Calendar », X, n
2. Les « compertes » relatifs à l'abbaye de Bury Saint-Edmund sont entièrement fondés sur une lettre d'Ap Rice du 11 novembre 1535 ^Wright, 85) et sont presque certainement de sa main. On peut encore, en consultint d'autres lettres, voir Legh et Ap Rice à l'œuvre dans le diocèse de Norwich (Wright, 82,83. — R. Office :Gorr. de Crumwell, XXII, n<>* 14, 16, '17, 18, 22, etc.).
3. Voyez les lettres (Wright, 58, 75). Correspondance de Crumwell, XX, 10, 13, 18, 19, 20, etc.
base à la « déclaration » du roi en 1536 : ils constituent les « compertes » de ses « récentes visites ». L'étrange manque de loyauté que dénote l'affirmation d'Henri VIII est manifeste. Le souverain prétendit s'en remettre au témoignage de ses visiteurs, dont les « comperta » condamnaient en bloc les grands et les petits monastères. Pourtant, l'exposé des motifs de l'Acte, qui fut voté sur la foi des assurances royales, déclare que, dans les grands monastères, « grâces en soient rendues à Dieu, la religion est fort bien gardée, pratiquée et observée ». Or les « comperta » en question n'épargnent pas plus les grands monastères que les autres : il est donc impossible de croire que ces rapports furent soumis à l'examen du parlement. Il est permis de douter, malgré la parole autorisée de M. Gairdner, que même « les passages essentiels en aient été lus publiquement à haute voix pour justifier la mesure de confiscation proposée » (1). Si le célèbre « Black Book » a jamais existé, — ce dont nous n'avons d'autre preuve que l'assertion d'écrivains postérieurs, — il ne pouvait être établi que sur les rapports dits « comperta ». Un tel document dut être rédigé par Henri ou son ministre, qui supprimèrent de propos délibéré les insinuations dirigées par leurs agents contre la bonne renommée des plus puissantes parmi les maisons religieuses. Le motif de cette suppressio veri saute aux yeux. La condamnation de tous les monastères en bloc aurait excité de vives résistances. C'eût été aller à l'encontre de ce que l'on se
1. « Calendar, » X. M. Gairdner (préface, XLV), croit que les «comperta» furent lus au parlement ; mais, une page plus loin (en note), il dit que « les « comperta » ne confirment pas cette idée d'après laquelle les petits monastères abritaient plus de vices que les grands. »
proposait. En même temps, Yexpressio falsi que renferme l'exposé des motifs, où il est déclaré, contrairement aux « comperta » des agents de Crumwell, que « dans les grands et solennels monastères du royaume » la religion était bien observée, nous éclaire sur l'intention perfide qui guidait les auteurs du projet : c'est une preuve convaincante qu'on employa la supercherie pour amener le parlement à sanctionner l'appropriation des biens des communautés religieuses de second ordre.
11 est à propos d'observer, en passant, qu'une fois le bill extorqué au parlement, les accusations du genre des précédentes ne reparaissent plus, à de banales exceptions près. Ce fait, si l'on y réfléchit bien, semble nettement démontrer que l'on ne produisit contre les religieux de si graves imputations d'immoralité et d'incontinence que pour désarmer l'opposition et assurer l'adoption de la mesure. Dans les lettres et rapports ultérieurs, on ne rencontre rien qui ressemble à ces accusations monstrueuses à l'aide desquelles Layton, Legh et Ap Rice sont enchantés de noircir monastères et couvents pendant leur première tournée d'inspection.
Sans nul doute, et les lettres et les rapports des visiteurs à cette époque portent un sérieux préjudice à la réputation des maisons religieuses. Pourtant, même si l'on accepte leurs appréciations, on verra que la proportion des moines qui se conduisent bien ou qui, du moins, ne sont point incriminés, est beaucoup plus élevée qu'on ne le pense en général. « Ces rapports, écrit M. Gairdner, citent les noms de nombreux monastères contre lesquels ils ne disent rien: et il y en eut encore davantage, dans les diocèses
inspectés, qui ne furent pas cités du tout. Aussi est-ii à présumer qu'aux yeux des visiteurs eux-mêmes, quantité de maisons religieuses étaient pures et bien dirigées (1). » Donc, loin de représenter les deux tiers des religieux comme irrémédiablement perdus de vices et de débauches, les rapports ex parte des visiteurs ne taxent d'immoralité qu'un très petit nombre d'entre eux.
