‹ Henri VIII et les monastères anglaisChapitre 5 sur 288 · Our fathers hâve told us », etc. (Ruskin), II, p · texte numérisé non relu

Our fathers hâve told us », etc. (Ruskin), II, p

2. Voyez le cardinal Newoian, « Historical Sketches » (Esquisses historiques), éd. 1813, III, p. 363 et sqq.— J. S. Brewer, « Giraldus Camb. », Préf., xv-xvn, xxx-xxxvi. — J. M. Kemble, « Codex », I, Préf., v-vn.

n'eurent jamais de doute à ce sujet, et il ne leur en coûtait pas d'exprimer leur profonde et entière gratitude. Au reste, si les corps religieux n'étaient pas aussi opulents qu'on le disait, ils jouissaient néanmoins de richesses immenses. Elles étaient réparties entre différents ordres; mais les Bénédictins, qui, outre les Frères Prêcheurs, comptaient dans leurs rangs les Cisterciens, les Cluniciens, les Grandmontins et d'autres encore, étaient, sans comparaison, les mieux partagés. Indépendamment de leurs richesses, les Bénédictins tiraient un haut prestige de la possession de huit ou neuf cathédrales, entre autres celles des sièges épiscopaux prééminents de Winchester, de Durham et de Cantorbéry. Ceci mettait entre les mains du couvent l'élection des évoques pour ces trois diocèses. A Cantorbéry, par exemple, la juridiction de la grande église métropolitaine était dévolue, lors d'une vacance, au prieur et au couvent. C'est en leur nom qu'étaient rédigées les dispenses pour le sacre des évêques. Ils détenaient tous les pouvoirs archiépiscopaux en matière de visite. Ils avaient le droit de nommer le prélat consacrant et le prélat qui devait présider la Convocation du Clergé. Ces pouvoirs, on le comprendra facilement, n'étaient pas toujours vus de très bon <ril par le collège des évêques; mais, dès le treizième Biècle, les uns faisant un usage prudent de leurs prétives cl 1rs autres montrai) I quelque complaisance, <»n trouva moyen d'éviter tout désaccord.

Quoique possesseurs des cathédrales, les religieux ne s'immisçaient point dans l'administration des diocèses. L'évêque, fût-il même un moine, choisissait ses titulaires dans les rangs du clergé séculier. On ne cesse, néanmoins, de parler de la rivalité du clergé et des monastères comme ayant atteint son point culminant dans la dernière période. Sans doute, il y eut, entre eux, des procès à propos de certains droits de propriété ou autres, et de ces malentendus qui divisent les hommes de toutes les classes ; mais ils semblent, en général, avoir nourri des relations cordiales et régulières, sans aucun parti pris de chicane mesquine.

La situation privilégiée, au point de vue ecclésiastique, des ordres religieux avait sa reproduction exacte au sein du Parlement. Les abbés constituaient la majorité de la pairie spirituelle qui était alors individuellement plus influente et formait un corps bien plus considérable qu'aujourd'hui. La position qu'ils occupaient, dans toute l'étendue du pays, ajoutait encore à l'importance qu'ils tenaient de leur titre de nobles et de seigneurs de l'endroit. Comme tels, ils marchaient de pair avec les barons ou les comtes de la plus haute lignée. Dans les « Rôles des Lords », le lord Richard Whiting et le lord Hugh Farringdon étaient traités sur le même pied qu'un Howard ou qu'un Talbot. Cet anoblissement individuel, indiqué par la formule de titre, est chose frappante. Whiting

et Farringdon ne figurent pas simplement, sur les registres de la pairie d'Angleterre, comme abbé de Glaston et abbé de Reading : ils conservent le nom sous lequel on les connaissait lorsque, encore enfants, ils jouaient dans le château ou dans la chaumière de leurs parents. Les livres qui renferment la correspondance du prieuré de Durham nous montrent les chefs de la maison des Clifîord et des Neville s'adressant au prieur comme à leur égal, et ce ne sont pas des formules de vaine étiquette qu'ils emploient. Si, d'aventure, le laïque le prend sur un ton plus haut, le moine n'en répond pas moins avec douceur, et on ne laisse pas de sentir, dans toutes leurs lettres, l'accent d'une amitié loyale et sincère. Il n'y a là rien de surprenant pour qui comprend le vrai caractère de la vie monastique. Le moine de Durham, dès l'âge le plus tendre, menait une existence simple et modeste dans une enceinte aussi grandiose qu'un palais, au milieu de pompes et de cérémonies égales à celles des cours, et cependant plus modérées. Avec le temps, il passait de l'obéissance au commandement, et, par un acheminement naturel et insensible, le fils du paysan devenait l'égal du pair d'Angleterre. Et tout cela se faisait sans qu'on en appelât aux principes de l'égalité démocratique. Les « visites » des hérauts commencent à une époque où le sort des monastères était déjà décidé. Avant cette date, l'art de tamiser les titres et de distinguer le « gentilhomme » du « non gentilhomme »

n'était pas encore mûr. C'est sous les Tudors et les premiers Stuarts qu'il atteignit la perfection même. Aussi n'est-il pas téméraire de dire que l'idée de la noblesse du mérite dut aux religieux de subsister à travers des siècles où tout semblerait lui être fatal.

