‹ Henri VIII et les monastères anglaisChapitre 86 sur 288 · Ibid., VII, n · texte numérisé non relu

Ibid., VII, n

révélation sans me dire aussi qu'elle en avait informé Votre Majesté, j'eusse été fort à blâmer, et digne d'un extrême châtiment, pour n'avoir point communiqué ladite affaire à Votre Majesté ou à quelque personne de votre conseil. » L/évêque déclara également aux lords que la prieure du couvent d'Elisabeth Barton et les serviteurs lui avaient assuré que la religieuse avait vu le roi.

On tenta les plus grands efforts pour comprendre sir Thomas More dans la liste de ceux contre lesquels il fallait sévir. Il a été affirmé plus d'une fois que, si son nom ne figurait point dans l'acte, ce fut grâce aux démarches pressantes du chancelier Audley et de Thomas Crumwell en sa faveur. Tout nous autorise à penser qu'il n'en fut point ainsi. Crumwell n'avait aucun motif pour épargner More, à moins qu'il ne méditât de le ramener au parti du roi. Dès lors, exposer l'ex-chancelier au danger d'être condamné comme complice d'une trahison, c'était le pousser à sauver sa vie ou ses biens aux dépens de sa conscience. C'est dans cette intention, très probablement, que le ministre avait tenu à comprendre le nom vénéré de Fisher parmi ceux des personnes incriminées, afin de le forcer, en s'avouant coupable, à accepter sans conditions le pardon du roi (1). L'une des dépositions à charge, dans le procès d'Elisabeth Barton, met curieusement en lumière le désir qu'avait Crumwell de faire peser sur More la terrible accusation. Parmi les papiers où furent consignés les noms de ceux par qui et à qui les révélations de la religieuse avaient été divulguées, on en trouve un qui est ainsi libellé : « Il

i. Le nom de More figura dans le bill jusqu'après la troisième lecture. Voyez * Lords'Journals », p, 72.

(le Père Risby) avoue qu'il a raconté d'autres révélations aussi à sir Thomas More, mais aucune concernant le roi, car il ne voulut pas les entendre. » Cette affirmation est soulignée d'un trait de plume, et à côté se lit la mention : « Sir Thomas More. » Selon toute apparence, ceci est de la main même de Crumwell (1), et cette note va grossir la liste de ceux qui avaient eu connaissance des déclarations de la religieuse au sujet du roi. Si le projet échoua, ce fut grâce à la clairvoyance de More, qui avait, dès le début, refusé nettement de prêter l'oreille à ce que la religieuse racontait touchant le roi ; mieux encore, il l'avait mise en garde contre le danger de divulguer pareilles révélations. Huit ou neuf ans auparavant, le roi avait demandé à More son opinion sur Elisabeth Barton et lui avait donné un rouleau de parchemin, prêté par Warham,où étaient relatées ses visions. More répondit qu'il n'en pensait pas grand'chose, « mais qu'il n'aimait point trancher trop hardiment cette question ». Bien des années après, il se rencontrait avec la religieuse au couvent de Sion, et, après un entretien assez long qui eut lieu dans la chapelle, il conçut une bonne opinion de sa vertu. Il est vrai qu'après avoir vu la pénitence publique de « Saint- Paul's Cross », il considéra toute l'affaire comme une « hypocrisie détestable ». Mais il fondait son opinion sur l'aveu de mensonge et de duplicité qu'Elisabeth Barton était censée avoir fait. Peut-être, s'il eût connu Crumwell te] que nous l'a révélé l'histoire, à nous qui vivons à une date postérieure, eût-il soupçonné les résultats de ses fourbes intrigues. More termine sa lettre au ministre par ces paroles : « En vérité, cette

Page 1