Wright
Henri vm. — I. ^3
En somme, il ne paraît pas que les grossières insinuations lancées contre les moines et les religieuses en général, et les accusations précises portées contre un petit nombre d'entre eux par des hommes tels que Layton, Legh et Àp Rice, aient rencontré la moindre créance chez les contemporains. Par contre, nous avons des témoignages concluants, dont il sera reparlé plus loin, et qui prouvent en quelle respectueuse estime étaient tenues bien des maisons religieuses par ceux qui savaient le mieux à quoi s'en tenir sur leur degré de moralité. Ajoutons à cela que les chroniqueurs contemporains gardent sur ce chapitre un silence au moins étrange, et nous arriverons à conclure que l'on n'insista pas trop sur ces terribles accusations, même au sein du parlement qui vota le bill de suppression. 11 ne manque pas d'écrivains autorisés pour affirmer que le principal mobile qui poussa le parlement à adopter servilement cette mesure fut l'espérance de se voir à l'abri des continuelles et importunes exactions du monarque, dès qu'il Serait en possession des biens dérobés à l'Église et aux pauvres. On comptait que le peuple en retirerait un bénéfice indirect. Cette conclusion est grandement corroborée par ce fait que, très peu de temps après les premières dissolutions, les lords et les communes proposèrent de présenter au roi une supplique pour qu'il arrêtât l'œuvre de suppression. La requête s'inspirait de ce que, loin de profiter au pays, comme on l'avait prétendu, la destruction des monastères était un vrai fléau. « Et quoique, dit ce remarquable document, très redouté souverain, nous ayons pensé, en votant ledit acte, que nous pourrions parfaitement ainsi augmenter les revenus de votre noble couronne sans préjudice ni
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dommage pour aucun de vos pauvres sujets et pour la prospérité de votre royaume; cependant, nous avons découvert de façon évidente, parles suppressions déjà accomplies, qu'un grand mal et dépérissement en sont résultés et en résulteront encore pour votre royaume, ainsi qu'une grande indigence d'une foule de vos pauvres obéissants sujets, car où trouveront-ils désormais cette généreuse hospitalité, que lesdites maisons avaient accoutumé de pratiquer, hébergeant largement les pauvres de tous les alentours, sans compter l'entretien de nombreux serviteurs, laboureurs et journaliers qu'elles occupaient quotidiennement. » Puis, après avoir conseillé certaines mesures à prendre relativement aux biens déjà confisqués, la pétition projetée demande que tous les monastères, quels qu'ils soient, situés au delà du Trent, et non encore supprimés bien que tombant sous le coup de la loi, « restent debout, assis sur leurs solides fondations, et que le susdit acte pour la suppression des maisons religieuses d'un revenu foncier inférieur à 200 livres par an soit nul et sans effet à leur égard » (1).
Un pareil document serait impossible si la cause principale de la suppression avait été, comme on le suppose, l'immoralité désespérante où étaient plongés les monastères. La vérité est qu'Henri et son ministre n'avaient qu'une chose en vue, l'argent : la preuve en est que de nombreux monastères purent acheter pour un temps une prolongation d'existence, en versant de grosses sommes au trésor royal. Quant aux accusations portées par Layton et consorts, elles ne reposent sur d'autre témoignage que leurs propres assertions : voilà tout leur prix, elles ne valent pas davantage.