Calendar », X, préface, XLV
avec une parfaite économie, et il est très aimé de tous les habitants du voisinage. C'est un fort honnête homme, qui dirige huit religieux, prêtres d'excellente conduite et de pieuse vie, vertueux plus qu'aucun de leurs pareils en aucun lieu. Car il n'y a point là un seul moine qui ne sache s'occuper et ne s'occupe en effet à broder, à copier des livres en très belle écriture, à confectionner ses propres vêtements, à sculpter, peindre ou graver. La maison, sans opprobre ni mauvaise réputation, se dresse absolument solitaire sur une terre inculte, et elle observe une hospitalité telle qu'à moins d'exceptionnelles provisions, moitié plus de domaines ne suffiraient point à d'autres pour ce faire : si grand est le nombre des indigents du voisinage secourus journellement par les moines, malgré leur peu de ressources, que jamais nous n'en vîmes un semblable. Que Dieu lui-même en soit juge : je ne vous écris que la vérité et que ce qui est à ma connaissance, et c'est par compassion pure que j'écris (1). » Outre les accusations que renferment les « comperta » des visiteurs, nous savons que les lettres des agents de Crumwell contiennent différentes imputations contre monastères et religieux. Plusieurs de ces histoires de premier choix, qui portaient préjudice à la bonne renommée des institutions monastiques, ontété racontées à satiété par des écrivains hostiles, selon qui elles mettent en parfaite lumière les tendances infaillibles de la vie claustrale. C'est ici le lieu d'en examiner une ou deux des mieux connues. Notons, dès le début, que l'exactitude de ces accusations n'est établie, comme toujours, par aucune preuve. Selon
i. Wright, p. 136.
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toute apparence, il n'y eut point d'enquête, et on ne nous présente aucune déposition faite par un témoin. Donc, en règle générale, on en est réduit à juger ces histoires sur leurs mérites intrinsèques, et l'on découvre qu'elles sont ordinairement le pur produit de la fertile imagination des narrateurs.
Un exemple souvent cité, car il est supposé mettre en relief de façon typique la dépravation des moines, c'est celui du prieur des Frères Croisiers, à Londres. Ce religieux, « lors de la dissolution, fut pris in flagrante delictoipdLr les émissaires vigilants de Crumwell, et aussitôt la massue royale s'abattit sur la petite communauté de frères corrompus (1). »
Ce conte, si souvent répété, s'appuie sur une lettre d'un certain John Bartelot à Thomas Crumwell (2). Bartelot, assurément, dit qu'il trouva le prieur dans une position compromettante. Mais, tout d'abord, les circonstances de cette surprise sont invraisemblables. C'est à onze heures du matin, un vendredi de carême, que cet attentat aux bonnes moeurs aurait été commis. En outre, Bartelot lui-même avoue que, pour lui fermer la bouche, le prieur lui donna 30 livres et lui promit une somme plus grande « sur billet à ordre». Voilà qui n'est guère à l'honneur du témoin, ainsi que le reconnaît M. Wright. 11 arriva, toutefois, que le prieur ne paya point, et Bartelot le fit citer à comparaître devant le lord chancelier. Celui-ci, après avoir pris connaissance de l'affaire, non seulement débouta de sa demande l'accusateur, « dont les déclarations étaient
1. « Old and New London », Thornbury, tome II, p. 253. L'histoire est aussi racontée par Burnet, édition Pocock, I, p. 385.
2 Wright, p. 59. L'éditeur dit ceci : « Le marché que Bartelot imposa au prieur n'est guère à son honneur, et le chancelier semble assez l'avoir jugé a. aa valeur. »
d'un atroce brigandage », mais il ajouta qu'il méritait la corde. 11 ordonna, de plus, à Bartelot de rembourser les sommes qu'il avait criminellement extorquées à l'infortuné prieur. A cela se résument toutes les preuves servant de base aux accusations que l'histoire a portées contre la moralité du supérieur des Frères Croisiers de Londres. A n'en juger que par les faits eux-mêmes, ils sont nettement défavorables au dénonciateur : d'autant plus que le prieur de ce couvent « fut signalé à lord Crumwell par les visiteurs des maisons religieuses comme un homme de vie pure » (1).
Une autre histoire, maintes fois rééditée et constamment embellie, c'est celle qui a trait à l'abbaye des Prémontrés deLangdon, dans le comté de Kent.
On retrouve encore, mêlé à cette affaire, le serviteur de Crumwell, John Bartelot, à qui le chancelier Audley avait déclaré que, pour sa conduite envers le prieur des Frères Croisiers, il « méritait la corde ». Le narrateur est ici Layton, toujours « si éloquent dans l'accusation », a en croire son confrère Legh, qui le connaissait bien (2). Froude prétend, sans fournir la moindre preuve, qu'il s'agit ici d'une « des plus fréquentes aventures arrivées aux commissaires » (3). Layton décrit, dans sa lettre, l'adresse avec laquelle il surprit ce « dangereux, hardi et forcené coquin », l'abbé de Langdon. Bartelot et d'autres serviteurs furent préposés à la garde des issues du monastère, tandis que Layton allait frapper à la porte du logement de l'abbé. Ne recevant d'autre réponse que
1. « Monasticon », VI, p. 1586. Le prieur qui, le 17 avril 1534, reconnut la suprématie du roi s'appelait Edmond Stretham.
2. Wright, 75. M. Wright trouve l'histoire « singulièrement plaisante ».