‹ Henri VIII et les monastères anglaisChapitre 219 sur 288 · Blunt, « Reformation », I, p · texte numérisé non relu

Blunt, « Reformation », I, p

4. Sloane MS., 2495, f. 8. — Le mot « knave » en anglais signifie littéralement « coquin ». Dans le jeu de cartes, il sert à désigner le valet. (Note du trad.)

peuple nourrissait à son endroit ne tardèrent point de gronder. Quand il prit le parti de son protecteur au sein du parlement, peut-être était-il poussé par un motif de sincère reconnaissance; mais quand il obtint le rejet du bill d'attainder, il ne fit en réalité que se défendre au mieux qu'il put. Laisser voter le projet de loi, c'était, pour Crumwell, acquiescer bel et bien à sa propre perte. Les chefs d'accusation soulevés contre le cardinal étaient motivés, en partie du moins, par les injustices graves commises au cours de la suppression de certains monastères. Or, c'est à cette besogne qu'avait travaillé Crumwell et par là qu'il avait acquis une notoriété peu enviable. Pour sa sûreté, comme pour celle de son maître, il fallait donc que le bill d'attainder fût repoussé. « J'ai lu avec attention, dit le doyen Hook, les lettres adressées par Crumwell à Wolsey, et à mon avis, quiconque prendra cette peine doit arriver à la même conclusion : c'est que Wolsey ne croyait point à la sincérité de Crumwell, et que celui-ci ne traita pas avec égard et bienveillance son maître déchu. Crumwell était obligé de se défendre, car il n'avait pas d'autre marche à suivre (1). »

En outre, le fait même de l'attitude de Crumwell devant la mesure proposée, à une époque où la résistance aux volontés royales n'était pas tolérée, démontre qu'une secrète alliance avait été conclue entre le souverain et son futur conseiller (2). A voir la manière dont Crumwell, si l'on en croit Cavendish, abandonna le cardinal, il est clair qu'il savait son maître en grave

i. « Lives of Archbishops », VI, p. 128.

2. Le Dr Pegge s'exprime ainsi : * Si le bill fut repoussé, c'est que le monarque s'était radouci ; car Crumwell n'eût pas osé y résister et les communes n'eussent pas osé le rejeter, si elles n'avaient reçu avis que telle était la volonté royale. » Singer, « Cavendish », I, p. 209, note.

danger, et qu'il voulut essayer d'échapper aux difficultés qui l'assiégeaient en traitant tout de suite avec la Cour. La scène décrite par Cavendish ne saurait être interprétée d'autre façon. Thomas Crumwell se dit qu'il était grand temps de songer à ses propres affaires. Il y avait urgence, d'autant plus qu'il courait alors, semble-t-il, un bruit fort peu rassurant : une fois le procès de Wolsey fini, disait-on, alors viendraient le tour de Crumwell et le juste châtiment. La voix du peuple l'avait même déjà condamné au gibet. Le cardinal Pôle, qui se trouvait à Londres à cette époque, déclare qu'il entendit le peuple manifester une joie bruyante à l'idée du châtiment de cet homme que l'on regardait comme méritant si bien la mort. On affirmait, rapporte-t-il encore, que Crumwell avait déjà été appréhendé et jeté en prison (1). Il fut exposé à un réel péril : c'est ce qui ressort du récit que fait Cavendish de la scène à laquelle il assista chez le cardinal, à Esher, le 1er novembre 1529 (2) : « J'entrai par hasard, dit-il, le jour de la Toussaint, dans la grande chambre à Esher, le matin, afin d'aller présenter mes hommages. J'y trouvai M. Crumwell appuyé à la grande fenêtre, un livre d'heures à la main et récitant les matines de Notre-Dame, — ce qui eût paru étrange de sa part avant ce jour (3). Enfin, que vous

1. « Apologia », 1744, I, 126. — Ipse (Crumwell) omnium voce, qui aliquid de eo intellexerant ad supplicium posceretur.Hoc enim affirrnare possum,oui Londini tum adfui et voces audivi, adeo etiam ut per civitatem universam rumor circumferi'etur, eum in carccrem fuisse detrusum, et propediem productum iri ad supplicium. »

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