‹ Henri VIII et les monastères anglaisChapitre 43 sur 288 · Le diocèse de Worcesler. Voy. « Calendar », N, n · texte numérisé non relu

Le diocèse de Worcesler. Voy. « Calendar », N, n

tique ; aussi, peu soucieuse des distinctions, elle s'aperçut à peine du changement lorsque Henri, quelques années plus tard, s'arrogea la suprématie spirituelle.

Wolsey n'eut pas plus tôt obtenu les pouvoirs d'inspection si longtemps désirés qu'il commença de s'en servir. Le 19 mai 1519, il publia des « statuts » destinés à l'ordre des chanoines réguliers de Saint-Augustin et qui devaient rester en vigueur jusqu'à la fête de la Sainte-Trinité, en 1521 (1). Ces ordonnances fournissent un témoignage précieux sur l'état du grand ordre de Saint-Augustin à cette époque en Angleterre, car elles accusent une sévérité de discipline et une mortification de vie entièrement incompatibles avec ce vaste relâchement des mœurs qu'on lui a imputé depuis et qu'il aurait partagé avec les autres grands corps du clergé régulier. Il ne faut jamais regarder comme preuve de l'existence du mal le fait que ces ordonnances proclament les principes élémentaires de la vie cloîtrée et déclarent illicites certaines mauvaises coutumes. Autant considérer la vigoureuse condamnation des péchés ou le rappel constant des dix commandements, du haut de la chaire, comme une preuve que la loi de Dieu était violée de manière uniforme par ceux à qui s'adressaient les paroles du prédicateur. La nature humaine a toujours tendance à s'éloigner du modèle de vertu qui lui est proposé : d'où la nécessité de lui montrer sans cesse et sans, jamais se lasser, [idéal auquel il faut viser. Ce motif suffit à expliquer pourquoi les règlements et statuts des ordres religieux s'élèvent avec force contre les abus.

i. Wilkins, « Concilia», III, p. 613.

Les ordonnances spéciales publiées par le cardinal Wolsey pour les chanoines de Saint-Augustin sont au nombre de dix-huit. Elles pourvoient à la convocation d'un chapitre général tous les trois ans, et traitent de différentes questions se rattachant à la pauvreté, à l'obéissance et à la discipline générale du cloître. Les abbés sont invités à veiller avec diligence sur leurs sujets, à rester constamment à leur poste dans la communauté, à corriger en des chapitres quotidiens les fautes qui auraient pu se produire, et à installer dans chaque monastère « une prison où, lorsqu'il sera nécessaire, les infractions graves recevront leur châtiment ».

Un des plus intéressants parmi ces statuts, c'est celui qui s'occupe du service choral, auquel étaient astreints les moines de l'ordre de Saint-Augustin, ainsi que les autres religieux. Us ne devaient réciter l'office divin ni trop vite ni trop lentement, en prononçant bien tous les mots et en observant la pause ordinaire au milieu de chaque verset des Psaumes. C'était le premier devoir de tout chanoine, portaient les ordonnances, d'assister aux offices du chœur, spécialement aux matines et à la grand'messe. « Et pour tous les ecclésiastiques, surtout pour les religieux, ajoute le document, cette méthode de chant est recommandée à bon droit, qui ne vise pas à charmer les oreilles des assistants par la légèreté de son rythme, ni à solliciter les suffrages mondains par la multiplicité de ses notes, mais qui par le plain chant [plantes cantus) élève l'esprit des chanteurs et l'âme des auditeurs vers les choses célestes. » Ainsi donc, le cardinal exige rigoureusement l'emploi du plain chant et défend celui des airs notés. Il ordonne éga-

ement que ni laïques ni jeunes garçons ne prennent )art aux chants canoniques : ils peuvent néanmoins e faire entendre dans les nombreuses autres messes

qui se chantent chaque jour dans la plupart des maisons religieuses ». Les dimanches et les jours de fête, les chanoines, s'ils en sont capables, peuvent faire usage de mélodies très simples à la messe et aux vêpres, pourvu que toutes les paroles soient chantées et que la musique s'adapte au sens. Enfin, prenant en pitié les religieux pour la grande fatigue que leur causent les messes, « dont trois et plus sont quelquefois chantées journellement », outre les heures canoniques, « de sorte que la voix des chanoines est épuisée et que leurs âmes deviennent, par suite de la lassitude, incapables de suivre le service divin », le cardinal encourage l'emploi de l'orgue pour soutenir les voix, dût-on même prendre un prêtre séculier ou un laïque pour en jouer (1).

Il est impossible de ne pas approuver l'esprit de pareilles ordonnances, et Wolsey eût bien fait de continuer ainsi l'œuvre qu'il avait commencée et, par une

filante sollicitude, de rappeler les ordres religieux à une plus grande ferveur. Malheureusement, ses projets ambitieux le firent bientôt entrer en lutte avec eux. On ne pouvait guère demander à des gens qui toléraient les critiques et même accueillaient joyeusement la saine correction, de considérer avec approbation, ou seulement avec indifférence, le plan d'extinction totale formé par Wolsey. Et cela surtout quand la dissolution de leurs établissements n'avait d'autre but que de faire entrer violemment les biens

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