Ibid., VII
furent reconduits « à la Tour de Londres, et une quantité de gens étaient rassemblés dans toutes les rues de la ville (1) » pour assister à ce spectacle. On exigea que la religieuse, avant de quitter la plate-forme qui faisait face à la chaire du prédicateur, remît une formule de confession au Dr Capon, qui la lut au peuple. « Je, dame Elisabeth Barton, y était-il dit, confesse que c'est moi, très misérable et criminelle personne, qui donnai naissance à tous ces troubles, et qui, par mes mensonges, déçus toutes les personnes ici présentes et beaucoup d'autres : en quoi j'ai fort gravement offensé Dieu Tout-Puissant et mon très gracieux souverain, Sa Majesté le Roi. C'est pourquoi je vous demande, d'un cœur humble et très pénitent, de prier Dieu Tout-Puissant pour moi, pauvre pécheresse, et je vous supplie, vous qui pouvez me faire du bien, d'implorer de mon noble souverain sa gracieuse clémence et grâce en ma faveur (2). »
On attacha plus tard une grande importance à cette prétendue confession de la religieuse. 11 faut cependant bien peu connaître cette époque pour ne pas voir qu'elle n'est en aucune façon probante. Dès l'abord, on peut reconnaître que le document n'est point de la main d'Elisabeth Barton. Il fut rédigé à son intention par ceux qui la retenaient prisonnière depuis quatre mois déjà, et les termes en sont excessivement vagues et généraux. Chapuys, nous l'avons vu, exprimait
1. « Grey FriartChronicle » {Chronique des Dominicains), Camden Society, p. 37.
2. « Calcndar », tome VI, n° 72 (11). On affirme en général que tons ceux qui faisaient une pénitence publique remettaient de semblables confessions au prédicateur ; mais rien n'est moins prouvé. De fait, la formule de confession dont se servit la religieuse tendrait a démontrer qu'il n'y eut jamais que la sienne. En tous cas, e'est certainement la seule qui soit mentionnée dans les papiers d'État de cette époque.
une opinion courante quand il déclarait que ceux qui « avaient la nonne en leur pouvoir », et qui étaient presque exclusivement « Crumwell ou ses gens, » la contraindraient à quelque acte de ce genre. De plus, le moyen de concilier le maintien que, suivant l'ambassadeur, la religieuse conserva en public, alors que certains assistants, donnant la réplique au chancelier, criaient qu'elle méritait le feu, avec le fait d'une confession volontaire survenue deux jours plus tard ! Placée dans une situation des plus pénibles, elle déclara devant le tribunal que les détails donnés par le chancelier sur sa révélation étaient exacts. Donc l'aveu qu'elle aurait fait de ses impostures, à la « Croix de Saint-Paul », est tout au moins suspect. 11 importait fort, pour les desseins de Crumwell et du roi, que l'esprit populaire fût désabusé de toute croyance en la réalité de ces révélations. Quant à la sainteté de la religieuse, tout le monde s'accordait précédemment à la reconnaître. L'ambassadeur de Charles-Quint enregistre le bruit qui courut alors, et d'après lequel le spectacle donné à « Saint-Paul's Cross » devait se renouveler deux fois encore à ce même endroit, puis en d'autres parties de l'Angleterre ; et cela « afin d'effacer l'impression générale qu'on avait de la sainteté de la nonne, car ce peuple-ci est particulièrement crédule, et il se laisse facilement pousser à l'insurrection par des prophéties, et dans ses dispositions présentes, il est heureux d'en entendre qui soient hostiles au roi (1). »
Ainsi il était de toute nécessité d'obtenir d'Elisabeth Barton l'aveu que, pendant des années, elle avait menti volontairement, et, avec un homme comme