‹ HenriadeChapitre 10 sur 69 · C II A N T C I N Q U I E M E · texte numérisé non relu

C II A N T C I N Q U I E M E

Le champ de la victoire est le temple où vos mains Doivent aux nations donner leurs souverains. C'est ainsi qu'il s'explique.: et bientôt il s'apprête A mériter son trône en marchant à leur tête. Aia

Fin du Chant cinquième.

io8 LA HENRI A DE,

APRÈS la mort de Henri III , les Etats de la Ligue s'assemblent dans Paris pour choisir un Roi. Tandis qu'ils sont occupés de leurs délibérations , Henri IV livre un assaut à la ville ; V assemblée des Etats se sépare ; ceux qui la composaient vont combattre sur les remparts ; description de ce combat. Apparition de Saint Louis à Henri IV*

Cj'EST un usage antique et sacré parmi nous , Quand la mort sur le trône étend ses rudes coups , Et que du sang des rois , si chers à la patrie , Dans ses derniers canaux la source s'est tarie ,

5 Le peuple, au même instant, rentie en ses premiers droits;. Il peut choisir un maître ; il peut changer ses lois: Les états assemblés , organes de la France , Komment un souverain , limitent sa puissance, Ainsi , de nos aïeux les augustes décrets ,

i©Au rang de Charlemagne ont placé les Capets.

La Ligue audacieuse , inquiette , aveuglée , Ose de ces états ordonner l'assemblée ,

fers »2. Comme on a plus d'égards, dans ua joéme /

Et croit avoir acquis , par un assassinat , Le doit d'élire un maître , et de changer l'état. Ils pensaient , à i'abri d'un trône imaginaire, i5 Mieux repousser Bourbon , mieux tromper le vulgaire. Ils croyaient qu'un monarque unirait leurs desseins, Que sous ce nom sacré leurs droits seraient plus saints; Qu'injustement élu, c'était beaucoup de l'être: Et qu'enfin, tel qu'il soit, le Français veut un maître. 2°

Bientôt à ce conseil accoururent à grand bruit Tous ces chefs obstinés qu'un fol orgueil conduit , Les Lorrains , les Nemours , des prêtres en furie , L'ambassadeur de Rome , et celui d'Ibérie. Ils marchent vers le louvre , où, par un nouveau choix , ^5 Ils allaient insulter aux mânes de nos rois. Le luxe toujours né des misères publiques , Prépare avec éclat ces états tyranniques. Là ne parurent point ces princes , ces seigneurs , De nos antiques pairs augustes successeurs , 3<>.

Qui , près des rois assis , nés juges de la France , Du pouvoir qu'ils n'ont plus ont encor l'apparence. Là, de nos parlemens les sages députés Ne défendirent point nos faibles libertés. On n'y vit point des lys l'appareil ordinaire ; 3£

Le louvre est étonné de sa pompe étrangère.

épique , a l'ordonnance du dessein qu'à la chronologie , on a place immédiatement après la mort de Henri Ilï , les états de Paris , qui ne se tinrent effectivement que quatie ans après.

no LA HENRIADE,

Là , le légat de Rome est d'un siège honoré ; Pies de lui pour Mayenne un dais est préparé. Sous ce dais on lisait ces mots épouvantables: 40 « Rois qui jugez la terre , et dont les mains coupables >> Osent tout entreprendre et ne rien épargner , » Que la mort de Valois vous apprenne à régner. s>

On s'assemble ; et déjà les partis , les cabales Font retentir ces lieux de leurs voix infernales.

45 Le bandeau de l'erreur aveugle tous les yeux. L'un , des faveurs de Rome , esclave ambitieux, S'adresse au légat seul , et devant lui déclare Qu'il est tems que les lys rampent sous la tiare* Qu'on érige à Paris ce sanglant tribunal ,

5o Ce monument affreux du pouvoir monacal ,

Que l'Espagne a reçu , mais qu'elle même abhorre ; Qui venge les autels et qui les déshonore ; Qui , tout couvert de sang , de flammes entouré , Egorge les mortels avec un fer sacré j

55 Comme si nous vivions dans ces tems déplorables , Où la terre adorait des Dieux impitoyables , Que des prêtres menteurs , encorplus inhumains, Se vantaient d'appaiser par le sang des humains.

Celui-ci corrompu par l'or de llbérie ; 6° A l'Espagnol qu'il hait , veut vendre sa patrie. Mais un parti puissant , d'une commune voix , Plaçait déjà Mayenne au trône de nos rois.

Vers 5o. L'Inquisition , Que l'es ducs de Guise voulurent établir en France,

CHANT SIXIEME. ni

Ce rang manquait encore à sa vaste puissance ;

Et de ses vœux hardis l'orgueilleuse espérance

Dévorait en secret , dans le fond de son cœur, 63

De ce grand nom de roi le dangereux honneur.

Soudain Potier se levé et demande audience :

La rigide vertu faisait son éloquence.

Dans ce tems malheureux , par le crime infecté ,

Potier fut toujours juste et pourtant respecté. 7e

Souvent on l'avait vu , par sa mâle constance ,

De leurs emportemens réprimer la licence ,

Et conservant sur eux sa vieille autorité ,

Leur montrer la justice avec impunité.

Il élevé sa voix ; on murmure ; on s'empresse ; 75

On l'entoure ; on l'écoute , et le tumulte cesse.

Ainsi dans un vaisseau qu'ont agité les flots ,

Quand l'air n'est plus frappé des cris des matelots,

On n'entend que le bruit de la proue écumante ,

Qui fend d'un cours heureux la mer obéissante. 8c Tel paraissait Potier dictant ses justes iois ,

Et la confusion se taisait à sa voix.

« Vous destinez, dit-il, Mayenne au rang suprême^ j> Je conçois votre erreur , je l'excuse moi-même.

Vers 67. Potier de Blanc-Ménil , président du parlement, dont il est question dans le quatrième et le cinquième chant.

Il demauda publiquement au duc de Mayenne la permis,ion de se retirer vers Henri IV. Je vous regarderai toute ma vie comme mon bienfaiteur , lui dit-il , mais je ne puis vous regarder comme maître.

Vers 70. On ne trouve pas ces vers dans les premières

éditions.

ii2 LA HENRIADE,

S5 s Mayenne a des vertus qu'on ne peut trop chérir $

>> Et je le choisirais si je pouvais choisir.

» Mais nous avons nos loix , et ce héros insigne ,

>> S'il prétend â l'empire, en est dès-lors indigne. >>

Comme il disait ces mots, Mayenne entre soudain,

90 Avec tout l'appareil qui suit un souverain. Potier le voit entrer sans changer de visage : • « Oui, prince, poursuit-il d'un ton plein décourage ? » Je vous estime assez pour oser contre vous , » Vous adresser ma voix pour la France et pour nous.

î)5 » En vain nous prétendons le droit d'élire un maître ; » La France a des Bourbons, et Dieu vous a fait naître » Près de l'auguste rang qu'ils doivent occuper , » Pour soutenir le trône , et non pour l'usurper. •» Guise, du sein des morts n'a plus rien à prétendre >

100» Le sang d'un souverain doit suffire â sa cendre j » S'il mourut par un crime , un crime l'a vengé. » Changez avec l'état que le ciel a changé j » Périsse avec Valois votre juste colère; » Bourbon n'a point versé le sang de votre frère :

*°5 ,> Le ciel , ce juste ciel qui vous chérit tous deux , o Pour vous rendre ennemis , vous fit trop vertueux. » Mais j'ent-ends le murmure et la clameur publique. » J'entends ces noms affreux de relaps , d'hérétique: » Je vois d'un zèle faux nos prêtres emportés ,

ïio„ Qui, le fer à la main. . Malheureux ! arrêtez : » Quelle loi , quel exemple , ou plutôt quelle rage » Peut à l'oint du Seigneurarracher votre hommage l » Le fils de Saint Louis , parjure à ses sermens, » Vient-il de nos autels briser les fondemens t

CHANT SIXIEME. n3

m Aux pieds de ces autels il demande à s'instruire ; 1 15 » Il aime ; il suit les loix dont vous bravez l'empire. » Il sait dans toute secte honorer les vertus , >> Respecter votre culte et même vos abus. » Il laisse au Dieu vivant , qui voit ce que nous sommes , » Le soin que vous prenez de condamner les hommes. **o » Comme un roi , comme un père il vient vous gouverner; » Et plus Chrétien que vous il vient vous pardonner. » Tout est libre avec lui ; lui seul ne peut-il l'être i » Quel droit vous a rendus juges de votre maître l » Infidelles pasteurs, indignes citoyens ! \i5

» Que vous ressemblez mal à ces premiers Chrétiens, » Qui bravant tous ces Dieux de métal ou de plâtre , >> Marchaient sans murmurer sous un maître idolâtre. » Expiraient- sans se plaindre , et sur les échafauds , >> 5anijlans, percés de coups , bénissaient leurs bourreaux ! i3o » Eux seul» étaient Chrétiens; je n'en connaispoint d'autres : » Ils mouiaient pour leurs rois ; vous massacrez les vôtres. » Et Dieu que vous peignez implacable et jaloux, » S'il aime à se venger , barbares , c'est de vous. »

A ce hardi discours, aucun n'osait répondre; i55 Par des traits trop puissans ils se sentaient confondre; Ils repoussaient en vain de leur cœur irrité , Cet effroi qu'aux médians donne la vérité. Le dépit et la crainte agitaient leurs pensées , Quand soudain mille voix jusqu'au ciel élancées, 14° Font par- tout retentir , avec un bruit confus : Aux armes , citoyens , ou nous sommes perdus.

Les nuages épais que formait la poussière , Du soleil dans les champs dérobaient la lumière,

i*4 LA HENRI A DE,

Des tambours , des clairons, le son rempli d'horreur, l45 Do la mort qui les suit était l'avant-coureur. Tels des antres du nord , échappés sur la terre , Précédés par les vents , et suivis du tonnerre , D'un tourbillon de poudre obscurcissant les airs , i5o Les orages fougueux parcourent l'univers.

> C'était du grand Henri la redoutable armée, Qui lasse du repos et de sang affamée, Faisait entendre au loin ses formidables cris , Remplissait les cam pagnes, et marchait vers Paris.

i55 Bourbon n'employait point ces momens salutaires , A rendre au dernier roi les honneurs ordinaires , A parer son tombeau de ces titres bril[ans , Que reçoivent les morts de l'orgueil des vivans ; Ses matins ne chargeaient pointées rives désolées

»6o De l'appareil pompeux de ces vains mausolées , Par qui , malgré l'injure et dos tems et du sort • La vanité dos grands triomphe de la mort. II voulait à Valois , dans la demeure sombre , Envoyer des tributs plus dignes de son ombre ,

iGo Punir ses assassins , vaincre ses ennemis,

Et rendre heureux son peuple après l'avoir soumis;

Au bruit inopiné des assauts qu'il prépare , Des états consternés le conseil se sépare : Mayenne au même instant court au haut des rempart3, 17° Le soldat rassemblé vole à ses étendarts : Il insulte à grands cris le Héros qui s'avance. Tout est prêt pour i'attaque , et tout pour la défense»

CHANT SIXIÈME. n5

Paris n'était point tel en ces tems orageux , Qu'il paraît en nos jours aux Français trop heureux. Cent forts qu'avait bâtis la fureur et la crainte , l?*> Dans un moins vaste espace enfermaient son enceinte. Ces fauxbourgs aujourd'hui si pompeux et si grands , Que la main de la paix tient ouverts en tout tems , D'une immense cité superbes avenues , Où nos palais dorés se perdent dans les nues , l8#> Etaient de longs hameaux de remparts entourés , Par un fossé profond de Paris séparés.

Du côté du levant bientôt Bourbon s'avance. Le voilà qui s'approche , et la mort le devance. Le fer avec le feu vole de toutes parts , *°}

Des mains des assiégeans, et du haut des remparts. Ces remparts menaçans, leurs tours et leurs ouvrages , S'écroulent sous les traits de ces brûlans orages $ On voit les bataillons rompus et renversés ,' Et loio d'eux dans les champs leurs membres dispersés; 19ft Ce que le fer atteint tombe réduit en poudre , Et chacun des partis combat avec la foudre.

Jadis avec moins d'art, au milieu des combats , Les malheureux mortels avançaient leurs trépas. Avec moins d'appareil ils volaient au carnage , '9$

Ec le fer dans Iturs mains suffisait à leur rage. De leurs cruels enfans l'effort industrieux , A dérobé le feu qui brûle dans les cieux. On entendait gronder ces bombes effroyables , Des troubles de la Flandre enfans abominables.

Vers 200. C'est dans les guerres de Flandres , soiu Philippe II , qu'un ingénieur italien lit usage des bombes

nS LA HENRIADE,

Dans ces globes d'airain le salpêtre enflammé Vole avec la prison qui le tient renfermé; Il la brise , et la mort en sort avec furie. Avec plus d'art encor , et plus de barbarie ,

ao^Dans des antres profonds on a su renfermer Des foudres souterrains tout prêts à s'allumer. Sous un chemin trompeur , où volant au carnage , Le soldat valeureux se fie à son courage , On voit en un instant des abîmes ouverts ,

3io Des noirs torrens de soufre épandus dans les airs , Des bataillons entiers , par ce nouveau tonnerre, Emportés , déchirés , engloutis sous la terre. Ce sont-li les dangers où Bourbon va s'offrir ; C'est par-là qu'à son trône il brûle de courir.

2i5 Ses guerriers avec lui dédaignent ces tempêtes : L'enfer est sous leurs pas; la foudre est sur leurs têtes : Mais la gloire à leurs yeux vole à côté du roi ; Ils ne regardent qu'elle , et marchent sans effroi. Mornay , parmi les flots de ce torrent rapide ,

220 S'avance d'un pas grave et non moins intrépide ; Incapable à la fois de crainte et de fureur, Sourd au bruit des canons , calme au sein de l'horreur, D'un œil ferme et stoique il regarde la guerre Comme un fléau du ciel , affreux, mais nécessaire.

pour la première fois. Presque tous nos aits sont dus aux Italiens.

Vers 220. Il y avait dans les dernières e'ditions :

« D'un œil ferme et stoïque il ne voit dans la guerre » Qu'un châtiment affreux des crimes de la terre. »

Mais l'auteur a préfère' l'autre leçon. La rime est raoiai

Il marche en philosophe où l'honneur le conduit, 225 Condamne les combats , plaint son maître et le suit.

Ils descendent enfin dans ce chemin terrible , Qu'un glacis teint de sang rendait inaccessible. C'est-ià que le danger ranime leurs efforts : Ils comblent les fossés de fascines , de morts : s5o

Sur ces morts entassés ils marchent ; ils s'avancent j D'un cours précipité sur la brèche ils s'élancent : Armé d'un fer sanglant , couvert d'un bouclier, Henri vole à leur tête , et monte le premier. Il monte : il a déjà , de ses mains triomphantes , 055 Arboré de ses lys les enseignes flottantes. Les Ligueurs devant lui demeurent pleins d'effroi -9 Ils semblaient respecter leur vainqueur et leur roi. Ils cédaient ; mais Mayenne à l'instant les ranime ; 11 leur montre l'exemple ; il les rappelle au crime : 24$ Leurs bataillons serrés pressent de toutes parts , Ce roi dont ils n'osaient soutenir les regards. Sur le mur avec eux , la Discorde cruelle Se baigne dans le sang que l'on verse pour elle : Le soldat , à son gré , sous ce funeste mur , ^5

Combattant de plus près , porte un trépas plus sûr.

Alors on n'entend pkis ces foudres de la guerre , Dont les bouches de bronze épouvantaient la terre ; Un farouche silence , enfant de la fureur , A ces bru vans éclats succède avec horreur. ?.5«

riche; mais le sens est plus fort; et en ce cas il n'y a pas à balancer.

ii3 LA HENRIADE,

D'un bras déterminé , d'un œil brûlant de rage , Parmi ses ennemis chacun s'ouvre un passage. On sabit , on reprend , par un contraire effort , Ce rempart teint de sang , théâtre de la mort.

*j5 Dans ses fatales mains , la victoire incertaine Tient encor près des lys i'étendart de Lorraine. Les assiégeans surpris sont par-tout renversés , Cent fois victorieux , et cent fois terrassés : Pareils à l'Océan poussé par les orages ,

2°° Qui couvre à chaque instant, et qui fuit ses rivages ,

Jamais le roi , jamais son illustre rival , IS'avaient été si grands qu'en cet assaut fatal. Chacun d'eux au milieu du sang et du carnage ,

a65 Maître de son esprit , maître de son courage , Dispose, ordonne, agit, voit tout en même terns, Et conduit d'un coup d'œil ces affreux mouvemens.

Cependant des Anglais la formidable élite , Par le vaillant Essex à cet assaut conduite , Marchait sous nos drapeaux pour la première fois ,

270 Et semblait s'étonner de servir sous nos rois. Ils viennent soutenir l'honneur de leur patrie , Orgueilleux de combattre et de donner leur vie, Sur ces mêmes remparts , et dans ces mêmes lieux , Où la Seine autrefois vit régner leurs ayeux ,

27$ Essex monte à la brèche où combattait d'Aumale ; Tous deux jeunes, brillans , pleins d'une ardeur égale , Telsqu'auxrempartsdeTroieon peint lèsdemi-nieux: Leurs amis tout sanglans sont en foule autour d'eux. Fiançais, Anglais, Lorrains .que la fureur assemble,

»8o A-.auçai.-utjCoiiiLuUaieatjfiappuieat, mouraÉieat eatèinMe .

