‹ Henri VIII et les monastères anglaisChapitre 205 sur 288 · History », t. II, p · texte numérisé non relu

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« les aboiements du petit chien de l'abbé, qui s'égosillait derrière la porte solidement fermée », il brisa celle-ci à l'aide d'une hache d'armes, qui se trouvait là fort à propos. Rentra seul, mais la hache à la main, par crainte de l'abbé. Bartelot, qui surveillait les issues, arrêta une femme qui fuyait en courant et la conduisit vers Layton. Ce dernier l'interrogea, puis il l'envoya à Douvres sous la garde de celui qui s'était emparé d'elle. Layton, sans préciser ni dire si l'abbé était chez lui, ajoute : « J'ai amené le saint père abbé à Gantorbéry, et ici, à Cristchurch, je le laisserai en prison. » Une robe de femme, — s'il faut en croire Layton, — fut trouvée au fond de la malle de l'abbé : détail que Burnet, dans l'intérêt de sa cause, travestit ainsi : « La malle de l'abbé renfermait un habit pour elle, car elle passait pour un jeune frère (1). »

Acceptons tels quels les faits signalés par cette lettre : qu'en ressort-il, insinuations, plaisanteries et enjolivures mises à part ? qu'une femme fut arrêtée tandis qu'elle s'enfuyait en courant (2) ; de plus, si Layton est digne de foi, que Ton découvrit une robe de femme dans « la malle de l'abbé ». 11 y a une circons-

1. Burnet, I,-p. 307. Layton, dans sa lettre, dit seulement : « En dernier lieu, je trouvai les vêtements de cette femme dans la malle de l'abbé. » Le commentaire sur le rôle qu'elle jouait est de l'invention de Burnet.

2. « Mais, pour en finir..., sa gentille femme joua des jambes vers le3 échappatoires, et là, Bartlett, qui veillait à la poursuite, saisit la tendre damoiselle, et, après que je l'eus interrogée, il l'emmena à Douvres pour que le maire l'y enfermât en quelque geôle ou prison pour huit jours. » Voilà tous les renseignements que le visiteur daigne fournir. Layton parle avec force détails de questions secondaires, mais il est plein de réticences et très peu explicite sur le point essentiel : il ne dit môme pas que la femme sortait « du logement de l'abbé ». Ici, pas plus qu'ailleurs, il ne fait la moindre allusion aux résultats de l'interrogatoire. La suite de l'histoire est racontée plus haut : jusqu'à quel point s'accorde-t-elle avec le début, narré par Layton avec tant de verve et d'entrain, le lecteur en jugera par lui-même.

tance suspecte : c'est que plusieurs des serviteurs mêmes de Crumwell se trouvaient alors dans ce monastère, et que cependant ils « se demandèrent avec surprise quel était cet individu » qui fit irruption de la sorte. En outre, et le Dr Layton et Crumwell avaient, pour noircir la réputation des religieux, un motif que révèle la conclusion de la présente lettre : « De cette façon, ainsi se termine-t-elle, les gentilshommes et le commun de ce pays-ci verront bien que vous n'inspectez et ne destituez que pour de solides raisons. Sûrement, je pense que c'est Dieu lui-même qui m'a inspiré de procéder à des recherches aussi inattendues, parce que aucun chanoine n'apparaissait à mes

veux. »

Dans une lettre écrite le même soir (23 octobre 1535) de Cantorbéry, Layton, après avoir dépeint l'incendie qui eut lieu la nuit de son arrivée, parle fort mal des abbayes de Douvres, de Folkestone et de Langdon. Quoiqu'il dise pis que pendre de l'abbé de ce dernier monastère, il ne souffle pas mot de l'histoire de son aventure, qu'il avait rapportée à Crumwell peu avant. Il lance une accusation nouvelle contre l'abbé, William Dare, qu'il appelle « l'ivrogne le plus fieffé du monde ». De fait, Layton englobe toute la communauté dans une de ces accusations d'immoralité qui n'épargnentpersonne. Chose étrange, le docteur ne glisse pas la moindre allusion, même plaisante, à son exploit de la journée précédente, dont il était si fier. Est-ce qu'après réflexion il vit qu'il n'avait absolument rien trouvé qui fût de nature à incriminer l'abbé ?

Songea-t-il, dès lors, à remplacer sa première imputation diffamante par une autre, également fondée sur un ouï-dire? Quoi qu'il en soit, il est encore guidé par

la même pensée, car il engage expressément son maître à « prendre sans tarder les fruits » de l'abbaye condamnée (1).

Quinze jours plus tard, le 16 novembre 1535, trois commissaires se rendaient au chapitre de Langdon, pour y recevoir l'acte d'abandon du monastère. Ces ofticiers du roi critiquent la gestion de l'abbé, mais ne lui reprochent aucune faute plus grave. Au contraire, ils sollicitent une pension pour l'homme que Layton avait déclaré très immoral et « le plus fieffé ivrogne du monde (2) ». Cette récompense lui fut accordée par la Cour d'accroissement pour la vie, ou du moins jusqu'au jour où il obtiendrait un « bénéfice ecclésiastique convenable (3) ». Si les accusations de Layton avaient été justes, on eût pu se débarrasser de l'abbé sans bourse délier et ne point, par une proposition scandaleuse, recommander un tel homme pour une cure. Ce fait, dûment pesé, devrait suffire à réfuter les insinuations de Layton et à détruire la fable rebattue qui a été édifiée sur celles-ci.

Cet épisode de l'abbaye de Langdon est éclairé d'un nouveau jour par l'histoire de deux prieurés voisins, ceux de Folkestone et de Douvres. Les commissaires chargés de recevoir l'acte d'abandon de la première maison s'employèrent à la même besogne dans tes deux dernières. Le Dr Layton avait décrié les supérieurs de l'une et de l'autre en termes fort peu mesurés. Or, les commissaires disent du bien de tous deux. Pour Layton, « le prieur de Douvres et ses moines valent absolument les autres, mais lui est pire que tous. » Il les

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