‹ Henri VIII et les monastères anglaisChapitre 44 sur 288 · Statuta », n° IX · texte numérisé non relu

Statuta », n° IX

de leur pauvreté dans la caisse commune, assez bien pourvue pour répondre à tous les besoins du cardinal. Les desseins de ce dernier eurent pour conséquence naturelle de provoquer une résistance due surtout au fait d'une immixtion amèrement ressentie. Et pourtant, les papiers d'Etat de cette époque ne nous révèlent que bien peu de différends suscités par ces velléités d'opposition. Le cardinal d'York, il est vrai, était haï et redouté, mais pas plus par les religieux que par les prêtres séculiers et les laïques. Une puissance aussi vaste engendre presque fatalement la méfiance et l'antipathie. Il faut avouer, néanmoins, qu'il fit beaucoup pour créer, et peu de chose ou rien pour désarmer les soupçons malveillants du clergé sur la fin qu'il se proposait et les moyens qu'il employait pour y parvenir. Avant l'année 1524, il ne paraît pas cependant que Wolsey ait rencontré beaucoup d'hostilité chez les prêtres réguliers d'Angleterre, sauf chez ceux qui, comme les frères, étaient étroitement unis à d'autres branches de leur ordre à l'étranger, ou qui étaient sous la direction d'un général étranger. Les Observantins de l'ordre de Saint-François étaient peut-être les plus difficiles à combattre, par suite de l'excellente réputation dont ils jouissaient et de la vaste influence qu'ils possédaient à Rome.

Vers la fin de l'année 1523, le cardinal était résolu à rivaliser avec d'autres grands hommes d'église en fondant un collège à Oxford. L'exemple de Waynfleet et de Wykeham, et celui, plus récent, du vénérable évêque Fisher, aux efforts duquel Cambridge devait son nouvel établissement, poussèrent Wolsey à ajouter le glorieux titre de « fondateur » aux titres qu'il possédait déjà. A cette époque, il s'occupait à élever

des palais magnifiques et il avait autant de peine à trouver les fonds nécessaires pour ces ambitieuses entreprises qu'à éloigner du roi, son maître, la misère qui l'assiégeait sans relâche. Les fonctions qu'il remplissait à « Magdalen Collège » (le collège de la Madeleine) lui inspirèrent peut-être l'idée de se procurer l'argent indispensable à sa nouvelle entreprise par la dissolution des monastères. En sa qualité d'économe, il put, sans aucun doute, avoir accès aux archives, et celles-ci durent lui apprendre que cinquante ans auparavant, l'évêque de Winchester, Waynfleet, avait grossi les ressources de sa nouvelle fondation à l'aide des revenus du prieuré de Selborne et de ses propriétés, et que le Pape, après quelque hésitation, avait enfin consenti à cet arrangement.

Le même procédé avait été employé dans d'autres occasions bien connues, notamment par l'évêque Fisher qui, un an ou deux auparavant, avait ainsi tiré d'embarras le nouveau Collège de Saint-Jean, à Cambridge. Comme nous l'avons donné à entendre, Wolsey avait une arrière-pensée d'habile diplomate quand il encouragea l'évêque de Rochester dans cette voie.

On usa de pression pour obtenir du pape Clément VII l'autorisation de dissoudre un certain nombre de maisons religieuses, afin de mettre Wolsey à même d'exécuter son projet. Pour bien comprendre ce détail, il faut se rappeler quelle était la conduite de Wolsey dans ses rapports avec le Saint-Siège. On a déjà vu qu'il avait conquis par la menace le chapeau de cardinal, la haute dignité de légat et, plus tard, les pouvoirs de visite extraordinaires. 11 persévéra dans cette même politique pendant toute la durée de sa carrière. Le 2 décembre L52l, le pape Léon, à

l'heure même où il remportait un brillant succès à Milan et où s'évanouissait de façon presque inespérée « le plus hideux cauchemar qui ait troublé le sommeil de l'Église » (1), mourut à Rome. L'attention de toutes les puissances se concentra sur le choix de son successeur. « Le plus souvent, écrivit l'Ambassadeur Impérial à son maître, deux ou trois cardinaux s'efforcent d'obtenir l'élection ; mais aujourd'hui, ils y aspirent tous (2). »

Wolsey était au nombre de ceux-là. Il avait déjà fait ses préparatifs en vue de l'événement et commencé une campagne même du vivant de Léon X. Dans une entrevue à Bruges, Charles-Quint avait engagé sa parole et promis qu'il l'aiderait dans ses projets ambitieux : dès qu'il reçut la première nouvelle de la mort du pape, l'Empereur enjoignit à son ambassadeur de voir « Monseigneur le légat, pour nous faire connaître ses goûts et ses désirs sur ce point. Nous ferons très volontiers tous nos efforts en sa faveur et n'épargnerons aucune peine (3). » En réponse à cette communication, l'ambassadeur écrivit qu'Henri VIII voulait l'élection de Wolsey, et que, bien plus, le roi envoyait son propre secrétaire, Richard Pace, « comme s'il envoyait son cœur même, pour engager et solliciter les cardinaux à voter pour le cardinal d'York ». Quant à Wolsey lui-même, il déclarait ouvertement, s'il faut en croire l'ambassadeur, qu'il n'accepterait point l'élection s'il n'avait l'appui du roi et de l'empereur. « Et ainsi, conclut-il, Votre Majesté, ainsi qu'un père envers son fils, disposera de ce siège, de son autorité

l.« Calendar » II, n° 1824.

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