Cavendish, « Life of Wolsey », Éd. Singer, 1825, I
3. La lecture adoptée ici a l'approbation du Dr Maitland (« Reformation », p. 230). Des écrivains autorisés ont remplacé «afore » (auparavant) par « since » (depuis lors). Le Dp Maitland ajoute : — « Crumwell avait depuis longtemps avoué ses principes de mécréant, ce n'est pas douteux. Le car-
dire de plus? 11 priait avec une profonde ardeur, pendant que ses yeux distillaient de grosses larmes. Je le saluai et lui souhaitai le bonjour. Et alors, je vis que ses joues étaient humides, et qu'il les essuyait avec son mouchoir. Je lui dis : « Eh quoi, monsieur Crumwell, que signifie cette douleur? Monseigneur est-il en danger, et vous lamentez-vous sur lui ? ou est-ce quelque perte que vous avez subie par accident? » — « Non, répliqua-t-il, c'est à cause du malheur qui m'arrive, à moi. Car je suis sur le point de perdre tout ce que j'ai travaillé pendant toute ma vie à gagner, et ce, pour avoir servi mon maître avec diligence et fidélité. » — « Eh quoi. Monsieur, repris-je, je suppose que vous êtes trop sage pour agir autrement que vous l'ordonne Monseigneur, et dès lors, vous n'avez à redouter aucun danger ni la perte de vos biens. » — « Oui, oui, me dit-il, je ne sais pas ; mais je vois nettement une chose, c'est que tout est à peu près perdu; et je n'ignore pas que je suis méprisé de tous à cause de mon maître, et pourtant je suis sûr que je ne leur donne point de motif pour cela. Le mauvais renom, une fois acquis, ne s'en va pas facilement. Monseigneur ne m'a jamais procuré de l'avancement afin d'augmenter mes moyens de subsistance. Mais je ne vous le cacherai point : cette après-midi, quand Monseigneur aura dîné, je partirai à cheval pour Londres; j'irai à la Cour; je veux être sauvé ou ruiné, avant que
dinal Pôle affirme qu'il lui avait dit ouvertement qu'à ses yeux le vice et la vertu n'étaient que des mots, propres à charmer les loisirs des savants dans les collèges, mais funestes à l'homme qui veut s'élever à la Cour des princes. Le grand art du politicien était, selon lui, de percer le voile sous lequel les souverains ont coutume de cacher leurs réels sentiments et d'imaginer les stratagèmes les plus spécieux afin de satisfaire leurs appétits sans paraître outrager la morale ni la religion. ^ (Voy. Singer, «Cavendish », 1,193, note.)
je revienne. Je vais me hâter d'aller voir ce qu'ils peuvent mettre à ma charge. »
« Alors, continue Cavendish, Monseigneur arriva en compagnie de son aumônier, un certain Dr Marshall, et tout d'abord dit les matines, écoutant deux messes en même temps qu'il les disait. Ensuite il se prépara à la messe, et il dit la messe lui-même. Et quand il eut fini son office, dès qu'il fut retourné en son logis, il demanda son dîner, qui lui fut servi en sa chambre privée. Et avec lui dînèrent plusieurs docteurs, parmi lesquels ce M. Crumwell. Et il arriva qu'étant assis à table, Monseigneur vint à parler de ses gentilshommes et domestiques, dont il loua fort les loyaux et fidèles services. Sur quoi, M. Crumwell saisit l'occasion de dire à Monseigneur qu'il devait estimer en conscience les bons et fidèles services qu'ils lui rendaient au milieu de ses embarras présents, sans jamais l'abandonner, ni dans la prospérité, ni dans le malheur. »
Le cardinal déplora que sa triste fortune ne lui eût laissé que des paroles de remerciements à donner à ses protégés. Mais Crumwell insinua que le cardinal devait forcer ses chapelains à lui céder une partie des revenus qu'ils tiraient de bénéfices auxquels il les avait présentés : il aurait ainsi de quoi récompenser les gens de sa maison. « Vos pauvres serviteurs », lui dit-il, ont pris plus de peine en un seul jour que tous vos paresseux chapelains n'ont fait en une année. Donc, si ceux-ci ne veulent point reconnaître librement et franchement votre générosité et partager avec vous, qui êtes en une telle indigence et nécessité, ces mêmes biens acquis à votre service, c'est grand'pitié qu'ils vivent, et le monde entier s'indignera et les haïra pour