Ange qui conduisiez leur fureur et leur bras , Ange exterminateur , ame de ces combats , De quel héros enfin prîtes-vous la querelle ? Pour qui pencha des cieux la balance éternelle ? Long-tem s Bourbon, Mayenne, Essex et son rival , aS5 Assiégeans , assiégés , font un carnage égal. Le parti le plus juste eut enfin l'avantage : Enfin Bourbon l'emporte , il se fait un passage ; Les Ligueurs fatigués ne lui résistent plus , Ils quittent les remparts , ils tombent éperdus. 29® Comme on voit un torrent , du haut des Pyrénées, Menacer des vallons les Nymphes consternées ; Les digues qu'on oppose à ses flots orageux Soutiennent quelque tems son choc impétueux j Mais bientôt renversant sa barrière impuissante , 295 Il porte au loin le bruit , la mort et l'épouvante , Déracine , en passant , ces chênes orgueilleux Qui bravaient les hivers, et qui touchaient les cieuxj Détache les rochers du penchant des montagnes , Etpoùrsuît les troupeaux fuyant dans lescampagnes : 5^ Tel Bourbon descendait à pas précipités Du haut des murs fdrnans qu'il avait emportés ; Tel d'un bras foudroyant fondant sur les rebelles , Il moissonne en courant leurs trouoes criminelles.

Les Seize avec effroi fuyaient ce bras vengeur , ^5

Egarés , confondus , dispersés par la peur.

Mayenne ordonne enfin que l'on ouvre les portes :

Il rentre dans Paris suivi de ses cohortes.

Les vainqueurs furieux, les flambeaux à la main ,

Dans les faaxbourgs sangîans se répandent soudain. 5i*

i*o L A HENRI A DE,

Du soldat effréné la valeur tourne en rage , Il livre tout au fer , aux flammes , au pillage. Henri ne les voit point ; son vol impétueux Poursuivait l'ennemi fuyant devant ses yeux.

3i5Sa victoire l'enflamme , et sa valeur l'emporte , Il franchit les fauxbourgs , il s'avance à la porte : Compagnons , apportez et le fer et les feux , Venez , volez , montez sur ces murs orgueilleux. Comme il parlait ainsi , du profond d'une nue ,

520 Un fantôme éclatant se présente à sa vue. Son corps majestueux , maître des élémens , Descendait vers Bourbon sur les ailes des vents , De la Divinité les vives étincelles Etalaient sur son front des beautés immortelles :

"25 Sesyeux semblaient remplis de tendresse et d'horreur, Arrête, cria-t-il, trop malheureux vainqueur ! Tu vas abandonner aux flammes , au pillage, De cent Rois tes ayeux , l'immortel héritage , Ravager ton pays, tes temples , mes trésors,

55o Egorger tes sujets , et régner sur des morts Arrête... A ces accens plus forts que le tonnerre , Le soldat s'épouvante , il embrasse la terre , Il quitte le pillage : Henri plein de l'ardeur Que le combat encor enflammait dans son cœur ,

555 Semblable à l'Océan qui s'appaise et qui gronde: O fatal habitant de l'invisible monde ! Que viens-tu m'annoncer dans ce séjour d'horreur ? Alors il entendit ces mots pleins de douceur :

Vers 556. Il y a dans l'c'dition d^ 1727 : « O fatal habitant de l'invisible monde,

Je

Je suis cet heureux Roi que la France révère ,

Le père des Bourbons , ton protecteur , ton père : 3 [o

Ce Louis , qui jadis combattit comme toi j

Ce Louis dont ton cœur a négligé la foi ;

Ce Louis, qui teplaint , qui t'admire et qui t'aime.

Dieu sur son trône un jour te conduira lui-même.

Dans Paris , ô mon fils ! tu rentreras vainqueur , " j.3

Pour prix de ta clémence , et non de ta valeur.

C'est Dieu qui t'en instruit, et c'est Dieu qui m'envoie.

Le Héros , à ces mots , verse des pleurs de joie.

La paix a dans son cœur étouffé son courroux :

Il s'écrie , il soupire , il adore à genoux. 550

D'une divine horreur Sun ame est pénétrée :

Trois fois il tend les bras à cette ombre sacrée j

Trois fois son père échappe à ses embrassemens ,

Tel qu'un léger nuage écarté par les vents.

Du faite cependant de ce mur formidable , 555

Tous les Ligueurs armés ,tout un peuple innombrable, Etrangers et Français, Chefs , Citoyens , Soldats , Font pleuvoir sur le Roi , le fer et le trépas. La vertu du Très-Haut brille autour de sa tête , Et des traits qu'on lui lance écarte la tempête. 55©

Jl vit alors , il vit de quel affreux danger Le père des Bourbons venait le dégager. Il contemplait Paris d'un œil triste et tranquille, Français , s'écria-t-il , et toi fatale ville ,

9* Repond-il , quel dessein te transporte en ces lieux ! y> Sors-tu du noir abyme , ou descends-tu des cieux. ? » Que viens-tu m'annoncer l que dois-je taire encore ? » Faut-il que je t'encense , ou bien que je t'abhorre ? >> Es-tu mon mauvais ange , ou bien mon défenseur ' »

122 LA HEN1UADE,

565 Citoyens malheureux , peuple faible et sans foi , Jusqu'à quand voulez-vous combattre votre roi ! Alors , ainsi que l'astre , auteur de la lumière , Après avoir rempli sa brûlante carrière , Au bord de l'horizon brille d'un feu plus doux ,

070 Et plus grand à nos yeux paraît fuir loin de nous , Loin des murs de Paris le Héros se retire , LecœurpleinduSaintRoi, plein du Dieuqui l'inspire, Il marche vers Vincennes , ou Louis autrefois , Au pied d'un chêne assis , dicta ses justes lois.

3;5Çue vous êtes changé , séjour jadis aimable ! Vincenne , tu n'es plus qu'un donjon détestable , Qu'une prison d'état , qu'un lieu de désespoir , Où tombent si souvent du faite du pouvoir , Ces Ministres , ces grands qui tonnent sur nos têtes ,

58oQui vivent à la cour au milieu des tempêtes,

Oppresseurs , opprimés , fiers, humbles tour-à-tour , Tantôt l'horreur du peuple, et tantôt leur amour. Bientôt de l'Occident où se forment les ombres , La nuit vient sur Paris porter ses voiles sombres ;

3S5 £t cacher aux mortels , en ce sanglant séjour , Ces morts et ces combats qu'avait vus l'œil du jour.

Vers 576. On sait combien d'illustres prisonniers d'état les Cardinaux de Richelieu et de Mazarin firent enfermer a Vincennes. Lorsqu'on travaillait à PHenriade , le Secre'taire d'état le Blanc était prisonnier dans ce Château, et il y lit ensuite enfermer ses ennemis.

Fin du Chant sixième.

ARGUMENT

Sj-INT Louis transporte Henri IV en esprit au Ciel et aux Enfers , et lui fait voir , dans le Palais des Destins , sa postérité , et les grands hommes que la France doit produire,

1 J U Dieu qui nous créa la clémence infinie ,

Pour adoucir les maux de cette courte vie ,

A placé parmi nous deux êtres bienfaisans ,

De la terre à jamais aimables habitans ,

Soutiens dans les travaux , trésors dans l'indigence j

L'un est le doux Sommeil , et l'autre l'Espérance.

Tout le commencement de ce Chant est entièrement différent dans l'édition de 1723 ; le voici:

« Les voiles de la nuit s'étendaient dans les airs,

y Un silence profond régnait dans l'univers.

» Henri, près d'affronter de nouvelles allarmes ,

» Endormi dans son camp , reposait sur ses armes ;

» Un Héros descendu de la voûte des cieux ,

» Ministre de Dieu même , apparut à ses youx.

» C'était ce Saint guerrier, qui, loin du bord Celtique,

» Alla vaincre et mourir sur les sables d'Afrique ;

» Le généreux Louis , le père des Bourbons ,

» A qui Dieu prodigua ses plus augustes dons,

i24 LA HENRI A DE,

L'un , quand l'homme accablé sent de son faible corps Les organes vaincus , sans force , sans ressorts , Vient par un calme heureux secourir la nature , 10 Et lui porter l'oubli des peines qu'elle endure;

y Sur sa tète éclatait un brillant diadème ; y Au front du nouveau Prince il le posa lui-même, y Recevez-le, dit-il, «le là main de Louis , y Acceptez-moi pour père , et devenez mon fils. y La veitu qui toujours vous guida sur ma trace, » Du terns qui nous se pare a rapproche l'espace ; » Je reconnais mun sang que Dieu vous a transmis, » Tout l'espoir de ma race en vous seul est remis. y Mais ce sceptre , mon iils , ne doit point vous suffire, y Possédez ma sagesse ainsi que mon empire, y C'est peu qu'un vain éclat qui passe et qui s'entuit , y Que le trouble accompagne , et que la mort détruit, y Tous ces honneurs mondains ne sont qu'un bien stérile» y Des humaines vertus recompense fragile. y D'un bien plus précieux osez être jaloux y y Si Dieu ne vous éclaire , il n'a rien fait pour vous. y Quand verrai-je , ô mon bis ! votre vertu guerrière , y Comme sous son appui , marcher à sa lumière ' y Mais qu'ils sont encor loin ces tems, ces heureux tem», y Où Dieu doit vous compter au rang de ses enfans ! y Que vous éprouverez de faiblesses hoateuses ! y Et que vous marcherez dans des routes trompeuses { y Osez suivre mes pas par de nouveaux chemins, » Et venez de la France apprendre les destins, y Henri crut à ces mots , dans un char de lumière , y Des cieux en un moment pénétrer la carrière ; » Comme on voit dans la nuit la foudre et les éclairs y Courir d'un pôle à l'autre et diviser les airs, y

L'autre anime nos cœurs , enflamme nos désirs ,

Et même en nous trompant donne de vrais plaisirs :

Mais aux mortels chéris à qui le ciel l'envoie ,

Elle n'inspire point une inhdeile joie ;

Elle apporte de Dieu la promesse et l'appui : fô

Elle est inébranlable , et pure comme lui.

Louis , près de Henri tous les deux les appelle : Approchez vers mon fils , venez , couple ridelle. Le Sommeil l'entendit dans ses antres secrets : Il marche mollement vers ses ombrages frais. 2o

Les vents à son aspect s'arrêtent en silence ; Les songes fortunés , enfaas de l'Espérance , Voltigent vers le Pince , et couvrent ce Héros D'olive et de lauriers mêlés à leurs pavots.

Louis en ce moment prenant son diadème , 2.)

Sur le front du vainqueur il ie posa lui-même : Règne , dit-il , triomphe , et sois en tout mon fils , Tout l'espoir de ma race en toi seul est remis : , Mais le trône , ô Bourbon , ne doit point te sufïîre ; Des présens de Louis le moindre est son empire. 50

C'est peud"étrc- un héros, un Conquérant , un Roi , Si le ciel ne t'éclaire , il n'a rien fait pour toi. Tous ces honneurs mondains ne sont qu'un bien stérile, Des humaines vertus récompense fragile ; Un dangereux éclat qui passe et qui s'enfuit , 55

Que le trouble accompagne , et que la mort détruit. Je vais te découvrir un plus durable empire , Pour te récompenser, bien moins que pour t'instruire. Viens , obéis , suis-moi par de nouveaux chemins , Vole au sein de Dieu même , et remplis tes destins.

Ho

126 LA IIENRIADE,

L'un et l'autre, à ces mots, dans un char de lumière, Des cieux en un moment traversent la carrière : Tels on voit dans la nuit la foudre et les éclairs Courir d'un pôle à l'autre , et diviser les airs ; 45 Et telle s'éleva cette nue embrasée ,

Qui dérobant aux yeux le maître d'Elisée , Dans un céleste char de flamme environné , L'emporta loin des bords de ce globe étonné.

Dans le centre éclatant de ces orbes immenses , 5o Qui n'ont pu nous cacher leur marcha et leurs distances , Luit cet astre du jour, par Dieu même allumé , Qui tourne autour de soi sur son axe enflammé.

Vers 40. On trouve immédiatement après , dans l'tditioa.de Londres de 1727 :

« Parmi ces tourbillons que , d'une main féconde ,

» Disposa i'^ternel aux premiers jours du monde,

» E.,t un &lobe élevé d?.ns le faite (ks cieux,

>> L'ont i'cciat se dérobe a nos profanes yeux.

ja C'est la que le T lès-Haut forme à sa ressemblance,

» Ces esprits immortels , enfans de son essence ,

» Qui soudain répandus dans les mondes divers ,

» Vont animer les corps et peupler l'univers.

» La sont, après la mort , nos âmes replongées,

y De leur prison grossière à jamais dégagées ;

» Quand le Dieu qui les fit les rappelle en son sein,

» D'une course rapide elles volent soudain.

» Comme on voit dans les bois les feuilles incertaines ,

» Avec un bruit confos , tomber du haut des chêne» ,

De lui partent sans fin des torrens de lumière;

Il donne , en se montrant , la vie à la matière,

Et dispense les jours, les saisons et les ans, G$

A des mondes divers autour de lui flottans.

Ces astres asservis à la loi qui les presse ,

S'attirent dans leur course , et s'évitent sans cesse ,

Et servant l'un à l'autre et de règle et d'appui ,

Se prêtent les clartés qu'ils reçoivent de lui. Go

Au-delà de leur cours , et loin de cet espace ,

Où la matière nage , et que Dieu seul embrasse ,

Sont des soleils sans nombre , et des mondes sans fin;

Dans cet abyme immense il leur ouvre un chemin.

Par-delà tous ces cieux le Dieu des cieux réside. {55

C'est- là que le Héros suit son céleste guide ; C'est-là que sont formés tous ces esprits divers , Qui remplissent les corps et peuplent l'univers j Là sont , après la mort , nos âmes replongées , De leur prison grossière à jamais dégagées.

Un juge incorruptible y rassemble à ses pieds Ces immortels esprits que son souffle a créés. C'est cet être infini qu'on sert et qu'on ignore ; Sous des noms différens le monde entier l'adore

» Lorsque les Aquilons , messagers des hivers , » Ramènent la froideur, et sifflent dans les airs; » Ainsi , la mort entraîne en ces lieux redoutables , » Des mortels passagers les troupes innombrables. »

Vers 58. Que l'on admette , ou non , l'attraction de M. Newton , toujours demeure-t-il certain que les glob^,

Du haut de l'empyrée il entend nos clameurs : 11 regarde en pitié ce long amas d'erreurs , Ces portraits insensés que l'humaine ignorance Fait avec pitié de sa sagesse immense. ^ La Mort auprès de lui , fille affreuse du Tcms

So De ce triste Univers conduit les habitans.

Elle amené à la fois les Bonzes , les Bracmanes , Du grand Confucius les Disciples profanes , Des antiques Persans les secrets successeurs , De Zoroastre enccr aveugles sectateurs ;

85 Les pâles babrtaits de ces froides contrées , Qu'assiègent de glaçons les mers hyperborées , Ceux qui de l'Amérique habitent les forêts , De l'erreur invincible innornbral les sujets. Le Dervis étonné , d'une vue inquiète ,

90 A la droite de Dieu cherche en vain son Prophète. Le Bonze avec des yeux sombres et pénitens , y vient vanter en vain ses vœux et ses tourmens.

céie*tes Rapprochant et éloignant tour-à tour , paraissent s'attirer et s'euter.

Vers 84. En Perse , les Gr.cbres ont une religion à part, qu'ils prétendent être la religion foudée par Zcroastie, et qui païaît moins folle que les autres superstitions humaines , puisqu'ils rendent un culte secret au soleil , comme à une image du Créateur.

Vers 92. Il y a dans l'édition de 1727 , après ce vers :

« Leurs tcurn;eus etieurs vœux, leur foi, leur ignorance, >* Comme sans châtiment restent sans re'compense; y Dieu ne les punit point ù'avoiv fermé leurs veux » Aux clartés que iui-mèrnc il plaça si loin d'eux.

Eclairés à l'instant, ces morts, dans le silence , Attendent en tremblant l'éternelle sentence. Dieu qui voit à la fois , entendit connaît tout", çp

D'un coup d'œil les punit, d'un coup d'oeil les absout. Henri n'approcha point vers le trône invisible , D'où part à chaque instant ce jugement terrible , Où Dieu prononce à tous ses arrêts éternels , Qu'osent prévoir en vain tant d'orgueilleux mortels. 100 a Quelle est, disait Henri , s'interrogeant lui-même, » Quelle est de Dieu sur eux la justice suprême ? » Ce Dieu les punit-il d'avoir fermé les yeux » Aux clartés que lui-même il plaça si loin d'eux ? » Pourrait-il les juger , tel qu'un injuste Maître , io5 ?> Sur la loi des chrétiens qu'ils n'avaient pu connaître' î> Non, Dieu nous a créés, Dieu nous veut sauver tous . » Par-tout il nous instruit , par-tout il parle à nous j » Il grave en tous les cœurs la loi de la Nature , » Seule à jamais la même , et seule toujours pure. 1 î0

~~ ■ 1 11 1 ■ ^M^MIMl^

y Il ne les juge point, tel qu'an injuste Maître ,

» Sur les chrétiennes loix, qu'ils n'ont point pu connaître j

» Sur le zèle emporté de leurs saintes fureurs ;

y Mais sur la simple lui qui parle à tous les coeurs.

y La nature ici bas , sa fille et notre rnere ,

v Nous instruit en son nom , nous guide et nous éclaire :

» De l'instinct des vertus elle aime à nous remplir,

y Et dans nos premiers ans nous enseigne a rougir ;

y Mais pure en notre enfance et par i'age altérée ,

y Elle pleure ses fils dont elle est ignorée ,

» Elle pleure, et ses cris que nous rA>ntendons pas.

y S'elevent contre nous dans la nuit du trépas, y

Mais ce qui se trouve dans ies éditions suivantes et dans

la nôtre est fort supérieur à tous ces morceaux.

j> Sur cette loi, sans doute , il juge les Payera , m Et , si leur cœur fut juste , ils ont été Chrétiens,

Tandis que du Héros la raison confondue Portait sur ce mystère une indiscrète vue, n5 Aux pieds du trône même une voix s'entendit : Le ciel s'en ébranla , l'univers en frémit ; Ses accens ressemblaient à ceux de ce tonnerre-, Quand du Moivt-Sinaï Dieu parlait à la terre. Le cœur des Immortels se tut pour l'écouter ; îaoEt chaque astre en son cours alla le répéter : A ta faible raison garde toi de te rendre , Pieu t'a fait pour l'aimer et non pour le comprendre* Invisible à tes yeux , qu'il règne dans ton caur : Il confond l'injustice , il pardonne à l'erreur ; T-z^.JIais il punit aussi toute erreur volontaire ;

Aîortel y ouvre les yeux , quand son Soleil f éclaire» Henri , dans ce moment d'un vol précipité , Est , par un tourbillon , dans l'espace emporté r Vers un séjour informe , aride , affreux, sauvage , i3o De l'antique chaos abominable image ,

Impénétrable aux traits de ces soleils briilans , Chefc-d'ceuvre du Très-Haut, comme lui bienfaisant, Sur cette terre horrible et des Anges haïe , Dieu n'a point répandu la germe de la vie. i55 La mort , l'affreuse mort et la confusion , Y semblent établir leur domination.