La forme des « comperta » est la même dans tous les cas. Le nom de la maison est suivi d'une liste des membres incriminés, divisée en deux colonnes, l'une précédée de la rubrique : « Vices personnels et secrets », l'autre de la rubrique : « Incontinence » (2). Viennent ensuite les noms de ceux qui désirent quitter la vie religieuse, — et ils forment une bien faible minorité, même en admettant l'exactitude des chiffres donnés par les agents du roi (3). En dernier lieu figurent généralement le revenu de la maison et le nom du fondateur. Très souvent, près d'une fois sur trois, le seul crime qui soit reproché au monastère, c'est d'avoir des revenus ou de posséder des reliques. Sur ce dernier fait repose la vague accusation de « superstition ». La liste des membres du monastère
1. « Galendar», X, préface, XLV. Sur les 155 monastères cités par les « comperta » (n<> 364), il y en a 43 qui ne sont accusés d'autre crime que de posséder certaines reliques, - ce qui est supposé indice de « superstition ». — « A en juger, dit M.Gairdner, par la proportion notée pour le Yorkshire, les visiteurs n'inspectèrent qu'environ quatre maisons sur dix. »
2. M. Gairdner (X, préface, XLIII), dit ceci : « Parfois même, les phrases accusatrices sont plus ou moins trompeuses (note). » « Le terme iïinceste, par exemple, était appliqué au crime de quiconque avait des rapports' sexuels avec une nonne, et celui de sodomie indiquait la plupart du temps l'abus de soi-même. »
3. Tout le « Compendium Gompertorum » de Legh et Layton pour la province d'York, etc., ne cite que 50 hommes et 2 femmes comme désireux d'abandonner le cloître.
Henri viii. — I.
n'est pas donnée : aussi n'y a-t-il pas moyen, à premier examen, de déterminer la proportion des prétendus coupables par rapport à la communauté entière. Les comperta n'avancent pas la moindre preuve de nature à justifier les accusations portées, et une foule de personnes sont impliquées dans la même imputation ou enchaînées par une seule épithète diffamatoire.
Il arrive aussi fréquemment que les visiteurs taxent de crimes nombreux plusieurs membres d'un monastère. S'ils s'étaient livrés à la plus petite enquête sur ces différents cas, ils eussent employé des semaines à cette investigation. Aussi, comme le dit M. Gairdner, les enquêtes ne « purent pas être menées de façon fort équitable ». Les lettres des visiteurs eux-mêmes nous montrent qu'ils coururent d'un monastère à l'autre, et qu'ils avaient à s'enquérir de bien autre chose que de la moralité des moines et des religieuses. On peut donc affirmer, en tout état de cause, que les listes des « comperta » ne reposent que sur de vagues rumeurs, exagérées par l'ardente imagination de Layton et de Legh. « A l'égard des rapports défavorables aux moines, dit l'écrivain le plus autorisé qui se soit occupé des archives de cette époque, il nous est permis de croire qu'ils étaient dus souvent à l'animosité des propriétaires voisins qui, ainsi qu'en témoignent les chroniques du cloître, avaient de fréquentes contestations avec les religieux. Ainsi, un certain Edward Bestney écrit à Crumwell pour l'entretenir d'une « petite maison religieuse appelée Begyn, « en la ville de Fordham », qui n*a que deux hôtes, un prieur et un chanoine, dont l'un est âgé et voisin de la tombe. Crumwell, semble-t-il, avait encouragé Bestney à « guetter », il ne dit pas quoi, — selon
toute apparence, une occasion avantageuse pour luimême ; et il insinue donc que la maison tombera vraisemblablement entre les mains du roi, en raison des « énormités » commises par ses deux membres, et ajoute que maison et terres sont si commodément adjacentes à ses propres domaines, qu'il souhaiterait fort avoir la ferme. Est-ce à la suite d'une enquête approfondie et équitable que les visiteurs découvrirent quelque minime impureté chez les deux hôtes de cette demeure, dont l'un était notoirement âgé et parvenu au bord du tombeau (1)? »
Dans mainte autre circonstance encore, il ressort clairement des « comperta » eux-mêmes que les imputations produites ne reposaient que sur des contes en l'air. Des rumeurs malveillantes, encouragées sinon mises en circulation par les visiteurs, toujours désireux de seconder les plans de Crumwell, formaient l'unique base sur laquelle s'appuyaient des accusations graves. Les « comperta » de Legh et Ap Rice en sont une preuve plus manifeste que ceux de Layton et Legh. Voici, par exemple, ce que John Ap Rice écrit à Crumwell à propos de la visite de Bury Saint-Edmunds, qu'il inspecta de concert avec Legh en novembre 1535.
« Plaise à Votre Seigneurie, attendu que vous serez sollicité, je suppose, en faveur de Bury avant notre retour, j'ai jugé utile de vous informer de nos démarches en ce monastère et aussi des « compertes » s'y rapportant (2). » Il déclare ensuite qu'ils n'ont rien trouvé de nuisible à la réputation de l'abbé, sinon qu'il allait beaucoup à sa maison de campagne, aimait
\. « Calendar », X, préface, 63. — Pour les faits, voyez le tome II, n> 761, ■et le tome X, n° 144.