‹ Henri VIII et les monastères anglaisChapitre 208 sur 288 · Short Studies >, I, « Dissolution of Monasteries · texte numérisé non relu

Short Studies >, I, « Dissolution of Monasteries

volés à sa propre communauté une dispense pour conférer les ordres, bien qu'il ne paraisse point qu'il ait été consacré évêque », et de se procurer 1.000 livres sterling en vendant l'exercice de son privilège. Les divers chefs d'accusation sont énumérés dans une lettre qu'adressa John Lee, un des chanoines de Wigmore, à Thomas Crumwell ; il y a en tout 29 articles, qui entachent au plus haut point la moralité de l'abbé. Il avait vendu les joyaux du monastère -pour payer les droits afférents à sa consécration. 11 percevait des droits pour les ordinations et, se fondant sur les bulles papales, remplissait les fonctions d'évêque. Il entretenait des concubines et gaspillait follement de l'argent pour elles. Il était d'un caractère méchant et emporté, « ne prenant point garde à ses paroles ni à ses actes dans sa fureur ». Il avait assassiné un homme et sa femme, qui avaient acheté à l'abbaye une pension en nature, et il avait acquiescé à un autre meurtre commis par son chapelain. Ce chapelain, ajoute Lee, est autorisé à faire ce qu'il veut, « à porter une arbalète, à pêcher et chasser en les forêts, parcs et terrains de chassé du roi: mais il ne se montre que peu ou point utile au chœur, comme les autres frères, et il n'est point corrigé par ledit abbé pour aucune des fautes dont il se rend coupable ». En outre, l'abbé n'avait pas observé les injonctions royales signifiées par le Dr Core, et il aurait mis au séquestre le religieux qui le dénonça, s'il n'en eût été empêché par le chapitre. L'auteur de ce bizarre document ne veut « pas citer encore » de nombreux actes d'incontinence à l'actif de l'abbé, « de peur que Votre Seigneurie ne s'offensât d'apprendre ou délire les susdits ». Il ajoute en post-scriptum : « Mon bon Seigneur, il y a en ladite abbaye une croix

d'or fin et de pierres précieuses, dont un diamant fut estimé par le Dr Booth, évêque de Hereford, à cent marcs. » Cet ornement contient un morceau de la vraie croix, et on a coutume de le descendre à l'église avec force lumières et cérémonies dévotes. « Je crains que l'abbé, en allant au trésor, dimanche prochain, n'enlève ladite croix et ne la brise pour en tirer un profit personnel, ainsi que d'une foule d'autres joyaux qui sont en ce lieu. » Pour terminer, John Lee déclare que ses articles sont « vrais en substance », et qu'il est prêt à en prouver l'exactitude. Il couronne son œuvre en insinuant que Crumwell devrait le déléguer, lui « ou toute autre personne impartiale et non corrompue, pour siéger à ladite abbaye » en qualité de commissaire.

L'absurdité d'une grande partie de ce long document, et, notamment, de l'accusation de meurtre, saute aux yeux de prime abord : inutile donc de s'attarder à pareil examen. Quant aux autres allégations, comme elles ne s'appuient sur aucun témoignage existant, il est nécessaire de recourir à d'autres sources d'information sur Wigmore et son abbé. Le monastère avait été inspecté régulièrement, avant d'être dissous, par les évêques de Hereford, et, en l'année 1518, la communauté remit entre les mains du cardinal Wolsey le pouvoir de nommer un supérieur. Après mûre délibération, le cardinal porta son choix sur un chanoine régulier de Bristol, John Smarte. C'est contre celui-ci qu'un des religieux soumis à son autorité, John Lee, dirigea plus tard les graves imputations citées plus haut. Avant d'être nommé à ce poste, Smarte était publiquement reconnu comme un homme doué de toutes les qualités nécessaires pour devenir

un digne supérieur. Il avait fait ses études et avait été reçu bachelier en théologie à l'université d'Oxford. Après son élection, il était encore tenu en haute estime par l'évêque de Hereford, Charles Booth, qui écrivit au pape pour lui demander de faire de l'abbé son suffragant (1). Cette requête fut accueillie. Smarte devint évêque titulaire de Pavada, et il occupa les fonctions de coadjuteur pour le diocèse de Hereford de 1526 à 1535. Pendant les six premières années de cette période, il remplit également la même charge pour le diocèse de Worcester (2). En sa qualité d'évêque suffragant, l'abbé John Smarte présidait aux ordinations diocésaines, dont quelques-unes, — notamment celle de l'année même de son entrée en fonctions, 1526, — furent très considérables. L'évêque du diocèse avait sollicité du pape le poste de suffragant pour l'abbé de Wigmore : voilà qui réduit à néant les insinuations de M. Froude, d'après lequel Smarte aurait acheté une « dispense » pour conférer les ordres, « bien qu'il ne paraisse point qu'il ait été consacré évêque ».

Les allégations que produit John Lee, dans sa lettre, contre la moralité de son supérieur ne sont pas plus difficiles à réfuter. La nomination de Smarte au poste d'abbé par le cardinal Wolsey et la bonne opinion qu'avait sûrement de lui l'évêque Booth suffiraient presque à démontrer la fausseté des malveillantes accusations de Lee. Mais, heureusement, l'évêque Edward Fox ordonna l'inspection de Wigmore, au printemps de 1536, et ses injonctions furent publiées le 26 mars de l'année suivante (3). Comme ce dernier

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