Quelles clameurs, ô Dieu ! quels cris épouvantables l Quels torr-ns de fumée ! et quels feux effroyables ! Quels monstres, dii Bourbon, volent danscesciimats! ï^o Quels gouffres enflammés s'entrouvrent sous mes pas'

CHANT SEPTIEME. i3r

O mon fils ! vous voyez les portes de l'abîme , Creusé par la justice , habité par le crime. Suivez-moi , les chemins en sont toujours ouverts. Ils marchent aussitôt aux portes des Enfers.

Là gît la sombre Envie à l'œil timide et louche , i45 Versant sur des lauriers les poisons de sa bouche 5

Vers i44- Les Théologiens n'ont pas décide', comme un article de foi , que l'enfer fût au centre de la terre , ainsi qu'il l'était dans la The'olcgie païenne. Quelques-uns l'ont placé dans le soleil; on i'a mis ici dans un globe destine uniquement à cet usage.

Vers i45. Au lieu de ce vers et des onze suivans , toici ce qu'on lit dans l'édition de 1720 :

<.< D'abord de tous côtés s'offrent sur leur passage,

» Le De'sespoir , la Mort , la Fureur, le Carnage:

» Et ces vices affreux suivis par les douleurs ,

» Formés dans les enfers, ou plutôt dans nos coeurs ;

» L'Orgueil au front d'airain , la lucbe perfidie ,

» Qui d'abord , en rampant , se cache et s'humilie 5

» Puis tout-à-coup levant un homicide bras ,

» Fait siffler ses serpens , et porte le trépas ;

» L'avarice au teint paie , et la Haine et l'Envie ,

>; Le Mensonge, et sur- tout sa soeur l'Hypocrisie,

» Qui les regards baissés , l'encensoir à la main ,

» Distille en soupirant sa rage et son venin ;

y Le faux Zeie étalant , etc. »

Et , s'il m'est permis de le dire, je trouvé dans ces derniers vers plus de force que dans ceux que l'auteur a rn»è

i,5s L A HENRI AD E,

Le jour blesse ses yeux dans l'ombre étincelans ; Triste amante des morts , elle hait les vivans : Elle aperçoit Henri , se détourne et soupire.

i5o Auprès d'elle est l'Orgueil qui se plaît et s'admire ; La Faiblesse au teint pâle , aux regards abattus , Tyran qui cède au crime , et détruit les vertus ; L'Ambition sanglante, inquiète , égarée, De trônes , de tombeaux , d'esclaves entourée ;

i55 La tendre Hypocrisie , aux yeux pleins de douceur r Le ciel est dans ses yeux , l'enfer est dans son cœur j Le faux Ztle étalant ses barbares maximes , Et l'Intérêt enfin , père de tous les crimes.

jÇ,} Des mortels corrompus ces tyrans effrénés , A l'aspect de Henri paraissaient consternés. Ils ne l'ont jamais vu , jamais l^ur troupe impie N'approcha de son ame à la vertu nourrie. Quel mortel , disaient-ils , par ce Juste conduit , Vient nous persécuter dans l'éternelle nuit l

160 Le Héros , au milieu de ces esprits immondes , S'avançait à pas lents sous ces voûtes profondes. Louis guidait ses pas : ciel ! qu'est-ce que je voi ! L'assassin de Valois ! ce. monstre devant moi ! Mm père ! il tient encor ce couteau parricide,

170 Dont le conseil des Seize arma sa main perfide.

a !<?nr placo , soit dans les éditions de Londres , soit dans celles de 1737 et 17 'fi,

N. B. Il n'v a qi-, a comparer , on verra » M. Langlei pe se trompe pas.

CHANT SEPTIEME. i35

Tandis que dans Paris tous ces prêtres cruels , Osent de son portrait souiller les saints autels , Que la Ligue l'invoque et que Rome le loue , Ici dans les tourmens , l'Enfer les désavoue.

Mon fils, reprit Louis , de plus sévères lois i?5

Poursuivent en ces lieux les princes et les rois. Regardez ces tyrans , adorés dans leur vie ; Plus ils étaient puissans , plus Dieu les humilie. Il punit les forfaits que leurs mains ont commis , Ceus. qu'ils n'ont point vengés , et ceux qu'il» ont permis. l^° La mort leur a ravi leurs grandeurs passagères , Ce faste , ces plaisirs , ces flatteurs mercenaires , De qui la complaisance , avec dextérité , A leurs yeux éblouis , cachait la Vérité. La Vérité terrible ici fait leurs supplices; l**

Eile est devant leurs yeux , elle éclaire leurs vices. Voyez, comme à sa voix tremblent ces conquérans , Héros, auxyeux du peuple, aux yeux de Dieu tyrans: Fléaux du monde entier, que leur fureur embrase; La foudre qu'ils portaient , à leur tour les écrase. l9° Auprès d'eux sont couchés tous ces rois fainéans , Sur un trône avili , fantômes impuissans.

Vers 17 3. Le parricide Jacques Clément fat loué à Rome dans la chaire où l'on aurait du prononcer l'oraison funèbre de Henri III. On mit son poi trait , à Paris , sur les autels avec l'Eucharistie. Le Cardinal de Retz rapporte , que le jour des Barricades , sous îa minorité de Louis XIV , il vint un bourgeois poitant un hausse-col , sur lequel était gravé ce morne, avec ces mots : S ai.nt Jacques Clément.

io4 LA HENRI A DE,

Henri voit près des rois leurs insolens Ministres j 11 remarque sur-tout ces conseillers sinistres , .rj Qui des mœurs et des lois avares corrupteurs, De Thémis et de Mars ont vendu les honneurs j Qui mirent les premiers à d'indignes enchères L'inestimable prix des vertus de nos pères. Etes-vous en ces lieux , faibles et tendres cœurs , 20û Qui livrés aux plaisirs, et couchés sur les fleurs , Sans fiel et sans fierté couliez dans la paresse Vos inutiles jours filés par la mollesse l

Vers 199. Au lien de ce vers et des sept qui le suivent, en voici huit autres qu'on lit dans l'édition de ijaS.

« Le sujet révolte' , le lâche adulateur ; y Le juge corrompu, l'infâme délateur} >> Ceux même qui , nourris au sein de la mollesse, u N'ont eu pour tous forfaits qu'un cœur plein de faiblesse; » Ceux qui, livrés sans crainte a des penchans flatteurs , y N'ont connu , n'ont aimé que leurs douces erreurs ; y Tous enfin de la mort éternelles victimes , y Souffrent des chatimens qui surpassent leurs crimes. y Le généreux Henri , etc. y

Et dans celle de 1737 , voici comme ces derniers vers sont tournés :

« Ii est , il est aussi dans ce lieu de douleurs , » Des cœurs qui n'ont aimé que leurs douces erreurs , y De- foules do mortels noyés dan» la mollesse , y Qu'entraîna ie plaisir, qu'endormit la paresse , etc. » On voit, par tous ces différens changement , avec quelle extrême attention et avec quelle sévérité l'auteur a revu son ouvrage. C'est ainsi que doit en user quiconque travaille pour ia posiéiité.

CHANT SEPTIEME. i35

Avec les scélérats seriez-vous confondus ,

Vous , mortels bienfaisans , vous , amis des vertus ,

Qui par un seul moment de doute ou de faiblesse , ao5

Avez séché le fruit de trente ans de sagesse ?

Le généreux Henri ne put cacher ses pleurs.

Ah ! s'il est vrai , dit-il , qu'en ce séjour d'horreurs ,

La race des humains soit en foule engloutie ,

Si les jours passagers d'une si triste vie 210

D'un éternel tourment sont suivis sans retour ,

Ne vaudrait-il pas mieux ne voir jamais le jour ?

Heureux ! s'ils expiraient dans le sein de leur mère,

Ou si ce Dieu , du moins , ce grand Dieu si sévère ,

A l'homme , hélas ! trop libre , avait daigné ravir 3i5

Le pouvoir malheureux de lui désobéir.

Ne crois point , dit Louis, que ces tristes victimes Souffrent deschâtimens qui surpassent leurs crimes, Ni que ce juste Dieu , créateurs des humains , Se plaise à déchirer l'ouvrage de ses mains : a2o

Non, s'il est infini , c'est dans ses récompenses : Prodigue de ses dons , il borne ses vengeances. Sur la terre on le peint l'exemple des tyrans ; Mais ici c'est un père , il punit ses enfans -9 Il adoucit les traits de sa main vengeresse. a25

Il ne sait point punir des momens de faiblesse, Des plaisirs passagers pleins de trouble et d'ennui , Par des tourmens affreux éternels comme lui.

Vers 22S. On peut entendre par cet endroit les fautes vénielles et le purgatoire. Les anciens eux-mêmes en admettaient un , et on le trouve expressément dans Yirgile,

i56 LA HENRI A DE.

II dit ; et dans l'instant l'un et l'autre s'avance

loyers les lieux fortunés qu'habite l'innocence. Ce n'est plus des enfers l'affreuse obscurité , C'est du jour le plus pur l'immortelle clarté. Henri voit ces beaux lieux , et soudain à leur vue Sent couler dans son ame une joie inconnue ; 255Les soins, les passions n'y troublent point les cœurs ; La Volupté tranquille y répand ses douceurs. Amour, en ces climats, tout ressent ton empire : Ce n'est point cet amour que la mollesse inspire ~t C'est ce flambeau divin , ce feu saint et sacré,

24° Ce pur enfant des deux sur la terre ignoré.

De lui seul à jamais tous les cœurs se remplissent , Ils désirent sans cesse , et sans cesse ils jouissent , Et goûtent dans les feux d'une éternelle ardeur , Des plaisirs sans regrets , du repos sans langueur.

2^5 Là régnent les bons rois qu'ont produits tous les âges; Là sont les vrais héros ; là vivent les vrais sages ; Là sur un trône d'or Charlemagne et Clovis Veillent du haut des deux sur l'empire des lys. Les plus grands ennemis , les plus fiers adversaires ,

a5o Réunis dans ces lieux , n'y sont plus que des frères. Le sage Louis douze, au milieu de ces rois , S'élève comme un cèdre et leur donne des lois. Ce Roi qu'à nos ayeux donna le ciel propice , Sur son trône avec lui fit asseoir sa justice ;

a55 II pardonna souvent , il régna sur les cœurs , Et des yeux de son peuple il essuya les pleurs.

Vieis iji. Louis XII e^t le seul roi qui ait eu le surnom de Pare du Fcupîe.

CHANT SEPTIEME. i37

D'Amboise est à ses pieds, ce ministre fidelle , Qui seul aima la France , et fut seul aimé d'elle , Tendre ami de son maître , et qui, dans ce haut rang , 2g0 Ne souilla point ses mains de rapine et de sang. O jours ! ô mœurs ! ôtems d'éternelle mémoire \ Le peuple était heureux , le roi couvert de gloire ; De ses aimables loix chacun goûtait les fruits j Revenez , heureux tems , sous un autre Louis.

Plus loin sont ces guerriers prodigues de leur vie , ^S Qu'enflamma leur devoir , et non pas leur furie ; La Trimouiile , Clisson , Montmorenci , de Foix , Guesclin , le destructeur et le vengeur des Rois ;

Vers s57- Sur ces entrefaites mourut Georges d'Amboise , qui fut justement aimé de la France et de son Mat* tre , parce qu'il les aimait tous deu.\ également. Mezerai , Grande Histoire.

Vers 267. Paimi plusieurs grands hommes do ce nom , on a eu ici en vue Guy de la Trimouille, sur-nomme le Vaillant , qui portait l'oriflamme , tt qui refusa îJepée de Connétable sous Charles VI.

Ibid. Clisson , ( le Connétable de ) sou; Charles VI. Ibid. Montmorency. Il faudrait un volume pour spéci. Cor les services rendus a l'£tat par cette maison.

Uni. Gaston de Foix , Duc de Nemours , neveu de Louis XII , fut tué de quatorze coups à la célèbre bataille de tiavenne , qu'il avait gagnée.

Vers 268. Guesclin. ( le Connétable du Guesclin. ) Il sauva la Fiance sous Charles V , conquit la Castille , mit Henri de Traastamare sur le trône de Pierre-le-Ciuel , et fut Connétable de France et de Camille,

i38 LA HENRI AD E,

Le vertueux Bayard , et vous brave Amazone , 570 La honte des Anglais , et le soutien du trône.

Vers 269. Bayard , ( Pierre du Terrail , surnommé le Chevalier sans yeur et sans reproche. ) II arma François I. chevalier , à la bataille de Marignan J il fut tué , en i5a3 , à la retraite de Rebec en Italie.

Ihil. Jeanne d'Arc , ( connue sous le nom de la Pucelle d'Orléans , ) servante d'h otellerie , née au village de Domremv-sur.Meuse , qui , se trouvant une force de corps et une hardiesse au-dessus de son sexe , fut employée par le Comte de Danois , pour rétablir les affaires de Charles VII. Elle fut prise dans une sortie à Compiegne, en ï43o , conduite a Rouen , jugée comme sorcière par un Tribunal Ecclésiastique, également ignorant et barbare, et brûlée par les Anglais . qui auraient du honorer son courage.

Vers 270. L'édition de ijtâ met ici une longue suite de vers , que l'auteur a supprimés dans les autres éditions , les voici donc :

« Antoine de Navarre , avec des yeux surpris, » Voit Henri qui s'avance et reconnaît son fils. » Le Héros attendri tombe aux pieds de son père , y Trois fois il tend les bras à cette ombre si chère , y Trois fois son père échappe à ses embrassemens , y Tel qu'un léger nuage écarté par les vents. y Cependant il apprend a cette ombre charmée » Sa grandeur , ses desseins , l'ordre de son armée, y Et ses premiers travaux , et ses derniers exploits. y Tous les héros en foule accouraient à sa voix ; y Les Martel , les Pépins i'ecoutaient en silence , » Et respectaient en lui la gloire de la France.

CHANT SEPTIEME. i39

Ces héros , dit Louis , que tu vois dans les cieux , Comme toi , de la terre ont ébloui les yeux. La vertu , comme à toi, mon fils , leur était chère : Mais , enfant de l'Eglise, ils ont chéri leur mère : Leur cceur simple et docile aimait la vérité : 275

Leur culte était le mien; pourquoi l'as-tu quitté ?

Comme il disait ces mots d'une voix gémissante , Le palais des Destins devant lui se présente : Il fait marcher son fils vers ces sacrés remparts , Et cent portes d'airain souvrent à ses regards. 2g0

Le tems, d'une aile prompte , et d'un vol insensible, Fuit et revient sans cesse à ce palais terrible ; Et de-là sur la terre il verse à pleines mains Et les biens et les maux destinés aux humains. Sur un autel de fer un livre inexplicable , 2$5

Contient de l'avenir l'histoire irrévocable. La main de l'Eternel y marqua nos désirs Et nos chagrins cruels , et nos faibles plaisirs. On voit la Liberté , cette esclave si fiere , Par d'invincibles nœuds en ces lieux prisonnière ; zg0 Sous un joug inconnu , que rien ne peut briser , Dieu sait l'assujettir sans la tyranniser; A ses suprêmes loix d'autant mieux attachée , Que sa chaîne à ses yeux pour jamais est cachée ,

» Enfin le Saint guerrier poursuivant ses desseins: » Suivez mes pas, dit-il , au temple des Destins, » Avançons , il est tems de vous faire connaître » Les rois et les héros qui de vous doivent naître, » De ce temple déjà vous voyez les remparts, » Et ses portes d'airain , etc. »

Uo LA HENRIADE,

W Qu'en obéissant même elle agit par son choix, Et souvent aux Destins pense donner des toi*

Mon cher fils, dit Louis, c'est déili que la Grâce Fait sentir aux humains sa faveur efficace ■

3oo Cest^cesiieuxsacrés qu'un jour son trait vainqueur Doit partir , doit brûler , doit embraser ton cœur Tu ne peux différer , ni hâter , ni connaître Ces momens précieux dont Dieu seul est le maître

Mai5nu'ilssontencorloii,c,steins,reshcureLixtems, Ou Dieu doit te compter au rang de ses enfans I 5o5Que tu dois éprouver do faiblesses honteuses j Et que tu marcheras dans .Ls routes trompeuses ! Retranches ,ô mon Dieu , des jours de ce grand Roi , Ces jours infortunés qui l'éloignent de toi ! 3io Mais dans ces vastes lieu* quelle foule s'empresse? Elle entre à tout moment et s'éccule sans cesse. Vous voyez , dit Louis , dans ce sacré séjour , Les portraits des humains qui doivent naître un jour: Des siècles à venir ces vivantes images M Rassemblent tous les lieux , devancent tous les âges. Tdusles jours des humains, ctomptés avant les tems , Aux yeux de l'Éternel à jamais sont présens. - Le Destin marque ici l'instant de leur naissance , L'abbaissement des uns , des autres la puissance 3ao Les divers changemens attachés à leur sort

Leurs vices, leurs vertus , leur fortune, leur mort. Approchons-nous , le ciel te permet de connaître Les rois et les héros qui de toi doivent naître. Le premier qui paraît c'est ton auguste nls : 11 soutiendra long-tems la gloire de nos lys ,

Triomphateur heureux du Belge et de l'Ibère j 525

Mais il n'égalera ni son fils ni son père.

