persuader au peuple que le roi pouvait se servir des revenus ecclésiastiques pour fonder des hospices, des collèges et d'autres établissements d'intérêt général, — ce qui serait un usage préférable à celui d'entretenir des moines oisifs et inutiles (2). »
Cranmer, parlant à « Saint-Paul's Cross », s'efforça d'étouffer les sentiments naturels d'épouvante et les idées de résistance que provoquait la suppression méditée par la Couronne, en donnant à ses auditeurs la vague, mais captivante espérance de se voir désormais à l'abri de l'impôt. Nicolas Harpsfîeld,, qui était présent, dit à ce sujet (3): « Ce prélat (Cranmer), quand le roi se mit en devoir d'abolir les monastères, fut son principal instrument et outil. Et, afin d'endormir le