‹ Henri VIII et les monastères anglaisChapitre 261 sur 288 · Rec. office. Corresp. de Crumwell, XX, n · texte numérisé non relu

Rec. office. Corresp. de Crumwell, XX, n

posé à être son associé, « de peur que, par ses excuses hardies, qu'il a toujours sous la main, il ne vienne, dit-il, à me vaincre en audace, surtout dans l'accusation, car je ne suis pas éloquent dans cette dernière comme le sont certaines gens. » 11 est évident que même Ap Rice répugne à prendre une part de responsabilité dans les accusations que Legh, dépourvu de tout scrupule, était toujours prêt à porter contre les moines, qu'il traitait avec tant « d'insolence et de hauteur ». C'est peut-être pour ce motif que le chancelier, sir Thomas Andley, prie Crumwell de ne pas permettre à Legh, qui avait mission de visiter les maisons religieuses de Londres, de faire l'inspection du monastère de Barking. Il ajoute néanmoins, en termes assez ambigus, qu'il ne présente pas cette requête parce qu'il soupçonne le docteur Legh, « lequel, dit-il, se montre indifférent et impartial, à ce que j'apprends, dans l'accomplissement de ses fonctions» (1). Quant aux honoraires et pots-de-vin que Legh exigeait des moines, la lettre d'Ap Rice, mentionnée plus haut, nous en dit assez à ce propos. « Il ne demande, écrit ce dernier, pas moins de 20 livres d'honoraires à chaque élection, ce qui, à mon avis, est trop et surpasse tous les droits qu'on ait jamais fait payer. » Si les malheureuses victimes de sa tyrannie ne lui offraient pas ce qu'il se plaisait à regarder comme le prix de ses services, il refusait leurs présents. On était alors forcé de lui renvoyer ce qu'il désirait obtenir. « Sûrement, déclare Ap Rice, les religieux n'ont jamais tant craint le Dr Allen qu'ils le craignent, lui, car il les traite si durement ! »

i. Wright, p. 74.

Une part de ces honoraires revenait, sans aucun doute, à Crumwell. De vastes sommes, produit d'élections et d'inspections nombreuses, entrèrent dans la caisse privée du grand visiteur. De temps à autre, évidemment, le Dr Legh faisait une bonne affaire pour le compte de son maître. C'est ainsi qu'il obtint de William Basing, élu prieur de Saint-Swithin, à Winchester, la promesse ferme, écrite et signée, de lui payer 500 livres (1). Les dates de versement de cette somme sont inscrites dans les livres de comptes de Crumwell. Du même prieur de Winchester, Legh obtint pour son maître une annuité de 20 livres sterling, qui devait être continuée au tils de ce dernier, Gregory Crumwell. Comme son collègue Layton, Legh était à la merci de son patron, à qui il empruntait de l'argent en échange de billets. De vastes sommes vinrent de lui, ou passèrent entre ses mains, pour aller grossir les revenus de Crumwell.

Ap Rice, on l'a déjà vu, déclara à Crumwell qu'il ne craignait rien moins que d'être assassiné (2) par les familiers de Legh, « sicaires ou serviteurs », si celuici venait à savoir que son confrère avait critiqué sa conduite auprès du ministre. Et pourtant, c'est sur les rapports d'un tel homme, ainsi dépeint par un des siens, que les maisons religieuses ont été jugées! Presque toutes les relations défavorables écrites sur le compte des monastères peuvent être attribuées à la plume soit de Layton soit de Legh, ou bien provien-

1. Rec. 0(T. — Corr. de Crumwell, XLl, 80-81. C'était une somme très importante pour cette époque et qui valait environ 6.000 livres de notre argent.

2. Il emploie les mots « irrecoverable harm », mal irréparable, irrémédiable.

nent d'une collaboration de ces deux créatures de Crumwell.

Legh ne fut pas rappelé : au contraire, on l'employa plus que jamais à l'œuvre d'inspection. 11 reçut cependant une lettre de réprimande. Il répondit sur un ton de repentir et promit de quitter sa robe de velours et de congédier une partie de ses serviteurs (1). Très probablement, Crumwell reconnut, à la description que lui fit Àp Rice des excès et du manque de scrupules de Legh, que celui-ci était bien l'instrument qu'il lui fallait pour pousser les religieux, pris de désespoir, à remettre leurs maisons et leurs personnes entre les mains clémentes du roi. Les explications que donna Legh sur la nécessité de prendre dès le début des mesures énergiques et coercitives, afin que les demandes d'adoucissement qui afflueraient bientôt fussent une source de profit pour son maître (2), ces explications durent certainement être d'un grand poids aux yeux de Crumwell et contre-balancer l'opinion d'Ap Rice déclarant qu'il n'était pas de bonne politique de mettre ainsi l'épée dans les reins aux religieux, comme le faisait Legh. Il semble que, plus d'une fois, Legh soit arrivé à ses fins en insinuant qu'il dépendait de Crumwell de « satisfaire » les religieux, et cela « à son grand avantage » (3). Après cette légère allusion, il le « prie instamment de considérer quelle personne il doit envoyer aux universités d'Oxford et de Cambridge, où seront trouvées toutes les vertus et qualités, ou au contraire les sources de tout vice et de tout mal », suivant la personne qui sera envoyée. De plus, que

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