Henri dans ce moment voit sur des fleurs-de-lys Deux mortels orgueilleux auprès du trône assis. Ils tiennent sous leurs pieds tout unpeuple à lachaîne; Tous deux sont revêtus de la pourpre romaine j 53o

Tous deux sont entourés de gardes , de soldats ; Il les prend pour des rois .. Vousne voustrompezpas , Ils le sont , dit Louis , sans en avoir le titre ; Du Prince et de l'Etat l'un et l'autre est l'arbitre : Richelieu, Mazarin, ministres immortels , 355

Jusqu'au trône élevés de l'ombre des autels , Enfans de la Fortune et de la Politique , Marcheront à grands pas au pouvoir despotique ; Richelieu , grand , sublime , implacable ennemi ; Mazarin , souple , adroit , et dangereux ami : 3/|0

L'un fuyant avec art , et cédant à l'orage ; L'autre , aux flots irrités opposant son courage 5 Des princes de mon sang ennemis déclarés j Tous deux hais du peuple , et tous deux admirés ; Enfin par leurs efforts , ou par leur industrie , 5 (5

Utiles à leurs rois , cruels à la patrie. O toi , moins puissant qu'eux, moins vaste en tes desseins , Toi , dans le second rang , le premier des humains ,

Vers ô^i. Le Cardinal de Mazarin fut obligé de sortir du royaume en i65i , malg'é la Reine Régente qu'il gouvernait ; mais le Cardinal de Richelieu se maintint toujours malgré ses ennemis , et même malgré le Roi , qui était dégoûté de lui,

Colbert, c'est sur tes pas que l'heureuse abondance, 55o Fille de tes travaux, vient enrichir la France; Bienfaiteur de ce peuple , ardent à t'outrager , En le rendant heureux tu sauras t'en venger ; Semblable à ce Héros , confident de Dieu même , Qui nourrit les Hébreux pour prix de leur blasphème.

555 Ciel ! quel pompeux amas d'esclaves à genoux Est aux pieds de ce Roi* qui les fait trembler tous ! Quels honneurs ! quels respects ! jamais roi dans La France N'accoutuma son peuple à tant d'obéissance. Je le vois comme vous par la gloire animé ;

36o Mieux obéi, plus craint, peut-être moins aimé. Je le vois éprouvant des fortunes diverses , Trop fier dans ses succès , mais ferme en ses traverses j De vingt peuples ligués bravant seul tout l'effort , Admirable en sa vie et plus grand dans sa mort.

ZG5 Siècle heureux de Louis , siècle que la Nature

De ses plus beaux présens doit combler sans mesure, C'est toi qui dans la France amené les beaux arts j Sur toi tout l'avenir va porter ses regards ; Les Muses à jamais y fixent leur empire;

570 La toile est animée et le marbre respire.

Vers 35 1. Le peuple , ce monstre féroce et aveugle , detestait le grand Colbert , au point qu'il voulut dt-terrer son corps ; mais la voix des gens sensés , qui prévaut a lu longue , a rendu sa mémoire à jamais chère et respectable.

* Louis XIV.

Quels Sages, rassemblés dans ces augustes lieux ,

Mesurent l'univers et lisent dans les cieux ,

Et dans la nuit obscure apportant la lumière ,

Sondent les profondeurs de la nature entière ?

L'Erreur présomptueuse à leur aspect s'enfuit , 3;5

Et vers la vérité le doute les conduit.

Et toi , fille du ciel , toi , puissante harmonie ,

Art charmant , qui polit la Grèce et l'Italie ,

J'entends de tous côtés ton langage enchanteur,

Et tes sons souverains de l'oreille et du cœur. 38o

Français , vous savez vaincre et chanter vos conquêtes ,

Il n'est point de lauriers qui ne couvrent vos têtes j

Un peuple de Héros va naître en ces climats j

Je vois tous les Bourbons voler dans les combats.

A travers mille feux je vois Condé paraître , 535

Tour-à-tour la terreur et l'appui de son Maître $

Vers 572. L'Académie des Sciences , dont les Mémoires sout estimés dans toute l'Europe.

Vers 585 et 587. Louis de Bourbon . appelé communément le Grand Coudé , et Henri , Vicomte de Turenne , ont été regardés comme les plus grands Capitaines de leur tems ; tous deux ont gagné de grandes victoires et acquis de la gloire , même dans leurs défaites. Le génie du Prince de Condé semblait , à ce qu'on dit , plus propre pour un jour de bataille, et celui de M. de Turenne pour toute une campagne. Au moins est-il certain que M. de Turenne remporta des avantages sur le Grand Condé à Giea , à Etampes , à Paris , a Arras , à la bataille des Dunes; cependant on n'ose point décider quel était le plus grand homme.

i44 LA HENRI A DE,

Turenne, de Condé le généreux rival , Moins brillant , mais plus sage , et du moins son égal. Catinat réunit , par un rare assemblage , ^•9° Les talens du Guerrier et les vertus du sage. \ auban sur un rempert , un compas à la main, Rit du bruit impuissant de cent foudres d'airain.

Vers 090. Le Maréchal de Catinat , né en i(rW. Il ga;nales batailles dsStuffarde et de la Marsaille , si obéit ensuite , sans murmurer , au [Maréchal de Viileroi , qui. lui envoyait des ordres sans le consulter. Il quitta ie commandement sans peine , ne se plaignit jamais de personne , ne demanda rien au Roi , mourut en Philosophe dans une petite maison de campagne , à Saint - Oratien , n'avant ni augmente' ni diminue' son bien, et n'avant jamais démenti un moment son caractère de modération.

Vers 3gi. Le Maréchal de V au b a n , né en i6>5 , le plus grand ingénieur qui ait jamais été , a fait fortifier, selon sa nouvelle manière, trois cents places anciennes, et en a bâti trente - trois ; il a conduit cinquante - trois sièges , et s'est trouvé à cent quarante actions. Il a laissé douze volumes manuscrits , pleins de projets pour le bien de l'Etat dont aucun n'a encore été exécuté. Il était de l'Académie des Sciences , et lui a fait plus d'honneur que personne , eu faisant servir les Mathématiques à l'avantage de sa Patrie.

Idem. î\ y avait dans les éditions précédentes : \

»< Ce Héros dont la main raffermit nos remparts ,

» C'est Y*uban , c'est i'ami des Vertus et des A'Tts. »

Mallie aïeux

CHANT SEPTIEME. i$

IVTalheureux à la Cour , invincible à la guerre, Luxembourg fait trembler l'Empire et l'Angleterre.

Regardez dans Demain l'audacieux Villars , 3^5

Disputant le tonnerre à l'aigle des Césars ;

Vers 394. François-Henri de Montmorivci , qui prit le nom de Luxembourg , Maréchal de Fraace , et Duc et Pair, gagna ^a bataille de Cassel , sous les ordres de Monsieur , frère de Louis XIV , et remporta en chef les fameuses victoires de Mons , de Fleuras, de Steinkerke , de Nenvinde , conquit des Provinces au Roi. Il fut mi» à la Bastille , et reçut mille dégoûts des -Ministres.

Vei'a 590. On s'était proposé de ne parler dans ce Poëme d'aucun homme vivant ; on ne s'est écarté do cette règle qu'en Faveur du Maréchal de Villars.

Il a gagné la bataille de Fredelingùe et colle du premier Hocotet. Iî est a remarquer qu'il occupa, dans cette bataille , le même tsrrein où se posta depuis le Duc de Mari' beroug , lorsqu'il remporta, contre d'autres Généraux* cette grande victoire du second Hocstet , si fatale a la France. Depuis , le Maréchal de Villars ayant repris locommandement des armées , donna la fameuse bataille de Blangis ou de Malplaquet , dans laquelle on tua vingt mille hommes aux ennemis , et qui ne fut perdue que quand le Maréchal fut blessé.

Enfin , en 17 12 , lorsque les ennemis menaçaient da venir à Paris , et qu'on délibérait si Louis XIV quitterait Versailles > le Maréchal de Villars battit le Prince Eugène à Denam , s'empara du dépôt de l'armée ennemie à JJarjhienne , fil lever le siège de Landrecy , nrit Doua] ,

Arbitre de la paix que la victoire amené ,

Digne appui de son Roi , digne rival d'Eugène.

Quel est ce jeune Prince * , en qui la majesté 4°°Sur son visage aimable éclate sans fierté l

D'un œil d'indifférence il regarde le trône.

Ciel ! quelle nuit soudaine à mes yeux l'environne !

La Mort autour de lui vole sans s'arrêter ;

Il tombe aux*pieds du trône , étant près d'y monter. 4o5 0 mon fils ! des Français vous voyez le plus juste ;

Les Cieux le formeront de votre sang auguste.

Grand Dieu ! ne faites-vous que montrer aux humains

Cette fleur passagère , ouvrage de vos mains ?

Hélas l que n'eût point fait cette ame vertueuse ? 4l0La France sous son règne eût été trop heureuse j

Il eût entretenu l'abondance et la paix ;

Mon fîls,il eût compté ses jours par ses bienfaits;

Il eût aimé son peuple. O jours remplis d'alarmes !

O combien les Français vont répandre de larmes , 4i5 Quand sous la même tombe il verront réunis

Et l'époux et la femme , et la mère et le fils !

Un faible rejeton * * sort entre les ruines De cet arbre fécond coupé dans ses racines.

Quesnoy , B'ouchain , etc. à discrétion , et fit ensuite la paix à Rastad, au nom du Roi , avec le même Prince Eugène , Plénipotentiaire de l'Empereur.

* Feu Monsieur le Duc de Bourgogne.

**Ce Poëmefut composé dans l'enfance de Louis XY.

Les enfans de Louis , descendus au tombeau ,

Out laissé dans la France un MonarqVie au berceau , 4M

De l'état ébranlé douce et frêle espérance.

O toi, prudent Fleury , veille sur son enfance ,

Vers -j22. Au lieu de ce vers et des dix -huit qui le suivent , voici ce que met l'édition de 1725 :

*< De l'Empire Français douce et fièîe espérance :

y O vous qui gouvernez les jours de son enfance ;

» Vous , \ illeroi , Fleury , conservez sous nos veux ,

» Du plus pur de mon sang le dépôt précieux ;

y Conduisez par la main son entance docile :

y Le sentier des vertus a cet âge est facile :

» Age heureux où son coeur , exempt de passion ,

y r*s'a point du vice encor reçu l'impression ;

y Où d'une Cour trompeuse , ardente à nous séduire,

y Le souffle empoisonne ne peut encor lui nuire :

y Age heureux, où lui-même ignorant son pouvoir,

y \ it tranquiJle et soumis aux règles du devoir.

y Qu'au sortir de l'enfance il puisse se connaître ;

y Qu'il songe qu'il est homme , en venant qu'il est maître j

y Qu'attentif aux besoins des peuples malheureux ,

y 11 ne les charge point de fardeaux rigoureux ;

y Qu'il aime à pardonner , qu'il donne avec prudence

y Aux services rendus leur juste récompense ;

y Qu'il ne permette pas qu'un Ministre insolent

» Change son règne aimable en un joug accablant ;

y Que la simple vertu , de soutiens dépourvue,

y Par ses sages bienfaits soit toujours prévenue ;

y Que de l'amitié même il chérisse les lois ,

y Bien pur, présent du ciel, et peu connu des Rois;

i48 LA HENRI A DE,

Conduis ses premiers pas , cultive sous tes yeux Du plus pur de in on sang le dépôt précieux.

^2'3 Tout Souverairt.qu'il est, instruis-le à se connaître: Quilsache qu'il est homme, en voyant qu'il est maître : Qu'aimé de ses sujets , ils soient chers à ses yeux : Apprends-lui qu'il est Roi, qu'il n'est né que pour eux, France , reprends sous lui ta majesté première ,

43o Perce la triste nuit qui couvrait ta lumière ; Que les Arts , qui déjà voulaient l'abandonner , De leurs utiles mains viennent te couronner. L'Océan se. demande en ses grottes profondes , Où sont tes pavillons qui flottaient sur ses ondes.

455 Du Nil et de l'Euxin , de l'Inde et de ses ports , Le Commerce t'appelle et t'ouvre «es -trésors. Maintiens l'ordre et la paix , sans chercher la victoire, Sois l'arbitre des rois , c'est assez pour ta gloire ; Il t'en a trop coûté d'en être la terreur.

4;0 Près de ce jeune Roi s'avance avec splendeur * Un Héros que de loin poursuit la calomnie , Facile et non pas faible , ardent , plein de génie ; Trop ami des plaisirs , et trop des nouveautés , Remuant l'Univers du sein des voluptés ,

» Et que digne en effet de la grandeur supième , » Ilimite, s'il peut , Henri quatre et mui-mème.»

A l'exception de ce dernier vers , tout ce que l'auteur a retranché ici n'est pas moins bien que ce qu'il a mis en sa

place.

* Vrai portrait de Philippe , Tue d'Orléans , Régent

du royaume.

Par des ressorts nouveaux , sa politique habile m |5

Tient l'Europe en suspens , divisée et tranquille. Les Arts sont éclairés par ses veux vigilans : Né pour tous les emplois , il a tous les talens , Ceux d'un chef, d'un soldat, d'un citoyen, d'un maître; Il n'est pas roi, mon fils, mais il enseigne à l'être. ^0

Alors dans un orage, au milieu des éclairs , L'étendard de la France apparut dans les airs : Devant lui d'Espagnols une troupe guerrière De l'aigle des Germains brisait la tête altiere. O mon père , quel est ce spectacle nouveau l HôS

Tout change , dit Louis , et tout a son tombeau. Adorons du Très-Haut la sagesse cachée , Du puissant Charles-Quint la race est retranchée. L'Espagne à vos genoux vient demander des rois : C'est un de nos neveux qui leur donne dis lois. /fîo

Philippe... A cet objet Henri demeure en proie A la douce surprise, aux transporte de sa joie. Modérez, dit Louis, ce premier mouvement , Craignez encor , craignez ce grand événement. Oui , du sein de Paris, Madrid reçoit un maître : /6~ Cet honneur à tous deux est dangereux peut-être. O rois nés de mon sang ! ô Philippe! ô mon fils ! France , Espagne , à jamais puissiez -vous être unis!

Vers 449. H y a dans l'édition de 1727 : *< Malheureux toutefois , dans le cours de sa vie , » D'avoir reçu ciel un trop vaste génie. » C'était -là une vérité dure.

i5o LA IIENRIADE,

Jusqu'à quand voulez-vous , malheureux politiques , -.Humer les flambeaux des discordes publiques i

Il dit. En ce moment le Héros ne vit plus Qu'un assemblage vain de mille objets confus : Du temple des Destins les portes se fermèrent , Et les voûtes des Cieux devant lui s'éclipsèrent.

4/5 L'Aurore cependant au visage vermeil , Ouvrait dans l'Orient le palais du Soleil ; La nuit en d'autres lieux portait ses voiles sombres : Les Songes voltigeans fuyaient avec les ombres. Le Prince , en séveiilant , sent au fond de son coeur

48° Une force nouvelle , une divine ardeur :

Ses regards inspiraient le respect et la crainte ; Dieu remplissait son front de sa majesté sainte. Ainsi , quand le vengeur des peuples d'Israël Eut sur le mont Sina consulté l'Eternel,

485 Les Hébreux , à ses pieds couchés dans la poussière , Ne purent de ses yeux soutenir la lumière.

Vers 469. Dans le tems eue ceci fut écrit , la branrhe de France et la branche d'Espagne semblaient désunies.

Fin eu Chant septième.

CHANT HUITIEME. i5i

ARGUMENT

Le Comte d'Egmont vient de la part du Roi d'Espagne au secours de Mayenne et des Ligueurs, Bataille d'Ivry , dans laquelle Mayenne est dcfait et d'Egmont est tue. Valeur et clémence de Henri le Grand.

J y£S Etats dans Paris, la confuse assemblés

Avait perdu l'orgueil dont elle était enflée.

Au seul nom de Henri , les Ligueurs pleins d'effroi ?

Semblaient tous oublier qu'ils voulaient faire un roi.

Rien ne pouvait fixer leur fureur incertaine ,

Et n'osant dégrader ni couronner Mayenne ,

Voici le commencement de ce chant clans l'édition de 1723.

«x Paris toujours injuste , et toujours furieux , » De la mort de son Roi rendait grâces aux cieux. y Le peuple, qui jamais n'a connu la prudence, 9 S'enivrait follement de sa vaine espe'rance : » Mais Philippe , au re'cit de la mort de Valois , >> Trembla dans ses Etats pour la première lois ; » Il voyait des Bourbons les forces reunies , » Du trône sous leurs pas les routes applaa.'ei ,

i52 L A HENR I ADE,

Ils avaient confirmé, parleurs décrets honteux , Le pouvoir et le rang qu'il ne tenait pas d'eux. Ce Lieutenant sans chef, ce Roi sans diadème ,

10 Toujours dans son parti garde un pouvoir suprême. Un peuple obéissant , dont il se dit l'appui , Lui promet de combattre et de mourir pour lui ; Plein d'un nouvel espoir , au Conseil il appelle Tous ces chefs orgueilleux , vengeurs de sa querelle :

ï5 Les Lorrains , les Nemours , la Châtre, Canillac ,.

y Un chof infatigable et plein de fermeté' , y Instruit par le travail et par l'adversité, >> Et q;'.i pouvait bientôt, conduit par la vengeance , y Reportei dans Madrid les malheurs de la Fiance; y II c: nt qu'il était tems d'envoyer ua secours y I; agiteras et diffère' toujours.

y Des rïi es de l'Escaut sur l°s bords de la Seine , y L': malheureux. d'Egmont vint se joindre a Mayenne» Presque tous ces vers, sont retranche's dans les autres éditions.

