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CHAPITRE III

Le Cardinal Wolsey et les Monastères.

L'Angleterre, pendant quatorze années environ du règne d'Henri VIII, fut gouvernée par les conseils de Wolsey. A l'avènement du roi, en 1509, le futur lord cardinal d'York avait déjà conquis la dignité de doyen de Lincoln. Six ans plus tard, le pape Léon X cédait aux ardentes sollicitations du roi d'Angleterre et à la pression discrète, maispersistante, des agents deWolsey à Rome, et il créait ce dernier cardinal. Wolsey était déjà devenu archevêque d'York, et l'ascendant qu'il avait acquis sur l'esprit de son royal maître allait toujourscroissant.Un an plus tard, le 24 décembre 1515, il succéda au pieux et vénérable Warham et prêta serment comme chancelier d'Angleterre. Il avait atteint, semblait-il, au faîte des honneurs que peut souhaiter l'ambition légitime d'un sujet.

En sa qualité de premier dignitaire de la justice du royaume (il était « gardien de la conscience du roi »), Wolsey jouissait alors, en matière temporelle, d'un pouvoir réellement illimité. « Il est très considéré,

écrit un ambassadeur accrédité à ia Cour d'Angleterre, sept fois plus que s'il était pape. C'est lui qui gouverne et le roi et le royaume tout entier. Quand j'arrivai d'abord en Angleterre, il disait : « Sa Majesté

fera ceci et cela. » Puis, peu à peu, il s'oublia et se mit à dire: « Nous ferons ceci et cela. » Aujourd'hui qu'il est parvenu à une telle hauteur, il dit : « Je

ferai ceci et cela. »

Non satisfait de cette puissance temporelle presque royale, le cardinal aspirait encore à des pouvoirs spirituels vastes et extraordinaires. Pendant quelque temps, son entrée dans le sacré collège des cardinaux sembla douteuse. Il donna donc l'ordre à l'agent anglais qu'il entretenait à Rome de laisser entendre que l'hésitation du pape nuisait à l'ascendant de ce dernier sur l'esprit d'Henri et qu'un refus serait vraiment dangereux.

Si le roi abandonne le pape, ajoutait-il, il sera en plus grand péril, dans deux ans d'ici, que ne le fut jamais le pape Jules (1). » Quelques jours plus tard, il écrivit encoreàSilvesterdeGigliis,évêque de Worcester et ambassadeur d'Henri auprès du pape : à cette missive il joignit une communication qui ne devait parvenir au pape qu'une fois sa nomination de cardinal assurée. La note ainsi expédiée contenait une nouvelle requête à l'adresse du Saint-Siège : Wolsey voulait que le pape e nommât légat en môme temps qu'il le créait cardinal. \u cas où cette demande serait repoussée, ragent avait Drdre d'insister pour obtenir des pouvoirs spéciaux permettant à Wolsey d'inspecter tous les monastères anglais, môme ceux qui, de par la loi, n'étaient soumis

d'autre autorité que celle du pape. Si celte dernière

\. « Calendar », II. n» 763.

Henri vin. — I. 5

requête était présentée habilement, Wolsey estimai que le pape ne pouvait la repousser. Jamais le pape, ajoutait-il, n'aura eu de meilleur ami qu'Henri, « s'il se prête à ses désirs ». La lettre se terminait en disanl que le cardinal envoyait à son agent 10.000 ducats « propter liberalia », et promettait de récompenser avec générosité quiconque lui apporterait le chapeau de cardinal (1). Mais Léon X ne se laissa pas forcer la main : il refusa de nommer le nouveau cardinal son légat en Angleterre et de lui donner les vastes pouvoirs de juridiction spirituelle qu'il convoitait (2).

Deux années plus tard, en mars 1518, la question de ces pouvoirs tant convoités fut soulevée à nouveau. Le secrétaire du roi, Pace, informa Wolsey que son maître avait reçu une communication du pape. Quatre légats avaient été désignés pour aller implorer auprès des puissances européennes leur secours contre les Turcs, et le cardinal Campeggio fut accrédité dans cette intention en Angleterre. A cette communication aucune réponse ne fut faite pendant longtemps. L'agent anglais écrivait que le pape était étonné et contrarié,, et qu'il lui demandait « dix fois par jour » quand viendrait la réponse à ses lettres. Enfin, Wolsey, après s'être consulté avec Henri, écrivit à de Gigliis sur un ton impérieux. On n'avait pas coutume en Angleterre,, disait-il, de permettre à un cardinal étranger d'exercer les pouvoirs de légat dans le pays ; cependant le roi voulait bien, sous deux conditions, recevoir Campeggio en qualité d'envoyé du pape. De ces deux conditions, la première était que tous les pou\oirs ordinaires exercés de droit par les légats du pape seraient, dans le cas

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