‹ Henri VIII et les monastères anglaisChapitre 247 sur 288 · Quartier de Londres · texte numérisé non relu

Quartier de Londres

2. Voici des exemples empruntés à son livre de comptes : — « A lord Latimer, achat de terres, 280 livres; au chancelier de l'Accroissement, dito, 800 livres; à sir Gregory Somerset, achat de sa maison de Kew, 200 livres; à lord Clynton, achat de ses manoirs de Golston, Folkeston et Walton,

2.374 livres; au prieur de Folkeston, 263 livres 1 schelling 3 pence; à sir John Dudley, pour manoir de Holden, etc., 3.490 livres; à sir Thomas Pope, pour manoir de Dunford près Wandsworth, 266 livres 13 schellings 4 pence », etc., etc.

masques (1), de pantomimes et d'autres spectacles; ménestrels, acteurs et pîtres ont leur part du butin volé aux monastères et couvents. Il fallait gaspiller plus que la pension annuelle d'un moine ou d'une religieuse « pour parer la divine Provideuce, quand elle jouait devant le roi », ou pour « le collet de velours de ce bizarre manteau de bête que Monseigneur donna au roi ».

Le nouveau pair du royaume avait, semble-t-il, des goûts presque aussi coûteux en matière de toilette, si l'on en peut juger d'après les sommes payées à sir Richard Gressham pour des costumes de soie et de velours, et d'après cet étrange article de compte : « deux bonnets de nuit en satin pour Monseigneur. »

Les dons qu'il distribuait étaient royaux par leur nombre et leur importance. Parfois, il est vrai, ces largesses ne paraissent point désintéressées : elles ressembleraient plutôt à des prêts d'argent, car, même à l'apogée de sa puissance, Crumwell continua son trafic d'usurier (2).

Il est un autre trait du caractère de Crumwell qu'il faut noter en passant. Ce personnage, on n'en saurait douter, encouragea et provoqua les révoltantes impiétés qui déshonorèrent le pays sous son administration. Sa politique visait non seulement la destruction des droits de la propriété, mais celle de la foi. Sans religion luimême, il n'hésita pas à ébranler les fondements de la foi chrétienne chez les autres. En protégeant et en sou-

1. Pièces allégoriques du théâtre anglais. (Note du traducteur.)

2. On trouve, à maintes reprises, des remboursements « sur billets à ordre», des prêts accordés, en apparence, sans garantie, et d'aulres semblables à ceux d'un prêteur sur gages : « tant sur une statue » ; « tant sur une autre statue » ; « tant sur de l'argenterie ».

doyant une masse de plats valets de la littérature qui s'attaquaient dans leurs satires aux choses saintes et sacrées, il ouvrit les écluses toutes grandes au scepticisme et à l'incrédulité. « Il fut, écrit le Dr Maitland, le haut patron de l'obscénité, des ribauds, du bouffon de bas étage, du marchand de chansons ordurières, des chanteurs de cabaret, des « railleurs hypocrites » qui figuraient dans les fêtes, bref, de tous les blasphémateurs et détracteurs, la honte du parti protestant à l'époque de la Réforme... Ce fut là le résultat de la politique poursuivie de propos délibéré par l'homme qui jouissait en ce pays de la situation et de la puissance les plus élevées (1). » A cet homme on livra les monastères anglais, lui laissant le choix entre la réforme et la destruction; de sa parole et de celle de ses créatures l'on fit dépendre leurs titres à la bonne ou à la mauvaise renommée.

Il nous reste à parler du dénouement de la carrière de Crumwell. Elle se termina dans une ignominie méritée. Par une rétribution vengeresse de la destinée, il monta sur l'échafaud tout à coup, sans qu'on entendît sa défense et sans autre forme de procès : peut-être fut-il alors victime d'une loi qu'il avait imaginée et fait adopter en vue de se débarrasser de rivaux gênants et de personnes assez hardies pour résister à son despotisme ou contrecarrer ses projets.

Pendant les quelques semaines qui précédèrent la disgrâce définitive de Crumwell, le bruit avait couru

i. «c The Reformation », p. 236. Foxe (V, 403) porte aux nues ce rôle caractéristique de son grand héros chrétien, Crumwell, et il cite « The Fantassie of Idolatory » comme échantillon de l'œuvre accomplie sous son patronage. Imitant le Dr Maitland, nous nous contenterons de laisser ce livre parler de lui-même.

avec persistance que le ministre ne jouissait plus d'un empire aussi absolu sur Henri VIII. Le roi, devant qui Wolsey « était resté à genoux, parfois l'espace de trois heures, pour essayer de changer sa résolution et ses convoitises », mais sans succès, ne devint pas plus maniable au temps de Crumwell. On parlait de scènes en pleine salle d'audience : le monarque, dans son entêtement et son irritation, avait été jusqu'à appliquer un vigoureux soufflet à lord Crumwell. Castillon, l'ambassadeur de France, avait entendu Sa Majesté infliger une semonce au Garde du Petit Sceau et lui dire « qu'il était peut-être bon à s'occuper d'un ménage, mais non point à diriger les affaires des rois » (1).

Le 11 juin 1540, Marillac, qui avait succédé à Castillon comme ambassadeur de France, écrit qu'il a appris, une heure avant d'envoyer sa dépêche, que Crumwell a été conduit à la Tour. Il ajoute qu'il est impossible de prédire quels changements cette arrestation produira dans toute la politique du roi, « même en ce qui touche aux innovations en matière religieuse, lesquelles ont Crumwell pour principal moteur » (2). Henri, toutefois, voulait que Marillac comprît nettement les causes de la chute de son ministre. 11 le fit donc aussitôt prier de réserver son appréciation jusqu'à leur prochaine entrevue, où tout lui serait expliqué; en attendant, il lui donnait à penser que Crumwell avait été arrêté pour ses opinions foncièrement hérétiques et pour avoir encouragé, contre le désir du roi, de fausses doctrines venues d'Allemagne, en

1. « Inventaire analytique des Archives », etc., éd. Kaulek, n° 62, 14 mai 1538.

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