Vers 9. Il se fit déclarer, par la partie du parlement qui lui demeura attachée, Lieutenant-Général de l'Etat et du Royaume da France.

Vers 10. Les Lorrains. Le Chevalier d'Aumale , dont il est si souvent parlé , et son frère le Duc, étaient de la Maison de Lorraine.

Charles-Emmanuel , Duc de Nemours , frère utérin du Duc de Ma} enne.

La Chastre était un des Maréchaux de la Ligue , que l'on appelait des bâtards , qui se feraient un jour.

Et l'inconstant Joyeuse , et Saint-Paul et Brissac : Ils viennent. La fierté , h vengeance, la rage, Le désespoir , l'orgueil , sont peints sur leur visage. Quelques-uns , ea tremblant, semblaient porter leurs pas, Affaiblis par leur sang versé dans les combats ; 20

Maisces mêmes combats, leur sang et leurs blessures, Les excitaient encore à venger leurs injures. Tous auprès de Mayenne ils viennent se ranger ; Tous , le fer d.ms les mains , jurent de le venger. Telle , au haut de l'Olympe, aux champs de Thessalie, ^5 Des enfans de la terre on peint la troupe impie , Entassant des rochers , et menaçant les cieux , Ivre du fol espoir de détrôner les Dieux.

La Discorde à l'instant entr'ouvrant une nue , Sur un char lumineux se présente à leur vue : 30

légitimer aux dépens de leur père. En effet , la Châtre fit là paix depuis , et Henri lui confirma la dignité de Maréchal de France.

Vers 16. Joyeuse est le même dont il est parlé au qua* trieme chant. Voyez la remarque,

Saint-Paul , Soldat de fortune , fait Maréchal par le' Duc de Mayenne .homme emporte et d'une violeuce extrême. Il fut tue par le Duc de Guise , fils du Balafre.

Brissac s'était jeté dans le parti de la Ligue par indiguatiou contre Henri III, qui avait dit qu'il n'était bon ni sur terre ni sur mer. ty négocia depuis secrette.nent avec Henri IV , et lui ouvrit les portes de Pari?, moyennant lehuton de Maréchal de France.

iS>4 LA HliN R I A DE,

Courage . leur dit-elle, on vient vous secourir» C'est, maintenant, français, qu'il faut vaincre ou mourir. D'Auniale , le premier , se levé à ces paroles : Il court , il voit de loin les lances Espagnoles :

35 Le voila , cria-t-il , le voilà ce secours Demandé si long-temps , et différé toujours. Amis, enfin l'Autriche a secouru la France. Il dit : Mienne alors vers les portes s'avance, le secours paraissait vers ces lieux révérés ,

4° Qu'aux tombes de nos rois la mort a consacrés, Ce formidable amas d'armes étincelanles , Cet or , ce fer brillant , ces lances éclatantes , Ces casques , ces harnois , ce pompeux appareil , Défiaient dans les champs les rayons du soleil.

45 Tout le peuple au-devant court en foule avec joie , Ils bénissent le chef que Madrid leur envoie. C'était le jeune Egmont , ce guerrier obstiné , Ce fils ambitieux d'un père infortuné ;

Vers 4?- Le Comte d'Egmo.nt , fils de l'Amiral d'Egraont , qui fut décapité a .Bruxelles a\ec le PiincsdeHoin.

Le fils étant resté dans le parti de Philippe lî, Roi d'Espfgne , fut envove au secours du Duc de Mayenne à la t&te de dix-huit cents lances. A. son entrée dans Paris , il reçut les cemplimens de ia ville : celui qui le haian^uaitayant mêlé dans son discours les louanges de l'Amiral d'Egmont son per.e : Ne parlez y as de lui , dit le Comte, il méritait la mort, c'était un rebelle ; paroles d'autan* plus condamnables , que cvtait à des rebelle* qu'il purlait , et duat il veuail dcteadie ia cau^e

CHANT HUITIEME. i55

Dans les murs de Bruxelle il a reçu la vie. Sen père , qu'aveugla l'amour de la patrie , 5o

Mourut sur l'échafaud , pour soutenir les droits Des malheureux Flamans opprimés par leurs Rois. Le fils, courtisan lâche , et guerrier téméraire , Baisa long-tems la main qui fit périr son père , Servit , par politique , aux maux de son pays , 55

Persécuta Bruxelle et secourut Paris.

Philippe l'envoyait sur les bords de la Seine , Comme un Dieu Tutélaire au secours de Mayenne j Et Mayenne avec lui crut aux tentes du Roi Rapporter à son tour le carnage et l'effroi. 60

Le téméraire Orgueil accompagnait leur trace. Qu'avec plaisir, grand Roi, tu voyais cette audace ! Et que tes vœux hâtaient le moment d'un combat , Où semblaient attachés les destins de l'état !

Près des bords de l'Iton et des rives de l'Eure ,^ (35 Est un champ fortuné , l'amour de la nature :

Vers 64. Il manque ici quatre vers qui sont daas l'édition de 172D , et qu'on d JÎt restituer.

« Henri , loin des remparts de la ville alarmée,

» Aux campagnes d'Ivri conduisit son armée ;

y Attirant sur ses pas Mayenne et ses Ligueurs,

» Que leur aveuglement poussait a leurs malheurs.»

N. B. L'Auteur les a retranchés afin que ces mots ] loin des remparts , ne nuisissent pas à l'unité de lieu.

T'ers 60. Ce fut dans une plaine entre l'Iton et l'£ure> que se donua la bataille d'Ivri , le k, Ma- s 1090.

Vers 66. Après ce vers , on lit les suivans dans L'edi*

iS6 LA HENRIADE,

La guerre avait long-tems respecté les trésors Dont Flore et les Zéphyrs embellissaient ces bords. Les bergers de ces lieux coulaient des jours tranquilles, Au milieu des horreurs des discordes civiles : Protégés par le ciel et par leur pauvreté , Ils semblaient des soldats braver l'avidité ; Lt sous leurs toits de chaume, à l'abri des alarmes , L'entendaient point le bruit des tambours et des armes. -5 Les deux camps ennemis arrivent en ces lieux; La désolation par-tout marche avant eux. De l'Eure et de l'Iton les ondes s'alarmèrent , Les bergers pleins d'effroi dans les bois se cachèrent,

tion de 1723 , dont la plupart sont changés dans les autres e'ditions.

« La , souvent les bergers, conduisant leurs troupeaux,

y Du son de l«ur musette éveillaient les échos :

» Là, les Nj'mphes d'Anet, d'une course rapide,

y Suivaient le Daim léger et le Chevreuil timide ;

y Les tranquilles Zéphyrs habitaient sur ces bord3 ;

y Ccrès v répandait ses utiles trésors.

y C'efit-là que le Destin guida les deux armées ,

y D'une chaleur égal? au combat animées;

y Céfès , en un moment , vit leurs fiers bataillons

y Ravaseï ses bienfaits naisj-ans dans les sillons :

y De l'Eure et de l'Iron les ondes s'ullarmeient ,

y Dans 1 fond des forêts les Nymphe- -e cachèrent,

y Lt bergei plein d'cfhoi , chassé de ces beaux Leux,

> Du sein d. larmes aux ) eux.

>; KUjitans malheureux , etc. y

CHANT HUITIEME. id7

Et leur tristes moitiés , compagnes de leurs pas , Emportent leurs enfans gémissans dans leurs bras. 8a-

Habitans malheureux de ces bords pleins de charmes , Du moins à votre Roi n'imputez point vos larmes ; S'il cherche les combats, c'est pour donner la paix : Peuple, sa main sur vous répandra ses bienfaits , Il veut finir vos maux r il vous plaint , il vous aime , 85 lit dans ce jour affreux il combat pour vous-même. Les momens lui sont chers, il court dans tous les rangs Sur un coursier fougueux , plus léger que les vents , Qui fier de son fardeau , du pied frappant la terre , Appelle les dangers et respire la guerre. 9°

On voyait près de lui briller tous ces guerriers , Compagnons de sa gloire et ceints de ses lauriers : D'Aumont, qui sous cinq rois avait portéles armes ; Biron , dont le seul nom répandait les alarmes ;

Vers 95. Jean d'Aumont , Mare'chal de France , qui fit des merveilles à la bataille d'Ivii , était fils de Pierre d'Aumont , Gentilhomme de la Chambre , et de Françoise de Sullv , héritière de l'ancienne maison de Sully. Il servit sous les Rois Henri II-, François II , Chai les Iï , Henri III et Henri IV.

Vers 9-j. Henri de Gontaud de Biron , Maréchal de France, Grand - Maitie de l'Artillerie, était un grand homme de guerre : il commandait a Ivri le corps de réserve , et contribua au gain de la bataille en se présentant à. propos à l'ennemi. Il dit à Henri-ie-Grand , api es la victoire : Sire, vous avez fait ce qur devait faire Biron ; et Bci'01 , ce que devait fa re le Roi. Ce Maréchal fut tué d'un coup de canon, en i5gp, au sié&e d'Epeinay,

i58 LA HENRI ÀDE,

9° Et son fils, jeune eneor , ardent, impétueux, Qui depuis.... mais alors il était vertueux ; Sully , Nangis, Crillon , ces ennemis du crime , Que La Ligue déteste, et que la Ligue estime ;

Vers cp. Charles Goxtaud de Birox , Maréchal et Duc et pair, HU du précèdent , conspira depuis contre Henri IV , et fut décapité dans ia cour de la Bastille ea 1603. On voit eacore a la muraille les crampons de fer qui servirent à l'échafaud.

Ibid. On voit dans l'édition de 1726 ce qui suit :

« Sanci , brave Guerrier , Ministre , Magistrat ,

y> Estimé dans l'Armée , à la Cour , au Sénat;

» La Trimouille , Clermont, Tournemine et d'Angenne,

» Et ce fier ennemi de la pourpre Romaine ,

y> Mornav dont l'éloquence égale la valeur,

» Soutien trop vevtneux du parti de l'erreur.

» La paraissait Givry , Moailles et Feuquieres,

» Le malheureux de JNesle , etc. »

Ces vers méritaient d'être conservés.

Vers 97. Rosny , depuis Due de Sully , Sur-Tntendant des Finances, Grand-Maître de l'Artillerie , fait Maréchal de F ance après la mort de Henri IV, reçut sept ble>sures a la bataille d'hri.

]Sa.ngis, homme d'un grand mérite et d'une véritable Tertu; il avait conseillé à Henri IÏI de ne point faire astas iner le Duc de Guise, mais d'a\oir le courage de le juger selon le? l<

Crillon était tmvûmraé le Braye. Il offrit à Henri III de se battre concie es rnéioa Duc de Guise. C'est à.

CHANT HUITIEME. i5g

Turenne , qui , depuis , de la jeune Bouillon

Mérita dans Sedan la puissance et le nom , 100

Puissance malheureuse et trop mal conservée,

Et par Armand détruite aussi-tôt qu'élevée.

Essex avec éclat parait au milieu d'eux ,

Tel que dans nos jardins un palmier sourcilleux ,

A nos ormes touffus mêlant sa tête altiere, 10>

Paraît s'enorgueillir de sa tige étrangère.

Son casque étincelait des feux les plus brillans

Qu'étalaient à l'envie l'or et les diamans ,

Dons chers et précieux , dont sa fîere maîtresse

Honora son courage , ou plutôt sa tendresse : n»

Ambitieux Essex vous étiez à la fois

L'amour de votre Reine et le soutien des Rois»

ce Crillon que Henri-le-Grand écrivit; Pends-toi , brave Crillon , nous a vons comlallu à Arques et tu n'y étais pas. , Adieu , brave CriHon , je vous aime à tort et à travers*

Vers 99. Henri de la Tour d'Orliegues , Vicomte de Turen.ne , Maréchal de France. Henri-l-e-Grand le maria a Charlotte de la Mark , Pi inceste de Sedan , en i5t)i. La nuit de ses noces , le Maréchal alla prendre Stenay d'ussaut.

Cette souveraineté acquise par Henri de Turenne r fut perdue par Frédéric Maurice , Duc de BouiLlon, son féis , qui ayant trempé dans la conspiration de Cinq-Mars contre Louis XIII , ou plutôt contre le Cardinal de Richelieu , oonna Sedan pour conserver sa vie; il eut, erx ochan£e de sa S^uveiaineié , de très-grandes terres plus con.?idei ai)ies en revenu , mais qui donnaient plus de ri~ chesâfcs et moins de puissance.

i6q LA IIENRIADE,

Fias loin sont la Trimouille , et Ckrmont et Feuquieres , Le malheureux de Nesle, et Theureux Lesdiguieres ; n5 D'Ailly , pour qui ce jour fut un jour trop fatal. Tous ces héros en foule attendaient le signal , Et rangés près du Roi lisaient sur son visage , D'un triomphe certain l'espoir et le présage.

Mayenne en ce moment , inquiet , abattu , xîoDans son cœur étonné cherche en vain sa vertu. Soit que de son parti connaissant l'injustice , Il ne crut point le ciel à ses armes propice ; Soit que l'ame-, en effet , ait des pressentimens 9 Avant-coureurs certains des grands événemens: ta5 Ce héros cependant , maître de sa faiblesse , Déguisait ses chagrins sous sa fausse alégresse. Il s'excite , il s'empresse , il inspire aux soldat* Cet espoir généreux que lui-même il n'a pas. D'Egmont auprès de lui , plein de la confiance j.ôoQue dans un jeune cœur fait naître l'imprudence,

Vers ii 5. Claude, Duc de la TpvImouille , était a la bataille d'I\ri. Il avait un grand courage , une ambition démesurée , de grandes richesses , et était le Seigneur ie plus considérable parmi les Calvinistes. Il mourut à ti ente-huit ans.

Balsac de Clermont d'Entragues , oncle de la fameu-e Marquise de.Verneuil , fut tue à la bataille d'Ivri ; Feuquieres et de Kesle , capitaines de cinquante hommes d'arme-. , y furent tués aussi.

Vers 114. Lesdiguieres. Jamais homme ne mérita mieux le titre d'heureux : il commença par être simple Soldat , et finit par ctie Connétable sous Louis XIII.

CHANT HUITIEME. iSt

Impatient déjà d'exercer sa valeur ,

De l'incertain Mayenne accusait la lenteur.

Tel qu'échappé du sein d'un riant pâturage,

Au bruit de la trompette animant son courage ,

Dans les champs de la Thrace un coursier orgueilleux, i55

Indocile , inquiet , plein d'un feu belliqueux ,

Levant les crins mouvans de sa tête superbe,

Impatient du frein , vole et bondit sur l'herbe ;

Tel paraissait Egmont : une noble fureur

Eclate dans ses yeux et brûle dans son cœur. 14©

Il s'entretient déjà de sa prochaine gloire ;

Il croit que son destin commande à la victoire :

Hélas i il ne sait point que son fatal orgueil

Dans les plaines d'Ivri lui prépare un cercueil.

Vers les Ligueurs enfin le grand Henri s'avance , l',5 Et s'adressant aux siens qu'enflammait sa présence , « Vous êtes nés Français , et je suis votre Roi, *v Voilà nos ennemis , marchez et suivez-moi ; » Ne perdez point de vue au fort de la tempête , » Ce panache éclatant qui flotte sur ma tête ; ï$0

» Vous le verrez toujours au chemin de l'honneur. >> A ces mots , que ce Roi prononçait en vainqueur, Il voit d'un feu nouveau ses troupes enflammées ; Et marche en invoquant le grand Dieu des armées.

Sur les pas de deux chefs alors en même tems ^5 On voit des deux partis voler les combattans, - — - __««.

Vers i5o. On a taché de rendre en vers les propres paroles que dit Henri IV7 a la bataille d'Ivri : Ralliez • vous à mon panache blanc , vous le trouverez toujours au chemin de l'honneur et de la gloù'C.

x62 LA HENRIADE,

Ainsi , lorsque des monts séparés par Alcide , Les Aquilons fougueux fondent d'un vol rapide, Soudain les flots émus des deux profondes mers ,

'6o D'un choc impétueux s'élancent dans les airs ;

La terre au loin gémit , le jour fuit , le ciel gronde j Et l'Africain tremblant craint la chute du monde.

Au mousquet réuni le sanglant coutelas , Déjà de tous côtés porte un double trépas :

i<55 Cette arme que jadis pour dépeupler la terre , Dans Bayonne inventa le démon de la guerre , Rassemble en même-tems , digne fruit de l'enfer , Ce qu'ont de plus terrible et la flamme et le fer. On se mêle , on combat ; l'adresse , le courage ,

>7° Le tumulte , les cris , la peur , l'aveugle rage, La honte de céder , l'ardente soif du sang , Le désespoir , la mort , passent de rang en rang. L'un poursuit un parent dans le parti contraire ; Là, le frère en fuyant meurt de la main d'un frère.

iy5 La nature en frémit , et ce rivage affreux S'abreuvait à regret de leur sang malheureux. Dans d'épaisses forêts de lances hérissées , De bataillons sangians , de troupes renversées , Henri pousse , s'avance et se fait un chemin.

1S0 J,e grand Mornay le suit, toujours calme et serein.

Vers 16G. La bayonnette au bout du fusil ne fut en usage que long-tems après. Le nom de Bayonnette vient de Bayonne , où l'on fit les premières Baïonnettes.

