‹ Henri VIII et les monastères anglaisChapitre 267 sur 288 · Surtees, # Durham », I · texte numérisé non relu

Surtees, # Durham », I

3. Dépositions faites en 1557 devant une commission d'enquête. Surtees, « Durham »,I, 130. Henri lui-même se défiait de Legh : témoin l'enquête quïl ordonna d'instituer à propos des sommes d'argent qu'il avait reçues lors de la dissolution de différents monastères. Sir John Daunce, qui entreprit les recherches, s'exprime ainsi :« Mémoire touchant l'argenterie qu'on suppose avoir été vendue par l'ancien abbé de Merivale à George Warren, orfèvre de Londres, pour une valeur de 18 livres sterling. — De ceci information fut donnée au Dr Legh et à William Cavendish, après qu'ils eurent dissous ledit monastère. Passant de ce côté, le Dr Legh et W. Cavendish envoyèrent chercher auprès dudit abbé lesdites 18 livres. Ces 18 livres, ils confessent que l'ex-abbé les leur envoya par un serviteur, chargé de les prier de se montrer bons maîtres envers lui et ses frères. Et cela, ledit Cavendish l'affirme dans ses réponses, et ledit Dr Legh l'avoue également.— Daunce. » — Exchequer Q. R. Miscellaneous Suppression Papers, 834/23.

l'histoire de l'inspection et de la suppression des monastères est celui de John Ap Rice. Pendant l'automne de 1535, il fut employé comme confrère de Legh, et tous deux rédigèrent en collaboration des accusations graves contre un grand nombre des maisons religieuses qu'ils visitaient. Il avait rempli les fonctions de greffier lors de l'interrogatoire des prisonniers et témoins à la Tour de Londres, et c'est lui qui avait écrit les formules de reconnaissance de la suprématie royale qu'on envoya aux différents monastères pour remplir les blancs et apposer la signature exigée. En retour de ces services, il pria Crumwell de lui procurer quelque récompense, d'autant plus qu'il dressait, à l'usage du roi, « un catalogue sommaire des dernières inspections, avec la liste succincte des noms, de l'ordre, de l'état, du nombre et des dates de toutes les maisons religieuses du royaume » (1).

Nous avons vu quels détails Ap Rice donna sur la conduite de son confrère Legh, qui lui inspirait une saine terreur, et comment il avait supplié Crumwell de ne jamais révéler la source de cette accusation. Il se doutait bien, chose assez naturelle, que son maître le ferait espionner, comme il l'avait forcé lui-même d'espionner Legh : aussi ajoute-t-il : « Pour ma propre conduite et mes actions, j'espère que vous n'aurez pas lieu de vous plaindre de moi. Je désire humblement une seule chose : c'est que Votre Seigneurie n'ajoute pas foi légèrement à une accusation avant qu'elle ne soit prouvée et ma défense entendue (2). » Il s'était trouvé déjà dans une situation critique : cela ressort de ce fait qu'il craignait de rendre compte des

i. Rec. Office. — Corr. de Crumwell, XXXV, 39, 40. 2. Ibid., 38.

actions de Legh, de peur que Crumwell ne s'imaginât qu'il agissait ainsi par mesure de représailles. « J'espère, dit-il, que vous considérerez qu'il a été un de ceux qui m'ont dénigré auprès de Votre Seigneurie, sans juste cause, mais parce qu'il me voit avec défaveur pour certains motifs que je vous indiquerai plus à loisir (1). »

Quelles étaient ces accusations portées contre lui par Legh, nous l'ignorons. Elles étaient pourtant, selon toute apparence, tellement déshonorantes, qu'en temps ordinaire elles eussent rendu fort dangereux et parfaitement injustifiable son maintien dans les fonctions de visiteur des monastères, surtout des couvents de dames. C'est ce que semble indiquer le fait qu'il se déclarait incapable sur le moment de présenter sa défense, parce qu'il était « si confondu, dit-il, que je ne me souvenais plus des choses qui pouvaient me justifier. » En tout cas, ceci rendrait assez vraisemblable l'affirmation faite au sujet d'Ap Rice, d'après laquelle c'était un ancien prêtre interdit pour mauvaise conduite. Il ne paraît pas, non plus, qu'il ait reçu de l'avancement au spirituel, en retour de ses services, comme London et Layton. Et il est évident qu'il dut tomber en disgrâce puisqu'il écrivait : « J' ai éprouvé par moi-même, il n'y a pas longtemps, combien il est pénible, mortel même, d'encourir la défaveur d'un homme tel que vous. » Sa servilité envers Crumwell était, comme celle des autres, abjecte.

Comme les autres commissaires encore, Ap Rice fit un vaste trafic d'argent avec le ministre. 11 grossit la bourse de son maître du produit de nombreux droits

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