L'organisation des différents ordres contribuait à rendre les plus éminents de leurs membres propres à jouer un rôle au sein de la première assemblée du royaume. Les Bénédictins et les Àugustins n'assistaient pas seulement à la Convocation. Ils avaient encore, les uns et les autres, un chapitre élu pour quatre ans et composé des abbés et des prieurs du pays tout entier : celui des seuls Bénédictins comprenait jusqu'à deux ou trois cents personnes. Dans ces conditions, même de simples moines, délégués par leur supérieur, pouvaient acquérir la connaissance des grandes assemblées délibératives et la pratique des affaires de haute portée. Ce n'était donc pas une pure distinction honorifique que celle de président des commissions chargées de veiller à l'ordre public, distinction conférée, en général, au principal abbé ou prieur de chaque comté. Les religieux, en effet, avaient l'habitude des affaires et ils se trouvaient en rapport avec les hommes de tout rang : gentilshommes campagnards, francs tenanciers, artisans, paysans et pauvres. Ce n'est pas une simple figure de rhétorique que le nom donné aux monastères d'hôtelleries communes pour les gens de toute espèce et de toute con-

dition, refuges ordinaires des pauvres. La vie journalière des chefs et dignitaires des établissements religieux devait les mettre, de façon constante et naturelle, en contact avec toutes les classes de la société. Les moines n'étaient pas uniquement des anachorètes enfermés entre des murs étroits : ils étaient touchés par toutes les fluctuations diverses de la vie publique. Ce n'étaient pas des gens de guerre, et cependant, de même que le chevalier et le baron, ils devaient fournir des soldats pour les contrôles de l'armée. En leur qualité de grands propriétaires fonciers, ils étaient, plus encore que les francs tenanciers ordinaires, intéressés aux récoltes et préoccupés des variations de la température. Ils résidaient sur leurs terres, au milieu de leurs gens, et les granges, les fermes, et les chaumières étaient objets de leur souci autant que le toit qui couvrait leurs propres têtes. En outre, c'étaient plus que des propriétaires pour ceux qui les entouraient. Conseillers et maîtres de tous, à • eux incombait la besogne que se partagent aujourd'hui l'administrateur de la taxe des pauvres, le médecin de la commune, le commissaire des pauvres et le maître d'école. Leur charité ne tirait pas sa source des caisses publiques, et cependant tout le monde attendait d'eux, comme chose inhérente à leur profession, la sollicitude qui soulage le besoin, et ils connaissaient bien la situation de ceux qu'ils secouraient. Tout contribuait donc à aplanir les nombreuses difïi-

cultes que l'on rencontre dans l'assistance des malheureux. « Le mythe qui nous montre le brave vieux gentilhomme anglais, possesseur d'un grand domaine, distribuant chaque jour, à sa porte, des secours aux pauvres, était réalisé par les moines, et par eux seulement (1). »

L'art, plus encore que les paroles, est un interprète excellent et fidèle de la pensée intime. Parmi les arts, l'architecture n'est pas le moins capable de révéler l'âme humaine. « Le même fleuve peut-il avoir des eaux à la fois douces et amères ? » dit l'auteur que nous venons de citer. « Est-ce que les notions élevées de beauté artistique sont compatibles avec les vulgaires travaux, pleins de trouble et de bruit, d'une avarice ou d'une ambition sans scrupules ? Est-ce que des hommes qui récoltent avec bassesse pourront semer avec générosité ? Est-ce que, par n'importe quel enchantement, la somme totale des actions sordides pourra être convertie en somme de grandeur quelconque? »

L'architecture du quinzième siècle n'a pas, il est vrai, le pur cachet de la beauté cistercienne ; mais ceux qui ont construit la tour de Cantorbéry, la chapelle de la Vierge à Gloucester et l'église de Bath, ceux qui ont restauré les églises de Winchester, de Chester et de Sherborne et une foule d'autres encore, ne devaient pas être des hommes privés du sentiment de

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