Vers 180. Du Plessis Mqrnay eut deux chevaux tués sous lui à cette bataille. Il avait effectivement dans l'actioa le saag froid dont oa le loue ici.

CHANT HUITIEME. i63

II veille autour de lui tel qu'un puissant génie :

Tel qu'on feignait jadis aux champs de la Phrygie

De la terre et des cieux les moteurs éternels ,

Mêlés dans les combats sous l'habit des mortels ;

Ou tel que du vrai Dieu les ministres terribles , iS5

Ces puissances des cieux , ces êtres impassibles ,

Environnés des vents , des foudres , des éclairs ,

D'un front inaltérable ébranlent l'univers.

Il reçoit de Henri tous ces ordres rapides ,

De lame d'un héros mouvemens intrépides , iço

Qui changent le combat , qui fixent le destin ;

Aux chefs des légions il le porte soudain j

L'Officier les reçoit ; sa troupe impatiente

Règle au son de sa voix sa rage obéissante.

On s'écarte, on s'unit, on marche en divers corps, "«95

Un esprit seul préside à ces vastes ressorts.

Mornay revole au Prince , il le suit, il l'escorte ,

Il pare en lui parlant plus d'un coup qu'on lui porte:

Mais il ne permet pas à ses stoiques mains

De se souiller du sang des malheureux humains. 200

De son roi seulement son ame est occupée :

Pour sa défense seule il a tiré l'épte ,

Vers 181. Il y avait dans l'édition de 1727 , et les autres:

*< Il veille autour de lui , tel qu'un puissant génie : » Voyez-vous , lui dit-il, cet escadron qui plie; » Ici , près de ce bois , Mayenne est arrêté , y D'Aumale vient à nous ; marchons de ce cote' : » Ainsi , dans la mêlée , il assiste , il escurte. » Les vers de la présente édition sont bien supérieurs,

i64 LA HENRIADE,

Et son rare courage , ennemi des combats , Sait affronter la mort et ne la donne pas.

ft°5 De Turenne déjà la valeur indomptée

Repoussait de Nemours la troupe épouvantée. D'Aiily portait par-tout la crainte et le trépas, D'Aiily tout orgueilleux de trente ans de combats r Et qui, dans les horreurs de la guerre cruelle ,

aT0 Reprend malgré son âge une force nouvelle. Un seul guerrier s'oppose à ses Coups menaçans j C'est un jeune héros à la fleur de ses ans , Qui dans cette journée illustre et meurtrière , Commençait des combats la fatale carrière :

2i5D'un tendre Hymen à peine il goûtait les appas > Favori des Amours , il sortait de leurs bras ; Honteux de n:étre encor fameux que par ses charmes* Avide de la gloire , il volait aux alarmes. Ce jour, sa jeune épouse en accusant le ciel ,

a2o Fn détestant la Ligue et ce combat mortel,

Arma son tendre amant , et d'une main tremblante. Attacha tristement sa cuirasse pesante , Et couvrit, en pleurant, d'un casque précieux, Ce front si plein de grâce et si cher à ses yeux,

2^5 11 marche vers d'Aiily dans sa fureur guerrière. Parmi des tourbillons de flamme , de poussière , A travers les blessés , les morts et les mourans; De leurs coursiers fougueux tous deux pressent les flancs ; Tous deux sur l'herbe unie , et de sang colorée ,

a30 S'élancent , loin des rangs , d'une course assurée ,

Vers 206. Cet épisode est bien moins orné et ruoias touchant dans les premières éditions.

Sanglans , couverts de fer , et la lance à la main , D'un choc épouvantable , ils se frappent soudain. La terre en retentit , leurs lances sont rompues ; Comme en un ciel brûlant deux effroyables nues, Qui portant le tonnerre et la mort dans leurs flancs , 255 Se heurtent dans les airs , et volent sur les vents: De leur mélange affreux les éclairs rejaillissent ; La foudre en est formée , et les mortels frémissent. Mais loin de leurs coursiers , par un subit effort , Ces guerriers malheureux cherchent une autre mort. a4? Déjà brille en leur main le fatal cimeterre. La Discorde accourut ; le démon de la guerre , La mort pâle et sanglante étaient à ses côtés : Malheureux, suspendez vos coups précipités 9 Mais un destin funeste enflamme leur courage , 245 Dans le cœur l'un de l'autre ilscherchent un passage, Dans ce cœur ennemi qu'ils ne connaissent pas ; Le fer qui les couvrait , brille et vole en éclats , Sous leurs coups redoublés leur cuirasse étincelle, Leur sang qui rejaillit rougit leur main cruelle ; 200 Leur bouclier, leur casque , arrêtant leur effort , Pare encor quelques coups , et repousse la mort. Chacun d'eux étonné de tant de résistance , Respectait son rival , admirait sa vaillance. Enfin le vieux d'Ailly, par un coup malheureux , 25Û Fait tomber à ses pieds ce guerrier généreux. Ses yeux sont pour jamais fermés à la lumière ; Son casque auprès de lui roule sur la poussière. D'Ailly voit son visage , ô désespoir ! ô cris ! Il le voit , il l'embrasse : hélas ! c'était son fils. 26a

i6S LA HENRI A DE,

Ce père infortuné , les yeux baignés de larmes , Tournait contre son sein ses parricides armes ; On l'arrête , on s'oppose à sa juste fureur , Il s'arrache en tremblant de ce lieu plein d'horreur.

265 11 déteste à jamais sa coupable victoire ,

Il renonce à la cour , aux humains , à la gloire , Et se fuyant lui-même au milieu des déserts , Il va cacher sa peine au bout de l'univers. Là , soit que le Soleil rendît le jour au monde ,

>7oSoit qu'il finît sa course au vaste sein de l'onde , Sa voix faisait redire aux échos attendris , Le nom, le triste nom de son malheureux fils. Du héros expirant , la jeune et tendre amante , Par la terreur conduite , incertaine , tremblante,

a-5 Vient d'un pied chancelant sur ces funestes bords : Elle cherche , elle voit dans la foule des morts.... Elle voit son époux , elle tombe éperdue , Le voile de la mort se répand sur sa vue. Est-ce toi , cher amant ! Ces mots interrompus ,

580 Ces cris demi-formés ne sont point entendus ; Elle r'ouvre les yeux , sa bouche presse encore Par ses derniers baisers la bouche qu'elle adore ; Elle tient dans ses bras ce corps pâle et sanglant , Le regarde , soupire , et meurt en l'embrassant.

285 Père , époux malheureux , famille déplorable , Des fureurs de ces tems exemple lamentable , Puisse de ce combat le souvenir affreux Exciter la pitié de nos derniers neveux , Arracher à leurs yeux des armes salutaires ;

390 Et qu'ils n'imitent point les crimes de leurs pères

CHANT HUITIEME, rfy

Mais qui fait fuir ainsi ces Ligueurs dispersé* l Quel héros, ou quel Dieu les a tous renversés l C'est le jeune Biron, c'est lui dont le courage Parmi leurs bataillons s'était fait un pacage. D'Aumale les voit fuir , et bouillant de courroux , 29$ Arrêtez , revenez... Lâches , où courez-vous l Vous fuir l vous , compagnons de M avenue et de Guise ? Vous qui devez venger Paris , Rome et l'Eglise l Suivez-moi , rappelez votre antique vertu , Combattez sous d'Aumale , et vous avez vaincu. 3oo Aussitôt secouru de Beauveau , de Fosseuse , Du farouche Saint-Paul , et même de Joyeuse , Il rassemble avec eux ces bataillons épars , Qu'il anime en marchant du feu de ses regards. La fortune avec lui revient d'un pas rapide ; 3o5

Biron soutient en vain , d'un courage intrépide , Le cours précipité de ce fougueux torrent ; Il voit à ses côtés Parabere expirant ; Dans la foule des morts il voit tomber Feuquiere ; Nesle, Clermont, d'Angenne ont mordu la poussière : 3to Percé de coups lui-même , il est près de périr... C'était ainsi , Biron , que tu devais mourir ! *— — — — —

Vers 5og. L'édition de 1727 porte ce qui suit:

« Que vois-je ! c'est ton roi qui vole à ton secours ,

» Il sait L'affreux danger qui nienace tes jours :

» Il le sait, il y vole , il laisse la poursuite

» De ceux qui devant lui précipitaient leur fuite.

» Il arrive , il parait connue un Dieu menaçant :

» D'Aumale, a son aspect, recule en frémissant :

y> Tout tremble devant lui, tout a'ccavte, tout ^lie. >r

rSS LA HENRI ADE,

Un trépas si fameux , une chute si belle , Rendait de ta vertu la mémoire immortelle.

5i5 Le généreux Bourbon sut bientôt le danger Où Biron trop ardent venait de s'engager. Il l'aimait , non en roi , non en maître sévère , Qui souffre qu'on aspire à l'honneur de lui plaire , Et de qui le cœur dur et l'inflexible orgueil 320 Croit le sang d'un sujet trop payé d'un coup d'oeil. Henri , de l'amitié sentit les nobles flammes : Amitié, don du ciel , plaisir des grandes âmes! Amitié , que les rois, ces illustres ingrats , Sont assez malheureux pour ne connaître pas ! 5a5Il court le secourir; ce beau feu qui le guide , Rend son bras plus puissant , et son vol plus rapide. Biron , qu'environnaient les ombres de la mort , A l'aspect "de son Roi fait un dernier effort ; Il rappelle à sa voix les restes de sa vie , 330 Sous les coups de Bourbon , tout s'écarte , tout plie. Ton Roi , jeune Biron , t'arrache à ces soldats , Dont les coups redoublés achevaient ton trépas. Tu vis j songe du moins à lui rester fidèle.

Un bruit affreux s'entend. La Discorde cruelb 335 Aux vertus du Héros opposant ses fureurs , D une rage nouvelle embrase les Ligueur?.

Vers ùji. Le Duc de Bi.ion tY.t blessé a IvrAi niais

ce fut au combat de Fontaine-Française , que Uanri-Je-

Graud lui sauva la vie. Ou a transporté à la batailled'Jvii

cet événenjent, jui n'étant poiat on fait principal , peut

aent être déplacé, .

Lue

Elle vole à leur tête , et sa bouche fatale ,

Fait retentir au loin sa trompette infernale.

Par ses sons trop connus , d'Aumale est excité ;

Aussi prompt que le trait dans les airs emporté , 34o

Il cherchait le Héros , sur lui seul il s'élance j

Des Ligueurs en tumulte une foule s'avance.

Tels au fond des forêts précipitant leurs pas ,

Ces animaux hardis , nourris pour les combats ,

Fiers esclaves de l'homme, et nés pour le carnage , 545

Pressent un sanglier , en raniment la rage ;

Ignorant le danger , aveuglés , furieux ,

Le cor excite au loin leur instinct belliqueux ;

Les antres , les rochers , les monts en retentissent.

Ainsi contre Bourbon mille ennemis s'unissent ; 35o

Il est seul contre tous , abandonné du sort ,

Accablé par le nombre , entouré de la mort.

Louis , du haut des cieux , dans ce danger terrible ,

Donne au Héros qu'il aime une force invincible ;

Il est comme un rocher qui menaçant les airs , 355

Rompt la course des vents et repousse les mers.

Qui pourrait exprimer le sang et le carnage

Dont l'Eure en ce moment vit couvrir son rivage?

Vers 353. Voici les vers qui se trouvent à la suite de celui-ci dans l'édition de 1726 :

» Egmont , courtisan lâche et soldat téméraire , » Esclave du tyran qui lit périr son père; » Malheureux , il osait , sur un bord étranger , » Chercher dans les combats la doire et le dau-er ;

i7o LA HENRIADE,

0 vous , mânes sanglans du plus vaillant des rois ,' Z6o Eclairez mon esprit et parlez par ma voix ! Il voit voler sur lui sa noblesse ridelle , Elle meurt pour son Roi , son Roi combat pour elle. L'effroi le devançait , la mort suivait ses coups , Quand le fougueux Egmont s'offrit à son courroux.

565 Long-tems cet étranger , trompé par son courage , Avait cherché le Roi dans l'horreur du carnage : Dût sa témérité le conduire au cercueil , L'honneur de le combattre irritait son orgueil. Viens , Bourbon , criait -il, viens augmenter ta gloire:

3/° Combattons , c'est à nous de fixer la victoire. Comme il disait ces mots , un lumineux éclair , Messager des Destins , fend les plaines de l'air. L'arbitre des combats fait gronder son tonnerre , Le soldat, sous ses pieds, sentit trembler la terre.

S'^D'Egmont croit que les cieuxlui doivent leur appui, Qu'ils défendent sa cause , et combattent pour lui t Que la nature entière , attentive à sa gloire , Par la voix du tonnerre annonçait sa victoire. D'Egmont joint le Héros , il l'atteint vers le flanc ;

23o II triomphait déjà d'avoir versé son sang.

Le Roi , qu'il a blessé , voit son péril sans trouble ; Ainsi que le danger , son audace redouble :

» Et de ses fers honteux che'rissant l'infamie; » Il n'osait point venger son père et sa patrie. » Il parut , le Héros le fit tomber soudain, r Le fer etincelant , etc, »

Son grand cœur s'applaudit d'avoir, au champ d'honneur ,

Trouvé des ennemis dignes de sa valeur.

Loin de le retarder, sa blessure l'irrite, 355

Sur ce fier ennemi Bourbon se précipite :

D'Egmont d'un coup plus sûr est renversé soudain ,

Le fer étincelant se plongea dans son sein.

Sous leurs pieds teints de sang les chevaux le foulèrent,

Des ombres du trépas ses yeux s'enveloppèrent ; ~^0

Et son ame en courroux s'envola chez les morts ,

Où l'aspect de son père excita ses remords,

Vers 587. Il y avait dans la première édition, et dans celle d'Evreux :

« Sur son corps tout sanglant , le Roi sans résistance , » Tel qu'un foudre éclatant , vers Mavenne s'avance : » Il l'attaque , il l'étonné , il le presse , et son bras » A chaque instant sur lui suspendait le trépas : » Ce bras vaillant, Mayenne, allait trancher ta \îc : » La Ligue en pâlissait, la guerre était finie ; » Mais d'Aumale et Saint-Paul accourent a l'instant ; » On l'entoure , on l'arrache a la morfqui l'attend. » Que vois-je ? au moment même une main inconnue » Frappe le grand Henri d'une atteinte imprévue ; y C'est ainsi qu'autrefois , dans ces tems fabuleux , » Que l'amour du mensonge a rendu trop fameux , » Aux pieds de ces remparts qu'Hector ne put défendre , » Dans ces combats sanglans, aux rives de Scamandre , » On vit plus d'une fois des mortels furieux , » Par un fer sacrilège , oser blesser les Dieux.

Mais c© que l'Auteur y a substitué est incomparablement mieax,

Espagnols tant vantés, troupe jadis si fiere , ^ Sa mort anéantit votre vertu guerrière ; 3£PPour la première fois vous connûtes la peur.

L'étonnement, l'esprit de trouble et de terreur S'empare en ce moment de leur troupe alarmée : Il passe en tous les rangs , il s'étend sur l'armée j Les chefs sont effrayés , les soldats éperdus ; 4°° L'un ne peut commander , l'autre n'obéit plus. * Ils jettent leurs drapeaux , ils courent , se renversent , Poussent des cris affreux, se heurtent , se dispersent. Les uns, sans résistance, à leur vainqueur offerts , ^ Fléchissent les genoux , et demandent des fers. 4°5 D'autres, d'un pas rapide , évitant sa poursuite , Jusqu'aux rives de l'Eure emportés dans leur fuite , Dans les profondes eaux vont se précipiter , Et courent au trépas qu'ils veulent éviter. Les flots couverts de morts interrompent leur course, 4»o Et le fleuve sanglant remonte vers sa source.

Mayenne , en ce tumulte , incapable d'effroi, Affligé , mais tranquille , et makre encor de soi , Voit d'un œil assuré sa fortune cruelle , Et tombant-sous ses coups, songea triompher d'elle.

4*5 D'Aumale , auprès de lui , la fureur dans les yeux , Accusait les Flamans, la fortune et les cieux. Tout est perdu , dit-il , mourons , brave Mayenne. Quittez, lui dit son chef , une fureur si vaine , Vivez pour un parti dont vous êtes l'honneur ,

4^o Vivez pour réparer sa perte et son malheur :

Que vous et Bois-Dauphin , dans ce moment funeste, De nos soldats épars assemble ce qui reste.

CHANT HUITIEME. i73

Suivez-moi, l'un et l'autre, auxremparts de Paris,

De la Ligue en marchant ramassez les débris :

De Coligni vaincu surpassons le courage. 42">

D'Aumale, en l'écoutant , pleure et frémit de rage.

Cet ordre qu'il déteste , il va l'exécuter ,

Semblable au fier lion qu'un Maure a su dompter ,

Qui docile à son maître , à tout autre terrible ,

A la main qu'il connaît soumet sa tête horrible , AZo

Le suit d'un air affreux , le flatte en rugissant ,

Et paraît menacer , même en obéissant.

Mayenne cependant , par une fuite prompte , Dans les murs de Paris allait cacher sa honte.

Kenri , victorieux , voyait de tous côtés Lj3o

Les Ligueurs sans défense implorant ses bontés : Des cieux,en ce moment les voûtes s'entr'ouvrirent , Les mânes des Bourbons dans les airs descendirent. Louis , au milieu d'eux , du haut du firmament , Vint contempler Henri dans ce fameux moment j 4-i° Vint voir comme il saurait user de la victoire , Et s'il achèverait de mériter sa gloire. Ses soldats près de lui , d'un œil plein de courroux, Regardaient ces vaincus échappés à leurs coups : Les captifs , en tremblant, conduits en sa présence , j, j 5 Attendaient leur arrêt dans un profond silence.