leur ingratitude envers leur maître. » 11 faut lire dans Cavendish la description pittoresque de la scène qui suivit le dîner, au moment où Wolsey prit congé de ses serviteurs. Crumwell, qui déclara au cardinal qu'il n'avait jamais reçu de lui « un présent d'un sou », lui donna cinq livres. Alors il s'écria, devant toutes les personnes de la maison : « Et maintenant, voyons ce que feront vos chapelains! » Inutile de porter un jugement sur les motifs qui poussaient ainsi Crumwell à humilier les ecclésiastiques qui étaient au service de son maître. Mais, « quand Monseigneur fut revenu dans sa chambre en gémissant sur le départ de ses serviteurs, il se lamenta devant maître Crumwell, qui le consola du mieux qu'il put et implora la permission d'aller à Londres, car il voulait ne pas revenir que tout ne fût sauvé ou perdu (telle était son expression habituelle et constante). »
Il n'est guère facile de savoir à quel artifice recourut Thomas Crumwell pour frustrer de son espoir le peuple, qui réclamait à grands cris un châtiment, et pour modifier les dispositions du roi à son égard. Henri, sans aucun doute, vit en lui l'homme qui pourrait devenir un instrument utile entre ses mains. Mais il fallut davantage pour changer l'aversion et le mépris bien connus du roi en une confiance subite et immédiate, et pour établir une secrète alliance entre eux. Certains ont pensé que probablement Crumwell, dans son entrevue avec Henri, lui suggéra le moyen de mettre un terme à ses différends avec le Pape : l'Angleterre refuserait, ni plus ni moins, toute allégeance au Saint-Siège, et le roi serait proclamé à jamais chef suprême de l'Église en Angleterre. D'autres ont prétendu qu'il sut captiver le souverain en lui montrant
avec quelle facilité il pourrait s'approprier les richesses de l'Église et les vastes terres des communautés religieuses. Quel qu'ait été le motif de persuasion, il paraît certain que c'est au cours de cette entrevue que Crumwell obtint l'assentiment du roi au rejet du « bill d'attainder » et lui fit prendre le parti de poursuivre le cardinal en vertu delà loi de « prsemunire ». Delà sorte, Henri V1ÏI entrait toujours en possession des biens du ministre déchu. A ce plan, même, il gagnait beaucoup plus : car ce n'était pas seulement le cardinal que l'on frapperait pour avoir agi en qualité de légat du pape ; mais tout le corps du clergé pouvait être atteint. En effet, tous ceux qui avaient reconnu ces pouvoirs de légat étaient enveloppés dans les mailles du statut et se trouvaient en danger de voir confisquer leurs biens meubles et immeubles au profit de Sa Majesté.
Henri VIII, cela est incontestable, avait accordé au cardinal l'autorisation d'agir comme il l'avait fait. Il est clair, dès lors, qu'il n'y avait qu'une façon de répondre à l'accusation : c'était de produire la permission royale revêtue du grand sceau. Lorsque les commissaires vinrent lui demander quelle réfutation il pouvait opposer aux charges qui pesaient sur lui, Wolsey répliqua : « Le roi sait fort bien si j'ai offensé SaMajestéet ses lois ou non, en usant des prérogatives de légat à cause desquelles vous me poursuivez en justice. En tout cas, j'avais dans mes coffres la dispense du roi, par lui signée et scellée, qui me permettait d'exercer ladite autorité de la manière la plus large dans les États de Sa Majesté, et qui est maintenant entre les mains de mes ennemis (1). » Wolsey