‹ Henri VIII et les monastères anglaisChapitre 209 sur 288 · Registrum Fox, Episc. Heref., f · texte numérisé non relu

Registrum Fox, Episc. Heref., f

document suit, ligne par ligne, les griefs que Lee avait énumérés dans sa lettre, on ne peut s'empêcher d'en conclure que cette visite exceptionnelle fut provoquée par les plaintes du chanoine (1). Quoi qu'il en soit, nous possédons, par les injonctions adressées à Wigmore au printemps de 1537 et inscrites au registre de l'évêque Fox, une appréciation indépendante sur l'état de l'abbaye et sur la moralité de son supérieur. Relativement aux accusations d'incontinence, Hugh Coren, le vicaire général qui fut chargé de la visite, ne semble avoir signalé que de simples imprudences de la part de Smarte. L'évêque lui recommande seulement d'éviter autant que possible la compagnie des femmes. Aucune preuve ne fut relevée contre lui : ceci paraît d'autant plus certain que la phrase « si çuœ sint # fut insérée dans le corps du document. L'abbé reçoit l'ordre de faire savoir à ses frères « s'il a retiré les joyaux qu'il a mis en gage » et de les restituer au monastère. Puis viennent les injonctions ordinaires relatives à la comptabilité annuelle et à la garde des archives monastiques. L'abbé est invité à châtier ses inférieurs avec bienveillance et sans trop de rigueur. Les religieux sont invités, de leur côté, à obéir en toutes choses à leur abbé, et à tenir la vertu de chasteté pour le plus pur joyau de la vie claustrale. En dernier lieu, le chapelain de l'abbé, Richard Cubley, dont Lee s'était plaint dans sa lettre, reçoit l'ordre d'assister aux offices comme les autres chanoines et de renoncer à la pêche, à la chasse et aux autres occupations peu dignes d'un religieux. Ainsi, de cette enquête sérieuse il ne ressort pas grand'chose qui entache la

1. Rerist. Fo , f. 8, oj ii est dit que le roi avait ordonné cette inspection.

réputation de Wigmore et celle de son abbé, John Smarte. En réalité, les résultats de la visite épiscopale détruisent les accusations et les viles insinuations de John Lee. Si l'inspection fut provoquée par les plaintes de ce dernier, — comme on a tout lieu de le croire, — les injonctions doivent être bel et bien regardées comme un verdict rendu en faveur de l'abbé. En tout cas, ce document nous donne, sur l'état du monastère et sur la moralité de son supérieur, des appréciations qui sont en complet désaccord avec celles du chanoine mécontent.

Quand on parle des accusations portées contre les moines en général, il ne faut pas oublier de mentionner la source d'où sont sorties nombre de ces histoires de crimes et de vices. Un certain William Thomas, qui était secrétaire du Conseil privé en 1549, écrivit, peu après l'avènement d'Edouard VI, une relation du règne d'Henri VIII. 11 l'appela « The Pilgrim » (le Pèlerin) (1) et la rédigea en italien pour défendre Henri VIII contre Pietro Aretino. Pour montrer l'absolu manque de bonne foi de l'auteur, à qui cependant les écrivains postérieurs hostiles aux institutions monastiques ont emprunté sans se gêner, nous citerons le passage où il parle de la ruine des établissements religieux.

« Donc, je vais maintenant m'occuper des monastères que Sa Majesté supprima. Le roi avait découvert la fourberie de ces saltimbanques, » et ses visiteurs « mirent tout en lumière. Car, lorsqu'ils se furent chargés des investigations, et qu'ils eurent commencé à

1. Brit. Muséum, MSS. Cotton, Vesp. D. 18 (imprimé en 1774). M. Froude a publié de nouveau ce livre, avec notes, en 1861. William Thomas entra dans la conspiration de Wyatt, et il fut exécuté à Tyburn en mai 1554.

interroger, un par un, ces frères, moines et nonnes, après serment prêté sur l'Évangile, ils découvrirent hypocrisies, assassinats, idolâtries, miracles, sodomie, adultère, fornication, orgueil, envie et plus de sept cent mille péchés mortels. Notez bien ces quelques paroles, et voici ce que je vous dirai : dans leurs sombres et cruels cachots, tant de leurs frères furent trouvés morts que c'était chose étonnante, les uns crucifiés avec des tortures inouïes, et d'autres qui périrent par la faim, simplement pour avoir rompu leur silence superstitieux, ou pour quelque bagatelle de ce genre. Et, en particulier, ils exercèrent à l'égard de plusieurs enfants des cruautés que la langue humaine ne saurait décrire. Il y avait, parmi les ermites, un homme qui, sous couleur de confession, avait eu un commerce charnel avec plus de deux ou trois cents femmes de bonne naissance et réputation, dont les noms, enregistrés par ordre, furent montrés aux commissaires, et quelques-uns de ces mêmes commissaires virent leurs propres épouses signalées parmi les autres (1). Bref, dès le retour de ces commissaires, quand le roi fut parfaitement informé de la chose, il convoqua aussitôt son parlement. Mais avant que les conseillers eussent pu se réunir, arrivèrent cet abbé-ci, ce prieur-là, puis une abbesse, puis un frère, venant de toutes les parties du royaume pour offrir au roi d'abandonner leurs monastères entre ses mains (2). »

Cette relation est en désaccord manifeste avec les faits connus. Aucun des témoignages qui nous restent ne corrobore d'aussi odieuses insinuations. En outre, il est très certain que, si les horribles détails cités par

Page 1