‹ Henri VIII et les monastères anglaisChapitre 252 sur 288 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Les principaux accusateurs des moines : Layton, Legh, Ap Rice et London.

Les instruments choisis par Crumwell pour mettre à exécution ses projets relatifs aux monastères furent, à certains égards, bien appropriés à la besogne entreprise. Ils ne se laissèrent pas troubler par des scrupules de conscience ni amollir par la pitié quand il s'agit de faire réussir les plans de leur maître. « Les inquisiteurs, dit Fuller, l'historien, étaient des hommes qui comprenaient bien le message qu'on leur avait confié : ils ne voulaient pas revenir sans une réponse satisfaisante vers celui qui les envoyait, sachant qu'eux-mêmes ne perdraient rien à cela (1). » Ils étaient, et ne s'en cachaient pas, absolument les créatures de Crumwell. Il ressort clairement de leurs lettres qu'ils n'hésitèrent pas à servir ce dernier en môme temps que leurs propres intérêts, et cela même aux dépens de toute honnêteté.

i. « History », II, p. 214. Le doyen Hook partage l'avis de Fuller sur les agents de Crumwell.

« L'histoire du monde offre hien peu d'exemples d'un tyran qui ait trouvé de plus vils instruments pour ses plus vils desseins qu'Henri VIII en trouva pour persécuter les monastères anglais. Il régnait déniaises superstitions dans certaines maisons religieuses; il y avait des abus dans d'autres; un certain nombre de ceux qui habitaient par milliers les monastères, grands et petits, menaient une existence scandaleuse, et plus nombreux encore étaient ceux qui vivaient oisifs et inutiles : d'accord, personne n'aurait la sottise de le nier. Mais qu'un monastère quelconque, en Angleterre, ait jamais renfermé une demi-douzaine de misérables tels que les plus connus parmi les visiteurs qui les spolièrent, cela passe toute conception. Il y a de quoi être pris de nausée. Le lecteur est bien près de rester incrédule à tout ce que racontent de pareilles gens, tant il s'indigne des mensonges impudents et manifestes qui pullulent dans leurs rapports (1). »

« 11 est vraisemblable, dit M. Froude, parlant de l'inspection des monastères, que ceux qui entreprirent cette tâche réprouvaient amèrement les vices des religieux et accomplirent leur besogne avec peu de scrupule et de sympathie. Legh et Layton ont été accusés, plus tard, de s'être comportés avec une révoltante arrogance. Ils acceptèrent, dit-on, des présents d'argent, et quand on ne leur en offrait pas, ils les extorquèrent aux maisons qu'ils épargnaient. Qu'ils aient employé des procédés assez durs, c'est chose fort probable : mais Font-ils fait inutilement ? Il ne faut pas en juger d'après les dires de personnes aux yeux de qui leurs occupations n'étaient qu'un sacrilège per-

1. Athenœum, « Letters and Papers » (Lettres et Papiers) de M. Gairdner, IX, 27 nov. 1886.

pétuel. Ils reçurent de l'argent : cela ressort évidemment de leurs rapports au gouvernement; mais il est non moins évident qu'ils n'essayèrent même pas de s'en cacher... On demandait aux visiteurs des monastères, qui voyageaient avec une suite nombreuse, de suffire à leur propre entretien au moyen de leurs occupations, de s'imposer à l'hospitalité des maisons où ils allaient et de puiser leur salaire et celui de leurs serviteurs dans la caisse de ces établissements. Des sommes d'argent devaient, dans bien des cas, leur être offertes au lieu d'une hospitalité pénible : profitèrent-ils malhonnêtement des opportunités qui se présentaient à eux d'user d'extorsion, ou bien firent-ils preuve d'une modération convenable, on ne saurait tirer l'une ou l'autre de ces conclusions du simple fait que de bruyantes clameurs s'élevèrent contre eux. Mais leur conduite, à d'autres égards, fut indubitablement irréfléchie et répréhensible. Leurs serviteurs, qui avaient déjà dans les veines le sang ardent des Puritains, qui raillaient et haïssaient toute la race des moines, avaient fait parade de leur mépris aux yeux du monde ; ils avaient chevauché par les grand'routes, parés des dépouilles des chapelles profanées, avec des chapes en guise de pourpoints, des tuniques en guise de housses et des reliquaires d'argent transformés, à coups de marteau, en fourreaux pour leurs poignards (1). »

Il semble qu'à différentes dates, entre 1535 et 1538, de nombreux commissaires aient été envoyés visiter les monastères, soit pour en recevoir la cession formelle, soit pour y présider à l'œuvre de spoliation et

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