‹ Henri VIII et les monastères anglaisChapitre 250 sur 288 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

-3. Rôles du Parlement, 32, Henri VIII, m. 60.

En outre, « s'arrogeant vos pouvoirs de lord souverain, il a maintes fois traîtreusement nommé certains de vos sujets commissaires en des causes et affaires de grande urgence et de grand poids, sans l'assenti ment et à l'insu de Votre Majesté ». De plus, il s'étai vanté publiquement de pouvoir agir à sa guise, « étanl sûr de vous »,, dit le bill. En outre, il a, de sa propn autorité, délivré des passeports et, en « détestable hérétique », répandu par toute l'Angleterre une fouk de livres remplis de fausses doctrines et d'erreurs, qu] excitaient le peuple à ne point croire « en le Très Saint Sacrement de l'autel et d'autres articles de la fo chrétienne ». Et ces livres une fois traduits, il avait « approuvé les hérésies fondamentales ainsi traduites » et déclaré « qu'il était permis à tout chrétien, aussi bien qu'à tout prêtre, d'administrer ledit sacrement. »

En sa qualité de vice-gérant du roi, il disposait du grand sceau, et il « autorisa diverses personnes soupçonnées et accusées d'hérésie à prêcher et à enseigner en public, disant qu'il lutterait contre le roi lui-même pour soutenir ces hérésies... Et, sur l'heure, il tira traîtreusement son poignard et le leva en l'air avec ces mots : « Que ce poignard me perce le cœur si je ne « meurs point pour cette cause envers et contre tous, « et j'espère que, si je vis un an ou deux de plus, il ne « sera point au pouvoir du roi de résister ou de « l'empêcher de triompher, même s'il le voulait.

En outre, « ledit Thomas Crumwell a obtenu et acquis, par oppression, corruption, extorsion et promesses mensongères, la possession de sommes d'argent et de trésors immenses ». 11 tenait aussi les nobles du royaume « en grand dédain, les raillant et

les exécrant », et quand on lui rappela, « le dernier jour de janvier de la trente et unième année du règne, en la paroisse de Saint-Martin-en-Plaine », que d'autres avaient été frappés d'attainder, il s'écria, plein d'une perfide arrogance, que « si les lords le traitaient de la sorte, il leur donnerait un déjeuner comme il ne s'en fît jamais en Angleterre, et que le plus fier d'entre eux saurait ce qu'il lui en coûterait, pour le plus grand péril et danger de Votre Majesté, de vos héritiers et de vos successeurs ».

La postérité doit remercier Dieu de ce qu'il ait abattu si soudainement sur Crumwell sa main vengeresse. Son arrestation, à laquelle personne ne s'attendait, fut si subite, qu'elle ne lui laissa pas le temps de détruire les papiers qui s'étaient accumulés au cours de son administration et que, selon toute vraisemblance, il ne tenait pas à voir découvrir. Le matin du 10 juin 1540, il régnait en souverain sur l'Angleterre (1); le soir de cette journée le vit prisonnier à la Tour et virtuellement condamné. Après avoir supplié, dans les termes les plus vils, qu'on épargnât sa

1. Voici quelques détails empruntés à une lettre écrite par Bullinger à Richard Hilles (Zurish Letters, 105) : « Peu de temps avant la mort de Crumwell, le roi lui conféra de nouveaux honneurs et lui octroya de grandes maisons et richesses, et de nombreuses places, et des domaines très vastes et très avantageux . Pareillement, il avait doté la reine Anne peu avant delà faire décapiter. Mais certaines gens soupçonnent que tout cela n'était qu'un artifice destiné à prouver que Crumwell avait été un fort vilain traître... Ce fut par une ruse semblable, comme le pensent quelques-uns, que le roi accorda au fils de Crumwell, Grégoire, qui était presque idiot, le titre de son père et nombre de ses domaines, tandis qu'il était encore plongé en prison,

— cela, pour que Crumwell fût mieux disposé à confesser ses offenses envers le roi au moment de l'exécution... 11 y a encore des personnes qui affirment,

— avec quelle vérité, Dieu le sait, — que Crumwell fut menacé de périr sur le bûcher, et non par la hache, à moins qu'avant l'exécution il n'avouât ses crimes contre le roi et ne s'écriât alors : « Je ne suis qu'un misérable pécheur l » Voy. Lewis, « Sanders », p. 149.

vie, il fut conduit à l'échafaud sur la place de la Tour de Londres, le 28 juin. John Stowe, le chroniqueur, rapporte qu'il prononça le discours suivant : « Je suis venu ici pour mourir, et non pour me disculper, comme d'aucuns pourraient le croire. Car si j'agissais ainsi, je serais bien vil et bien à plaindre. Je suis, de par la loi, condamné à mourir, et je remercie le Seigneur Dieu de ce qu'il m'ait imposé cette mort pour mes offenses. Car depuis le temps où j'arrivai à l'âge de raison, j'ai vécu en pécheur et j'ai offensé le Seigneur Dieu, ce pourquoi j'implore son pardon du fond du cœur. Et il n'est point ignoré de beaucoup d'entre vous que j'ai été un grand voyageur en ce monde, et qu'étant de basse condition, je fus appelé à un haut rang; et dès le temps de mon élévation, j'ai offensé mon prince, ce pourquoi j'implore son pardon du fond du cœur, et je vous supplie tous de prier Dieu avec moi pour qu'il me pardonne. Et maintenant, je vous prie, vous qui êtes ici, d'être témoins que je meurs dans la foi catholique, ne doutant point d'aucun article de ma foi, ni même d'aucun sacrement de l'Église. Beaucoup m'ont calomnié et ont répandu le bruit que j'écoutais ceux qui soutenaient des opinions perverses, — ce qui est faux. Mais, je le confesse, de même que Dieu, par son saint esprit, nous instruit en la vérité, de même le démon est toujours prêt à nous séduire, — et j'ai été séduit. »

Ainsi périt, sans être plaint ni pleuré de personne, l'homme dont le peuple avait réclamé à grands cris le châtiment trois ans auparavant, dans la lutte qu'il entamait pour se délivrer de sa tyrannie. Sa belle-fille elle-même se lamente sur « l'extrême indigence et pauvreté en laquelle était tombée la famille par suite

des très exécrables offenses de son beau-père », et elle parle, dans une supplique qu'elle adresse au roi, des « odieuses transgressions et funestes offenses » de Thomas Crumwell (1). De même, John Gostwyke, le secrétaire en qui le ministre plaçait tant de confiance, à qui il avait prêté des sommes considérables et qu'il avait désigné « pour un monastère », écrit au roi : — « Plaise à Votre Très Excellente Majesté d'être avertie que moi, votre très humble serviteur, John Gostwyke, j'ai entre mes mains une somme que j'ai amassée de jour en jour à l'insu du comte d'Essex et que, si je l'en avais informé, il m'eût ordonné de lui remettre sans garantie, comme j'ai toujours dû le faire : 10.000 livres » (2).

Quelques jours avant l'exécution, l'ambassadeur de France écrit que « les biens de Crumwell semblent, après inventaire, moins importants qu'on ne le pensait, bien qu'ils le soient assez, et même trop, pour un homme de si basse origine. Il possédait en argent 7.000 livres sterling, ce qui équivaut à 28.000 écus de notre monnaie. Les objets en argent, y compris quantité de croix, de calices, de mitres, de vases sacrés et d'autres dépouilles de l'Eglise, se monteraient peutêtre à une somme un peu supérieure (3). Toutes ces choses ont été portées pendant la nuit au trésor royal, signe que le roi ne songe point à les restituer... Le

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