‹ Henri VIII et les monastères anglaisChapitre 202 sur 288 · R. 0. — « Aug. Off. Mise. Books », 332, f · texte numérisé non relu

R. 0. — « Aug. Off. Mise. Books », 332, f

appropriés aux circonstances par l'ingéniosité des mêmes commissaires royaux.

Les « comperta » ne peuvent donc pas être regardés comme un recueil des « confessions » échappées aux moines qui menaient une vie de débauche. Ils ne représentent en réalité que des jugements portés avec partialité et souvent sans motif par des hommes dont la tâche était de s'enquérir du mal. Parmi les inculpations que renferment les « rapports », celles qui sont de beaucoup les plus nombreuses,, nous l'avons dit, sont dirigées contre les « vices personnels et secrets », lesquels ne pouvaient guère offrir matière à investigation. Les autres imputations contenues dans les « comperta » et les lettres des visiteurs royaux ont trait, quelques-unes à l'ivrognerie, une ou deux à de prétendus vols, très peu à des crimes contre nature, et le reste à l'incontinence. Le nombre total des noms de religieux inscrits sous cette dernière rubrique, dans toutes les lettres et « comperta » connus, est très minime par rapport au chiffre des moines répandus à cette époque par toute l'Angleterre. Les « comperta » et les lettres, qui embrassent les monastères épars sur une très grande partie du pays, citent à peine 250 moines et religieuses coupables d'incontinence (1). Or, dans ces provinces, les religieux devaient être au nombre de plusieurs milliers. Sur les 250 noms, plus d'un tiers peuvent être reconnus plus tard sur la liste des pensions octroyées lors de la dissolution : fait que

1. 11 est extrêmement difficile d'identifier les noms des religieux à cette époque. Ils sont désignés tantôt par leurs prénoms, tantôt par leurs noms de religion ou leurs noms de famille, souvent même par le nom de leur lieu de naissance. Aussi n'est-il pas douteux qu'un plus grand nombre encore n'aient été pensionnés, mais sous un autre nom que celui qui est inscrit aux « comperta ».

Burnet lui-même considérait comme suffisant pour réduire à néant les charges qui pesaient sur eux. Quant aux couvents de femmes que Layton et Legh visitèrent dans le nord, ceux-ci n'ont que peu de mal à dire sur leur compte. Vingt-sept religieuses seulement sont par eux taxées d'infamie, et, sur ce chiffre, nous savons que dix-sept reçurent une pension dans la suite. En outre, au cours de leur tournée d'inspection, qui embrassa treize comtés, les agents royaux ne signalent environ que 50 hommes et 2 femmes qui veuillent quitter le cloître, — et cela malgré les contraintes imposées par les injonctions de Crumwell. Ceci tendrait à démontrer qu'en réalité moines et religieuses étaient satisfaits de leur genre d'existence et ne tenaient pas tant qu'on le pense généralement à se soustraire aux obligations de leur état.

A l'égard des religieuses accusées d'incontinence, les imputations qui paraissent les plus nettes et les plus précises sont souvent trompeuses. « Ici encore, quand il s'agit d'accusations pareilles, dit M. Gairdner, il est possible de se former une idée fausse sur l'impureté des couvents; car la faute reprochée peut avoir eu lieu avant l'entrée de la dame dans la communauté. Le couvent était sans doute, en mainte circonstance, un refuge commode pour la dame de bonne famille qui s'était déshonorée, — et ce cas, nous avons lieu de le croire, n'était aucunement rare (1). » Dans certaines occasions, il faut l'avouer, l'accusation était peut-être

i. M. Gairdner (X, préface, 63) dit encore : « Donc, lorsqu'en regard du nom d'une religieuse, nous lisons le mot peperit, nous ne pouvons raisonnablement douter de la sincérité d'une accusation qui, eût-elle jeté fausse, ne serait qu'une diffamation effrontée. » A coup sûr, tout dépend de l'accusateur : ni Layton, ni Legh, ni Ap Rico n'eussent reculé devant une « diffamation fferonlée », si leur intérêt l'avait exigé.

fondée. Mais il est plus que probable que, dans d'autres, elle était destinée à donner le change. Ainsi, les « comperta » mettent un sérieux acte d'incontinence à la charge d'une certaine Agnès Butterfield, du couvent de Yeddingham, en Yorkshire. 11 est naturel de supposer qu'Agnès Butterfield était une religieuse, mais alors, voyez l'étrange coïncidence : à la même époque, il vivait en ce couvent une pauvre femme veuve du même nom. Le document qui suit en est la preuve : « Mémorandum. — Qu'il y a, en la susdite maison, une pauvre vieille femme infirme appelée Agnès Butterfield, qui a donné à la prieure et à la communauté certaine effets mobiliers en retour d'un corrody (pension en nature), pour lequel elle n'a point de garantie signée et scellée, mais une simple promesse (1). » Estce là la personne accusée par les « comperta »? Mystère ! Toujours est-il que le même nom figure plus tard sur la liste des pensions accordées aux religieuses de ce couvent.

11 suffit de rapprocher les « comperta » des documents relatifs aux visites antérieures et même postérieures, pour détruire toute confiance dans leurs prétendues révélations et pour se convaincre de leur mince valeur en tant qu'expression de l'état de moralité des établissements religieux. Ainsi, les monastères du diocèse de Norwich furent inspectés d'une façon régulière et constante par l'évêque, de 1514 à 1532, et le recueil des pièces relatives à ces visites, qui contient aussi d'habitude les « comperta », nous éclaire sur l'état des maisons religieuses de ce diocèse (2). Nombre de ces monastères et couvents sont précisément ceux sur

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