‹ Henri VIII et les monastères anglaisChapitre 4 sur 288 · Rites of Durham », p · texte numérisé non relu

Rites of Durham », p

.2. Ibid., p. 74.

Toutes ces stalles de travail étaient entourées d'une boiserie fine et bien ajustée, saufla partie antérieure, qui était ouvragée et à jour. Dans chaque petit cabinet se trouvait un pupitre pour poser les livres... Et en face de ces cabinets se dressaient, appuyées contre le mur de l'église, de grandes armoires en chêne à panneaux, toutes pleines de livres, avec une quantité de manuscrits anciens pour aider les moines dans leurs études. On y plaçait aussi bien certains auteurs profanes que les écrits des anciens docteurs de l'Église, avec les ouvrages de différents saints personnages. De sorte que chacun étudiait le docteur qui lui plaisait le mieux, ayant en tout temps la bibliothèque à côté de sa stalle. »

Dans le cloître occidental, les novices avaient un endroit spécial affecté à leurs occupations journalières. « Et le maître des novices avait un joli siège en chêne, tout près,.... en face des stalles où ils étaient, et là il instruisait les novices et dans la matinée et dans l'après-midi. 11 n'était permis à aucune personne étrangère de venir déranger ou troubler les susdits novices et moines dans leurs cabinets de travail, tant qu'ils étaient à leurs livres dans le cloître, et c'est pourquoi il y avait un portier préposé à la garde de la porte du cloître. »

Les moines quittaient l'étude à trois heures de l'après-midi pour aller chanter les vêpres à l'église. Cet office se faisait avec autant de solennité que la

messe du matin. A l'une comme à l'autre assistaient les jeunes gens de l'école de chant, que les grands monastères entretenaient à leur charge, et qui joignaient leurs voix à celles des religieux pour le service choral.

Les vêpres terminées, les moines retournaient une fois encore au cloître, jusqu'à ce que le son de la cloche annonçai, le repas du soir. « Le sous-prieur, dit notre vieil auteur, dînait et soupait toujours avec le couvent entier, et s'asseyait au haut bout de la table. Et quand chacun avait soupe (ce qu'on avait toujours fini de faire à cinq heures), alors le sous-prieur invitait, en agitant une clochette, à dire les grâces. Celles-ci récitées, ils partaient au chapitre, pour y trouver le prieur tous les soirs, et là ils restaient en prière et dévotions jusqu'à six heures. A ce moment, la cloche les appelait au Salve. L'heure des Complies achevée, ils consacraient quelques instants à la prière intime, puis se retiraient tous au dortoir, jusqu'à ce que les cloches, « qui sonnaient toujours à minuit (car les moines ne manquaient jamais d'aller aux matines à cette heure de. la nuit) », proclamassent, avec le jour nouveau, le retour du même cortège de juières et de labeurs.

Parfois, la discipline quotidienne se relâchait et

l'on permettait la conversation dans la grande salle,

ou même rinoiïensive dissipation de jeux paisibles

rvés aux jeunes frères, ou d'autres divertissements

goûtés en commun. La description de la vie religieuse ne peut être complète si elle ne touche à cet aspect particulier de l'existence du couvent. Le moine bénédictin n'avait pas la prétention d'être tenu pour un misanthrope. Il n'était pas non plus dans la nature de son état de se priver de toute récréation raisonnable. « A main droite en sortant des cloîtres, dit le vieil auteur déjà cité, était la maison commune. Cette maison servait à ceci : on y entretenait du feu tout l'hiver, afin que les moines pussent venir se chauffer, car on ne permettait d'autre feu que celui-là, sauf pour les maîtres et dignitaires de la maison, qui avaient du feu en particulier. Il y avait derrière la maison commune, du côté de l'eau, un jardin et un endroit couvert réservé au jeu de boules, où les novices venaient quelquefois se récréer, avec la permission de leur maître, qui restait là pour veiller au maintien de l'ordre. Également dans la même maison, le maître donnait son « 0 Sapientia » une fois Tan, entre la Saint-Martin et Noël : c'était un banquet solennel que le prieur et le couvent se permettaient à cette époque de l'année seulement. Leur banquet se composait de figues et de raisins secs, de bière et de gâteaux, ni superflu ni excès; mais ils se contentaient d'échanger entre eux des congratulations modérées sur le chapitre de leurs études. » Cet aperçu du train de vie journalier des moines anglais, d'autant plus précieux que nous le tenons des heureux souvenirs d'un homme

qui avait vu Durham avant la suppression, suffit pour détruire les idées qui ont généralement cours: le religieux n'était pas un sombre misanthrope, sans mener, pour cela, une vie de bien-être et d'oisiveté.

Les annales et les mémoires des différentes abbayes que nous possédons encore nous offrent bien peu de détails à glaner sur l'existence domestique et intime des hôtes de ces maisons. Le motif d'une pareille pénurie est évident. Pour le chroniqueur qui écrivait son livre dans le cloître du monastère, le cours quotidien de la vie religieuse était si uniforme, si peu fertile en incidents et si bien connu, qu'il devait lui sembler oiseux et inutile d'en donner une description quelconque. Le dicton : « Heureux le pays qui n'a pas d'histoire! » est aussi vrai des monastères. Les désordres, les difficultés, les querelles et même les médisances trouvent place sur le registre en parchemin d'une abbaye ou d'un couvent, alors que les jours et les années de travaux paisibles et modestes s'écoulaient sans que le scribe religieux y prît garde.

Dans une de ses leçons si suggestives, M. Ruskin prie ses auditeurs de bien noter les dates de 421 et de 481, car l'une marque le début de la puissance de Venise et l'autre le couronnement de Clovis, et il ajoute : « Ce n'est pas uniquement pour le duché du sombre Rialto ni pour le royaume du blond roi de France que ces deux années méritent d'être retenues

avant toutes les autres, en ce sauvage cinquième siècle, mais parce qu'elles marquent aussi la naissance d'une grande dame, et d'un seigneur plus grand encore de toute la Chrétienté future : sainte Geneviève et saint Benoît (1). »

Si saint Benoît pouvait revendiquer une patrie, ce serait bien l'Angleterre. ïl n'est pas besoin de parler longuement ici de l'évangélisation de notre pays ; des messagers envoyés par saint Benoît en Allemagne et dans le Nord pour y prêcher la bonne nouvelle ; des écoles où il rassembla ses disciples et d'où sortit la renaissance des lettres, au plus profond de la nuit du moyen âge ; des labeurs lents et patients que coûta à ses fils le défrichement du sol ; ni des hommes qui, sous l'influence de son esprit de sagesse, ont imprimé à notre constitution politique même et à nos lois leur cachet de modération et de juste tempérament. On ne songe pas à contester tout cela, bien qu'on oublie avec trop de facilité. La besogne fut accomplie de façon si paisible, si régulière, si naturelle, qu'une société qui recueille les fruits de ces labeurs est presque excusable de ne savoir pas reconnaître la main qui creusa le sol pour y planter l'arbre qui les porta (2).

Les bienfaits dus à l'institution des ordres monastiques ont été considérables. Ceux qui en profitèrent

Page 1