Vers 445- Voici ceux qu'on trouve dans l'édition de

«Vivez, s'écria- t-il , peuple né pour me nuire,

» Henri voulait vous vaincre , et non pas vous détruire.

i74 LA HENRIADE,

Le mortel désespoir , la honte , la terreur ,

Dans leurs yeux égarés , avaient peint leur malheur.

Bourbon tourna sur eux des regards pleins de grâce ,

,r0Cù régnaient à la fois la douceur et l'audace. Soyez libres, dit-il , vous pouvez désormais Rester mes ennemis , ou vivre mes sujets. Entre Mayenne et moi reconnaissez un maître : Voyez qui de nous deux a mérité de l'être.

Z55 Esclaves de la Ligue , ou compagnons d'un Roi , Allez gémir sous elle, ou triomphez scus moi. Choisissez. A ces mots d'un Roi couvert de gloire ,. Sur un champ de bataille , au sein de la victoire , On voit en un moment ces captifs éperdus ,

/Ço Ccntens de leur défaite , heureux d'être vaincus. Leurs yeux sont éch'.Tts , le-?rs ç.œnrs n'ont pins de haine Sa valeur les vainquit , sa vertu les enchaîne ; Et s'honorant déjà du nom de ses soldats , Four expier leur crime , ils marchent sur ses pas».

/A- Le tranquille vainqueur a cessé le carnage,

Maître de ces guerriers, il fléchit leur courage.

Ce n'est plus ce lion qui , tout couvert de sang r

Portait avec l'effroi la mort de rang en rang :

C'est un Dieu bienfaisant, qui laissant son tonnerre,

Enchaîne la tempête et console la terre. 47°

v> C'est la seule vertu qui doit nous désarmer,

y Vivez, c'est trop me craindre, apprenez a m 'aimer..

y II dit , et dans l'instant arrêtant leur carnage ,

y Maître de ses soldats , il rlécnit leur courage.

» Ce n'e&t plus ce lien , etc. »

CHANT HUITIEME. i75

Sur ce front menaçant , terrible , ensanglanté ,

La paix a mis les traits de la sérénité.

Ceux à qui la lumière était presque ravie ,

Par ses ordres humains sont rendus à la vie ,

Et sur tous leurs dangers et sur tous leurs besoins, 4-5

Tel qu'un père attentif , il étendait ses soins.

Du vrai , comme du faux , la prompte messagère , Qui s'accroît dans sa course , et d'une aile légère , Plus prompte que le tems , vole au-delà des mers , Passe d'un pôle à l'autre, et remplit l'univers; 43© Ce monstre , composé d'yeux, de bouches, d'oreilles, Qui célèbre des rois la honte ou les merveilles , Qui rassemble sous lui la curiosité , L'espoir , l'effroi , le doute et la crédulité , De sa brillante voix , trompette de la gloire , 4$5

Du Héros de la France annonçait la victoire. Du Tage à l'Eridan le bruit en fut porté , Le Vatican superbe en fut épouvanté.

Le Nord à cette voix tressaillit d'alégresse ; Madrid frémit d'effroi , de honte", de tristesse. #&•

O malheureux Paris ! infidèles Ligueurs ! O citoyens trompés ! et vous , prêtres trompeurs , De quels cris douloureux vos temples retentirent ! De cendre , en ce moment , vos têtes se couvrirent. Hélas ! Mayenne encor vient flatter vos esprits; 4jS Vaincu , mais plein d'espoir , et maître de Paris , Sa politique habile , au fond de sa retraite , Aux Ligueurs incertains déguisait sa défaite. Contre un coup si funeste il veut les rassurer , En cachant sa disgrâce ii croit la réparer. 50#

i7G LA HENRIADE,

Par cents bruits mensongers il ranimait leur zeie. Mais, malgré tant de soins , la vérité cruelle Démentant à ses yeux ses discours imposteurs , Volait de bouche en bouche et glaçait tous les cœurs.

&°5 La Discorde en frémit , et redoublant sa rage : I\"on , je ne verrai point détruire mon ouvrage , Dit-elle, et n'aurai point, dans ces mursmalheureux, Versé tant de poisons , allumé tant de feux , De tant de flots de sang cimenté ma puissance ,

i io Pour laisser à Bourbon l'empire de la France. Tout terrible qu'il est , j'ai l'art de l'affaiblir ; Si je n'ai pu le vaincre , on le peut amollir. N'opposons plus d'efforts â sa valeur suprême; Henri n'aura jamais de vainqueur que lui-même.

GiO C*e*t son cœur qu'il doit craindre, et je veux aujourd'hui L'attaquer, le combattre, et le vaincre par lui. Elle dit ; et soudain des rives de la Seine , Sur un char teint de sang , attelé par la Haine , Dans un nuage épais qui fait pâlir le jour ,

^20 Elle part , elle vole , et va trouver l'Amour.

Fin du Chant huitième.

ARGUMENT

Description du Temple de V Amour. La Discorde implore son pouvoir pour amollir le courage de Henri IV. Ce Héros est retenu quelque tem$ auprès de Madame d'Estree , si célèbre sous le nom de LA belle Gabrielle. Mornay l'arrache à son amour , et le Roi retourne à son armée,

JUR les bords fortunés de l'antique Idalie > Lieux où finit l'Europe et commence l'Asie , S'élève un vieux palais respecté par les tems: La nature en posa les premiers fondemens :

Vers 5. Cette deseiiption du Temple de l'Amour et la peinture de cette passion personnifiée , sont entièrement allégoriques. On a placé eu Chypre le lieu de la scène , comme on a mis à tlovae la demeure de la Politique ; perce que Les peuples de l'île de Chypre ont de tout tems passa pour être abandonnés a i' Amour , de même que la cour de Rome a eu la réputation d'être la cour la plus politique de l'Eiuope.

On ne doit donc point regarder ici l'Amour comme fil, de Vénus et comme un. Dieu de la Fable , mais. Gp»nie «ne passkui représentée avec tous les plaisirs et tous, les désordres qui l'acccmpaguent.

178 LA HENilIADE,

5 El l'artj ornant depuis sa simple architecture „ Par ses travaux hardis surpassa la Nature. Là,tousleschampsvuisins, peuples de myrthes verts, N'ont jamais ressenti l'outrage des hivers. Par-tout on voit mûrir , par-tout on voit éclore

io Et les fruits de Pomone et les présens de Flore j Et la terre n'attend pour donner ses moissons , I\'i les vœux des humains , ni l'ordre des saisons. L'homme y semble goûter dans une paix profonde Tout ce que la Nature, aux premiers jouis du monde

ij De sa main bienfaisante accordait aux humains ; Un éternel repos , des jours purs et sereins , Les douceurs , les plaisirs que promet l'abondance , Les biens du premier âge, hors la seule innocence. On entend pour tout bruit des concerts enchanteurs,

so Dont la molle harmonie inspire les langueurs , Les voix de mille amans, les chants de leurs maîtresses, Qui célèbrent leur honte , et vantent leurs faiblesses,.

Vers iT. Au lieu des Viuit vers qui sont ici , on trouve les suivans dans l'édition de îy^S.

« Dans ces climats charmans habite l'Indolence ; » Les peuples paresseux, séduits par l'abondance, y, fVont jamais exercé , par d'utiles travaux , y, Leurs corps appesantis qu'énerve le repos; >î Dans un loisir profond, aux soîqs inaccessible , » La mollesse entrefient un silence paisible: * Seulement quelquefois on entend dans les airs » Les son* l BÉminés des plus tendres concerts.,, » Les voix de mille amans , etc. »

ttJ

CHANT NEUVIEME. i79

Chaque jour on les voit , le front paré de fleurs , De leur aimable maître implorer les faveurs ; Et dans l'art dangereux de plaire et de séduire r Dans son temple à l'envi s'empresser de s'instruire. La flatteuse Espérance au front toujours serein, A l'autel de l'Amour les conduit par la main. Près du temple sacré les Grâces demi-nues, Accordent à leurs voix leurs danses ingénues. g0

La molle Volupté , sur un lit de gazons , Satisfaite et tranquille , écoute leurs chansons. On voit à ses côtés le Mystère en silence , Le Sourire enchanteur , les Soins, la Complaisance , Les Plaisirs amoureux et les tendres Désirs , yr

Plus doux , plus séduisans encor que les Plaisirs.

De ce temple fameux telle est l'aimable entrée $ Mais lorsqu'en avançant sous la voûte sacrée , On porte au sanctuaire un pas audacieux , Quel spectacle funeste épouvante les yeux ! /(*>•

Ce n'est plus des Plaisirs la troupe aimable et tendre j Leurs concerts amoureux ne s'y font plus entendre : Les Plaintes , les Dégoûts , l'Imprudence , la Peur Font de ce beau séjour un séjour plein d'horreur. La sombre Jalousie , au teint pâle et livide, 45

Suit d'un pied chancelant le Soupçon qui la guide : La Haine et le Courroux , répandant leur venin, Marchent devant ses pas , un poignard à la main. La Malice les voit, et d'un souris perfide Applaudit en passant à leur troupe homicide. Le Repentir les suit , détestant leurs fureurs , Et baisse , en soupirant, ses veux mouillés de pleurs

i8o LA II EN RI A DE,

G'est-Ii , c'est au milieu de cette cour affreuse, Des plaisirs des humains compagne malheureuse ,

55 Que l'Amour a choisi son séjour éternel. Ce dangereux enfant , si tendre et si cruel y Forte en sa faible main les destins de la terre , Dunne avec un souris ou la paix ou la guerre , Et répandant par-tout ses trompeuses douceurs ,

■Ço Anime l'univers , et vit dans tous les cœurs.

Sur un trône éclatant, contemplant ses conquêtes r Il foulait à ses pieis Les plus superbes têtes , Fier de ses cruautés plus que de ses bienfaits , Il semblait s'applaudir des maux qu'il avait faits..

C5 La Discorde soudain , conduite par Ta R3ge, Ecarte les Plaisirs , s'ouvre un libre passage , Secouant dans ses mains ses flambeaux allumés , Le front couvert de sang et les yeux enflammés : Mon frère , lui dit-elle, où sont tes traits terribles t

7° Pour qui réserves-tu tes flèches invincibles ? Ah ! si de la Discorde allumant le tison , Jamais à tes fureurs tu mêlas mon poison , Si tant de fois pour toi j'ai troublé la nature , Viens , vole sur mes pas , viens venger mon injure;

*j5 Un Roi victorieux écrase mes serpens ,

Ses maiiis joignent l'olive aux lauriers triomphons.

Vers 56. Voici comme l'édition de 1723 a mi» ces deux terS:

« Sans cesse armé de traits pins prompts que le tonnerrie 7 » Porte en sa faible main les destins de la terre. »

CHANT NEUVIEME. iSr

La Clémence avec lui marchant d'un pas tranquille, Au sein tumultueux de la guerre civile , Va sous ses étendards flottans de tous côtés , Réunir tous les cœurs par moi seule écartés. Encore une victoire , et mon trône est en poudre , Aux remparts de Paris Henri porte la foudre. Ce Héros va combattre, et vaincre et pardonner; De cent chaînes d'airain son bras va m'enchaîner. C'est à toi d'arrêter ce torrent clans sa course. 85

Va de tant de hauts faits empoisonner la source. Que sous ton joug , Amour , il gémisse abattu j Va dompter son courage au sein de la vertu. C'est toi y tu t'en souviens , toi dont la main fatale, Fit tomber, sans effort, Hercule auxpieds d'Omphale. 9° Ne vit-on pas Antoine amolli dans tes fers , Abandonnant pour toi les soins de l'univers , Fuyant devant Auguste , et te suivant sur l'onde , Préférer Cléopatre à l'empire du monde .7 Henri te reste à vaincre après tant de guerriers : 95

Dans ses superbes mains va flétrir ses lauriers , Va du myrthe amoureux ceindre sa tête altiere ; Endors entre tes bras son audace guerrière. A mon trône ébranlé cours servir de soutien ; Viens> macause est la tienne, et ton règne estlemien. 100

Ainsi parlait ce monstre , et la voûte tremblante Répétait les accens de sa voix effrayante. L'Amour qui l'écoutaît , couché parmi àes fleurs , D'un souris fier et doux répond à ses fureurs. Il s'arme cependant de ses flèches dorées ; joS

Il fend des vastes cieux les voûtes azurées ^

iB2 LA HENRI A DE,

Et précédé des Jeux , des Grâces , des Plaisirs , Il vole aux champs Français sur l'aile des Zéphirs. Dans sa course , d'abord , il découvre avec joie

ïl0Le faible Xi mois, et les champs où fut Troie. Il rit en contemplant , dans ces lieux renommés t La cendre des palais par ses mains consumés. Il aperçoit de loin ces murs bâtis sur l'onde , Ces remparts orgueilleux, ce prodige du monde 7

ii5 Venise , dont Neptune admire le destin ,

Et qui commande aux flots renfermés dans son sein»

Il descend , il s'arrête aux champs de la Sicile , Où lui-même inspira Théocrite et Virgile , Où l'on dit qu'autrefois , par des chemins nouveaux r

120 De l'amoureux Alphée il conduisit les eaux.

Bientôt , quittant les bords de l'aimable Aréthuse , Dans les champs de Provence il vole vers Vaucluse , Asyleencor plus doux, lieuxoùdanssesbeauxjours r Pétrarque soupira ses vers et ses amours.

J25 II voit Jes murs d'Anet bâtis aux bords de l'Eure , Lui-même en ordonna la superbe structure-

Vers no. L'édition de 1725 met ainsi ce vers :

«< La campagne où jadis on vit les murs de Troie.»

Vers 122. Vaucluse, Vàlisclausa , près de Gordes , ea Provence , célèbre par le séjour que fit Pétrarque dansses enviions. L'on voit même encore près de sa source une maison qu'on appelle la maison de Pétrarque.

Vers 125. A>'et fut bâti par Henri II , pour Diane de Poitiers, dont les chiffre* sont mêles dans tous les ornemens de ce château , lequel n'est pas loin de la plaine d'Lvri,

CHANT NEUVIEME. i83

Far ces adroites mains arec art enlacés ,

Les chiffres de Diane y sont encor tracés.

Sur sa tombe en passant les Plaisirs et les Grâces

Répandirent les fleurs qui naissaient sur leurs traces. 1I0

Aux campagnes d'Ivri l'Amour arrive enfin. Le Roi, près d'en partir pour un plus grand dessein , Mêlant à ses plaisirs l'image de la guerre , Laissait pour un moment reposer son tonnerre ; Mille jeunes guerriers à travers les guerêts , 153.

Poursuivaient avec lui les hôtes des forêts. L'Amour sent à sa vue une joie inhumaine ,. Il aiguise ses traits , il prépare sa chaîne , Il agite les airs que lui-même a calmés ; 11 parle , on voit soudain les élémens armés. i/je

D'un bout du monde à l'autre appelant les orages , Sa voix commande aux vents d'assembler les nuages, De verser ces torrens suspendus dans les-airs , Et d'apporter la nuit, la foudre et les éclairs. Déjà les aquilons , à ses ordres fidèles , 145

Dans les cieux obscurcis ont déployé leurs ailes ; La plus affreuse nuit succède au plus beau jour ; La Nature en gémit , et reconnaît l'Amour.

Dans les sillons fangeux de la campagne humide, Le Roi marche incertain, sans escorte et sans guide: ^c L'Amour en ce moment allumant son flambeau , Fait briller devant lui ce prodige nouveau. Abandonné des siens , le Roi , dans ces bois sombres, Suit cet astre ennemi, brillant parmi les ombres ; Comme on voit quelquefois les voyageurs troublés j5£ Suivre ces feux ardens de la terre exhalés,

Ces feux, dont la vapeur maligne et passagère Conduit au précipice à l'instant qu'elle éclaire.

Depuis peu la Fortune , en ces tristes climats , lGo D'une illustre mortelle avait conduit les pas.

Dans le fond d'un château , tranquille et solitaire , Loin du bruit des combats elle attendait son père, Qui hdele à ses rois , vieilli dans les hasards , Avait du grand Henri suivi les étendards. i65 D'Estrée était son nom; la main de la Nature De ses aimables dons la combla sans mesure. Telle ne brillait point aux bords de l'Eurotas , La coupable beauté qui trahit Ménélas j

Vers i65. Gaerielle d'Estrée , d'une ancienne Maison de Picardie , fille et petite-fille d'un Grand- .Maître de l'Artillerie , mariée au Seigneur de Liancomt , et depuis Duchesse de Beaufort , etc.

Henri IV en devint amoureux pendant les guerres civiles ; il se dérobait quelquefois pour l'aller voir. Un jour même il se déguisa en paysan , passa au travers des gardes ennemies , et arriva chez elle , non sans courir risque d'être pris.

On peut voir ces de'taits dans l'liistcire des amours du grand Alcaodre, écrite par une Princesse de Conti.

Vers ïG;. L'édition de 17-2S met ainsi ces deux ver» .

♦x Jamais rien de plus beau ne parut sous les cieux >, y £»t seule elle ignorait le pouvoir «le fie» yeux. »

CHANT NEUVIEME. i85

Moinstouchanteetmoinsbelle,à Tarse on vit paraître Celle qui des Romains avait dompté le maître , 170

Lorsque les habitans des rives du Cidnus , L'encensoir à la main , la prirent pour Vénus. Elle entrait dans cet âge , hélas ! trop redoutable , Qui rend des passions le joug inévitable. Son cœur né pour aimer, mais fier et généreux, 175 D'aucun amant encor n'avait reçu les vœux; Semblable en. son printems à la rose nouvelle , Qui renferme en naissant sa beauté naturelle, Cache aux vents amoureux les trésors de son sein , Et s'ouvre aux doux rayons d'un jour pur et serein. iQq

L'Amour, qui, cependant, s'apprête à la surprendre, Sous un nom supposé vient près d'elle se rendre : Il paraît sans flambeau , sans flèches , sans carquois j Il prend d'un simple enfant la figure et la voix.

