‹ Henri VIII et les monastères anglaisChapitre 187 sur 288 · Brit. Muséum, Sloane MS · texte numérisé non relu

Brit. Muséum, Sloane MS

2. « Inventaire analytique », n° 242. — Marillac au Connétable, 6 août 1540.

3. Nicolas Harpsfîeld, « The Pretended Divorce », éd. Poock, Camden Society, 1878, p. 392. Le savant éditeur de cet ouvrage déclare, dans sa préface, qu'il tient Harpsfîeld pour absolument digne de foi.

mécontentement du peuple qui, on s'en doutait, ne souffrirait point tranquillement la suppression (comme le prouva plus tard la révolte des comtés de Lincoln et d'York), Cranmer vint prêcher à la « Croix de Saint- Paul », « et, voulant charmer les oreilles du peuple par de douces paroles, il lui dit, entre autres choses, qu'il n'avait point lieu de s'affliger de la destruction des abbayes, mais qu'il devait plutôt s'en réjouir, à cause de l'éminent profit « qu'en tirerait le royaume entier », et que le roi recueillerait, par la suppression des abbayes, un nombre si infini de trésors, que désormais il n'aurait plus besoin et ne serait plus désireux d'imposer au peuple aucune espèce de paiements ou de frais pour ses propres affaires ou pour celles du royaume. Ce sermon, nul homme sage n'y crut, et moi-même, qui par hasard étais présent, j'ai vu combien fausse a été la promesse. Son sermon ne fut, en réalité, qu'une franche invective contre les monastères, qu'il appela les antres de toute erreur et superstition. » — « L'évêque de Cantorbéry, écrit un autre des auditeurs, déclare que Sa Majesté le roi a assez des moines et des prêtres de chapelles, qu'on balaiera tout cela, sauf ceux qui savent prêcher. Alors quelqu'un dit à l'évêque qu'ils espéraient bien pouvoir servir jusqu'à la fin de leur vie, et il répondit qu'en ce cas, ils serviraient dans le tombereau d'ignominie (1), et que c'était là tout le service qu'ils auraient. »

Ces sermons et d'autres du même genre, où étaient exposés les grands avantages que procurerait la suppression, firent que la nation se désintéressa du \ote

1. Il s'agit de là charrette qui conduisait les condamnés au lieu d'exécution ou dans laquelle on promenait parfois les délinquants, exposés aux railleries de la foule. (Note du trad.)

de la loi. Les promesses dorées prodiguées à tout le monde, la pauvreté chassée du pays, l'exemption entrevue des terribles taxes d'Henri VIII : tout cela parlait naturellement à la cupidité de la multitude (1). Quand « les prédicateurs affirmèrent qu'on ne trouverait plus, à l'avenir, un seul pauvre en Angleterre, si les monastères étaient dissous, et si les terres et les fermes qui servaient alors à entretenir quelques moines étaient partagées entre un plus grand nombre de possesseurs (2), » les arguments par lesquels ils prouvaient qu'on devait laisser au roi ses coudées franches agirent sur les esprits avec une force irrésistible. Et tandis que l'on caressait de manière fallacieuse les illusions de la foule qui se pressait aux sermons, on ne permettait pas au parti opprimé d'ouvrir la bouche. Personne n'osait dévoiler la perfidie des promesses mensongères faites au peuple.

Le bill de spoliation était déjà soumis à la Chambre des Communes que les prédicateurs dévoués à la Cour continuaient encore de pousser l'opinion vers la voie qu'Henri VIII avait tracée. Le 12 mars, qui fut, cette année-là, le second dimanche de Carême et le lendemain de la « grande délibération » ouverte au sein du parlement, l'évêque de Worcester, Latimer, parut dans la chaire dressée « à la Croix de Saint-Paul. Il s'écria que les évoques, abbés, prieurs, curés, chanoines résidents, prêtres, bien plus, les ducs, lords et tous les autres étaient de fieffés larrons. Le roi, continua-t-il, a fait une loi merveilleuse et excellente pour que certainshommes ensemençassentchacun deux acres

1. Henri VIII, selon un calcul établi, avait déjà reçu 20 « quinzièmes » de ses sujets.

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