Vers 170. Cléopatre allant a Tarse, où Antoine l'avait mandée, fit ce voyage sur un vaisseau brillant d'or. et orné des plus belles peintures ; les voiies étaient do pourpre , les cordages d'or et de soie; Cléopatre était habillée comme on représentait alors la Déesse Vénus , ses femmes représentaient les Nymphes et les Grâces ; la poupe et la proue étaient remplies des pins beaux, enfans ' déguisés en Amours. Elle avançait dans cet équipage sur le fleuve Cidnus , au son de mille instrumens de musique. Tout le peuple de Tarse la prit pour la Déesse. On quitta le tribunal d'Antoine pour courir au-devant d'elle. Ce Romain lui-même alla la recevoir , et en devint éperduecient amoureux. Piutarque.

186 LAHEN R I A DE,

:S5 On a vu , lui dit-il , sur la rive prochaine , S'avancer vers ces lieux le vainquer de Mayenne. Il glissait dans son cœur , en lui disant ces mots , Un désir inconnu de plaire à ce Héros. Son teint fut animé d'une grâce nouvelle.

190 L'Amour s'applaudissait en la voyant si belle ; Que n'espérait-il point , aidé de tant d'appas ; Au-devant du Monarque il conduisit ses pas. L'art simple dont lui-même a formé sa parure , Paraît aux yeux séduits l'effet de la Nature :

!ÎP L'or de ses blonds cheveux, qui flotte au gré des vents, Tantôt couvre sa gorge et ses trésors naissans ; Tantôt expose aux yeux leur charme inexprimable- Sa modestie encor la rendait plus aimable : Non pas cette farouche et triste austérité ,

aoo Qui fait fuir les Amours et même la beauté ; Mais cette pudeur douce ,- innocente , enfantine , Qui colore le front d'une rougeur divine , Inspire le respect , enflamme les' désirs , Et de qui la peut vaincre augmente les plaisirs.

2û5 Ilfdit plus , ( à l'Amour tout miracle est possible , ) Il enchante ces lieux par un charme invincible.

Vers 191. Voici ce que met l'édition de 1713 , au lieu d*

ce ver»: et de quelques suivans : •

« Au-devant du Monarque il conduisit ses pas. y Armé de tous ses traits, présent à l'entrevue , >» Il allume en leur ame une crainte inconnue , y Leur inspire ce troubla et cese'motions , » Que forment, en naissant , les grandes passions.);

Des myrtes enlacés , que d'un prodigue sein

La terre obéissante a fait naître soudain ,

Dans les lieux d'alentour étendent leur feuillage.

A peine a-r-on passé sous leur fatal ombrage , aïo

Par des liens secrets on se sent arrêter ;

On s'y plaît , on s'y trouble , on ne peut les quitter.

On voit fuir sous cette ombre une onde enchanteresse:

tes amans fortunés, pleins d'une douce ivresse ,

Y boivent à long traits l'oubli de leur devoir. at5

L'Amour en tous ces lieux fait sentir son pouvoir.

Tout y paraît changé , tous les cœurs y soupirent.

Tous sont empoisonnés du charme qu'ils respirent.

Tout y parle d'amour. Les oiseaux dans les champs

Redoublent leurs baisers , leurs caresses , leurs chants. aa0

Le moissonneur ardent , qui court avant l'aurore

Couper les blonds épis que l'été fait éclore ,

S'arrête , s'inquiète et pousse des soupirs :

Son cœur est étonné de ses nouveaux désirs.

Il demeure enchanté dans ces belles retraites , 2a5

Et laisse , en soupirant , ses moissons imparfaites.

Près de lui , la bergère oubliant ses troupeaux ,

De sa tremblante main sent tomber ses fuseaux.

Contre un pouvoir si grand qu'eût pu faire d'Estrée?

Par un charme indomptable elle était attirée. 23o

Elle avait à combattre , en ce funeste jour ,

Sa jeunesse , son cœur, un Héros et l'Amour.

Quelque tems de Henri la valeur immortelle Vers ses drapeaux vainqueurs en secret le rappelle, Une invisible main le retient malgré lui. 335

Dans sa vertu première il cherche un vain appui.

i88 LA HENRIADE,

Sa vertu l'abandonne, et son ame enivrée

N'aime , ne voit, n'entend, ne connaît que d'Estrée.

Loin de lui , cependant, tous ces chefs étonnés ,

24o Se demandent leur Prince , et restent consternés. Ils tremblaient pour ses jours : hélas ! qui l'eut pu croire , Qu'on eût dans ce moment dû craindrepour sa gloire ? On le cherchait en vain ; ses soldats abattus , Ne marchant plus sous lui, semblaient déjà vaincus..

i.\S Mais le Génie heureux qui préside à la France , Ne souffrit pas long-tems sa dangereuse absence. 11 descendit des cieux à la voix de Louis , Et vint d'un vol rapide au secours de son fils. Quand il fut descendu vers ce triste hémisphère ,

5o Pour y trouver un sage il regarda la terre.

il rie le chercha point dans ces lieux révérés , A l'étude , au silence , au jeûne consacrés. Il alla dans Ivri. Là , parmi la licence, Où du soldat vainqueur s'emporte l'insolence ,

a55 L'Ange heureux des Français fixa son vol divin , Au milieu des drapeaux des enfans de Calvin.

Vers a38. Après ce vers, voici ce qu'où lit dans l'édition de 172J :

« C'est alors que l'on vit, dans les bras du repos , » Les folâtres Plaisirs désarmer ce Héros , y L'on tenait sa cuirasse, encor de sang trempée, » L'autre avait détaché sa redoutable épée , » Et riait, en voyant dans ses débiles mains , >> Ce fer , l'appui du trône et l'effroi des humains. y Tandis que de l'amour Henri goûtait Les charmes, » Son absence en son camp répandait les alarmes, y Et ses chefs étonnés , ses soldats abattus, etc. »

Il s'adresse à Mornay ; c'était pour nous instruire Que souvent la raison suffit à nous conduire j Ainsi qu'elle guida , chez des peuples payens , Marc-Aurele ou Platon , la honte des chrétiens. a6o

Non moins prudent ami , que philosophe austère , Mornay sur l'art discret de reprendre et de plaire : Son exemple instruisait bien mieux que ses discours, Les solides vertus furent ses seuls amours -t Avide de travaux, insensible aux délices , 265

Il marchait d'un pas ferme au bord des précipices. Jamais l'air de la cour, et son souffle infecté N'altéra de son cœur l'austère pureté.

Belle Aréthuse , ainsi ton onde fortunée Roule au sein furieux d'Amphitrite étonnée; 270

Un crystal toujours pur et des flots toujours clairs , Que jamais ne corrompt l'amertume des mers. Le généreux Mornay, conduit par la sagesse, Part et vole en ces lieux où la douce mollesse Retenait dans ses bras le vainqueur des humains , 275 Et de la France en lui maîtrisait les destins. L'Amour à chaque instant redoublant sa victoire , Le rendait plus heureux, pour mieux flétrir sa gloire, Les plaisirs qui souvent ont des termes si courts , Partageaient, ses momens et remplissaient ses jours. as0

L'Amour au milieu d'eux découvre avec colère, A côté de Mornay la Sagesse sévère • 11 veut sur ce guerrier lancer un trait vengeur , Il croit charmer ses sens , il croit blesser son coeur ; Mais Mornay méprisait sa colère et ses charmes , 2g5 Tous ses traits impuissanss'émoussaient sur ses armes.

i9o LA HENRTADE,

Il attend qu'en secret le Roi s'offre à ses yeux ,

Et d'un œil irrité contemple ces beaux lieux. Au fond de ces jardins , au bord d'une onde claire , 290 Sous un myrte amoureux , asyle du mystère ,

D'JËstrée à son amant prodiguait ses appas ;

Il languissait près d'elle , il brûlait dans ses bras.

De leurs doux entretiens rien n'altérait les charmes ;

Leurs yeux étaient remplis de ces heureuses larmes , 2^5 De ces larmes qui font les plaisirs des amans.

Ils sentaient cette ivresse et ces saisissemens ,

Ces transports, ces fureurs , qu'un tendre amour inspire ,

Que lui seul fait goûter , que lui seul peut décrire.

Les folâtres Plaisirs , dans le sein du repos , 3oo Les Amours enfantins désarmaient ce Héros :

L'un tenait sa cuirasse encor de sang trempée,

L'autre avait détaché sa redoutable épée ,

Et riait , en tenant dans ses débiles mains ,

Ce fer , l'appui du trône , et l'effroi des humains. 5o5 La Discorde de loin insulte à sa faiblesse ;

Elle exprime en grondant sa barbare alégresse :

Sa fiere activité ménage ces instans.

Elle court de la Ligue irriter les serpens ;

Et tandis que Bourbon se repose et sommeille, 3 10 De tous ses ennemis la rage se réveille.

Enfin , dans ces jardins , où sa vertu languit ,

Il voit Mornay paraître : il le voit et rougit.

L'un de l'autre en secret ils craignaient la présence.

Le sage, es. l'abordant , garde un morne silence ; 3x5 Mais ce silence même, et ses regards baissés

Se font entendre au Prince et s'expliquent assez.

Sur ce visage austère où régnait la tristesse,

Henri lut aisément sa honte et sa faiblesse.

Rarement de sa faute 011 aime le témoin.

Tout autre eût de Mornay mal reconnu le soin. 3*o

Cher ami , dit le Roi , ne crains point ma colère :

Qui m'apprend mon devoir est trop sûr de me plaire.

Viens, le cœur de ton Prince est digne encor de toi :

Je t'ai vu, c'en est fait, et tu me rends à moi ,

Je reprends ma vertu que l'Amour m'a ravie : 3a5

De ce honteux repos fuyons l'ignominie.

Fuyons ce lieu funeste , où mon cœur mutiné

Aime encor les liens dont il fut enchaîné :

Me vaincre est désormais ma plus belle victoire.

Partons , bravons l'Amour dans les bras de la Gloire, s3o

Et bientôt vers Paris répandant la terreur ,

Dans le sang Espagnol effaçons mon erreur.

A ces mots généreux, Mornay connut son maître ; C'est vous , s'écria-t-il , que je revois paraître j Vous de la France entière auguste défenseur , 355

Vous , vainqueur de vous-même , etroi de votre cœur ; L'Amour à votre gloire ajoute un nouveau lustre : Qui l'ignore est heureux, qui le dompte est illustre.

Vers J20. Ces deux vers sont ainsi dans l'édition de

« Tout autre eût , d'un censeur , haï le front se'vere. y> Cher ami , dit le Roi , tu ne peux nie déplaire ; y> Viens , le cœur de ton Prince , etc. »

Il dit : le Roi s'apprête à partir de ces lieux.

5*|0 Quelle douleur , ô ciel ! attendrit ses adieux ! Plein de l'aimable objet qu'il fuit et qu'il adore , En condamnant ses pleurs il en versait encore. Entraîné parMornay , par l'Amour attiré , Il s'éloigne, il revient , il part désespéré.

3/p II part : en ce moment d'Estrée évanouie

Reste sans mouvement , sans couleur et sans vie. D'une soudaine nuit ses beaux yeux sont couverts , L'Amour qui l'aperçut jette un cri dans les airs : Il s'épouvante , il craint qu'une nuit éternelle

35o N'enlevé à son empire une Nymphe si belle , N'efface pour jamais les charmes de ces yeux, Qui devaient dans la France allumer tant de feux. Il la prend dans ses bras ; et bientôt cette amante Rouvre à sa douce voix sa paupière mourante,

355 Lui nomme son amant , le redemande en vain , Le cherche encor des yeux , et les ferme soudain, L'Amour , baigné des pleurs qu'il répand auprès d'elle , Au jour qu'elle fuyait tendrement la rappelle ; D'un espoir séduisant il lui rend la douceur ,

36o Et soulage les maux dont lui seul est l'auteur. Mornay , toujours sévère et toujours inflexible , Entraînait cependant son maître trop sensible. La Force et la Vertu leur montrent le chemin , La Gloire les conduit les lauriers à la main -3

5G5 Et l'Amour indigné, que le devoir surmonte, Va cacher loin d'Anet sa colère et sa "bonté.

Fin du Chant neuvième.

Chant.

Retour du Roi à son armée: il recommence le siège. Combat singulier du Vicomte de Turenne et du Chevalier d'Aumale. Famine horrible qui désole la Ville. Le Roi nourrit lui mime le» habitans qu'il assiège. Le ciel récompense enfin ses vertus. La Vérité vient V éclairer. Paris lui ouvre ses portes , et la guerre est finie.

V^ES momens dangereux , perdus dans la mollesse , Avaient fait aux vaincus oublier leur faiblesse. A de nouveaux exploits Mayenne est préparé. D'un espoir renaissant lu peuple est enivré.

Vers \. Voici de quelle manière commence i'éditioa de 172:1 :

« Le tems vole , et sa perte est toujours dangereuse , >> Eu vain du grand Bourbon la main victorieuse » Fit dans les champs d'Ivri triompher sa vertu. » Négliger ses lauriers , c'est n'avoir point vaincu. » Ceî jours, ces doux momens perdus dans la mollesse, » Rendaient aux ennemis l'audace et l'alegresse. y Déjà , dans leur asyle , oubliant les malheurs , m Vaincus, chargés d'opproWei , ih parlaient e;-. vainqueur*»

ic4 LA HENRI A DE,

5 Leur espoir les trompait ; Bourbon, que rien n'arrête,

Accourt impatient d'achever sa conquête.

Paris épouvanté revit ses étendarts;

Le Héros reparut aux pieds de ces remparts ,

De ces mêmes remparts où fume encor sa foudre , 10 Et qu'à réduire en cendre il ne put se résoudre ,

Quand l'Ange de la France, appaisant son courroux,

Retint son bras vainqueur , et suspendit ses coups.

Déjà le camp du Roi jette des cris de joie ,

D'un œil d'impatience il dévorait sa proie. i5 Les Ligueurs cependant , d'un juste effroi troublés ,

Près du prudent Mayenne étaient tous assemblés.

Là , d'Aumale, ennemi de tout conseil timide,

Leur tenait fièrement ce langage intrépide :

Nous n'avons point encore appris à nous cacher , 3° L'ennemi vient à nous , c'est-là qu'il faut marcher $

C'est-là qu'il faut porter une fureur heureuse ;

Je connais des Français la fougue impétueuse.

L'ombre de leurs remparts affaiblit leur vertu.

Le Français qu'on attaque est à demi-vaincu. 25 Souvent le désespoir a gagné des batailles :

J'attends tout de nous seuls, etriende nos murailles.

Ke'ros qui m'écoutez , volez aux champs de Mars ;

Peuples qui nous suivez, voschefssont vos remp. ts.

11 se tut à ces mots ; les Ligueurs en silence , **> Semblaient de son audace accuser l'imprudence. 11 en rougit de honte , et dans leurs yeux confus , 31 lut , en frémissant , leur crainte et leur refus. Lh bien ! poursuivit-il , si vous n'osez me suivre , Français , à cet affront je ne veux point survivre.

Vous craignez les dangers ; seul je m'y vais offrir, 55 Et vous apprendre à vaincre , ou du moins à mourir.

De Paris à l'instant il fait ouvrir la porte ; Du peuple qui l'entoure il éloigne l'escorte, Il s'avance : un hérault , ministre des combats, Jusqu'aux tentes du Roi , marche devant ses pas , /{o Et crie à haute voix : Quiconque aime la gloire , Qu'il dispute en ces lieux l'honneur de la victoire. D'Aumale vous attend } ennemis , paraissez.

Tous les chefs, à ces mots, d'un beau zèle poussés, Voulaient contre d'Aumale essayer leur courage , 4^ Tous briguaient près du Roi cet illustre avantage , Tous avaient mérité ce prix de la valeur ; Mais le vaillant Turenne emporta cet honneur. Le Roi mit dans ses mains la gloire de la France. Va , dit-il , d'un superbe abaisser l'insolence. 5o

Combats pour ton pays , pour ton piince et pour toi, Et reçois en partant les armes de ton Roi. Le Héros, à ces mots , lui donne son épée , Votre attente , ô grand Roi , ne sera point trompée, Lui répondit Turenne , embrassant ses genoux : 55 J'en atteste ce fer , et j'en jure par vous. Il dit : le Roi l'embrasse , et Turenne s'élance Vers l'endroit où d'Aumale , avec impatience , Attendait qu'à ses yeux un combattant parût. Le peuple de Paris aux remparts accourut ; So

Les soldats de Henri près de lui se rangèrent j Sur les deux combattans tous les yeux s'attachèrent ;

Chacun dans lun des deux voyant son défenseur , Du geste et de la voix excitait sa valeur.

Go Cependant sur Paris s'élevait un nuage , Oui semblait apporter le tonnerre et l'orage 5 Ses flancs noirs et brûlans, tout-à-coup entr'ouverts, Vomissent dans ces lieux les monstres des enfers , Le Fanatisme affreux , la Discorde farouche ,

70 La sombre Politique , au cœur faux , à l'œil louche , Le démon des combats respirant les fureurs , Dieux enivrés de sang, Dieux dignes des Ligueurs: Aux remparts de la Ville ils fondent , ils s'arrêtent , En faveur de d'Aumale au combat ils s'apprêtent.

75^ oilà qu'au même instant du hautdes cieux ouverts, Ln Ange est descendu sur le trône des airs , Couronné de rayons , nageant dans la lumière , Sur des ailes de feu parcourant sa carrière , Et laissant loin de lui l'occident éclairé

80 Des sillons lumineux dont il est entouré. 11 tenait d'une main cette olive sacrée , Présage consolant d'une paix désirée; Dans l'autre étinceiait ce fer d'un Dieu vengeur , Ce glaive dont s'arma l'Ange exterminateur ,

85 Quand jadis l'Eternel , à la mort dévorante Livra les premiers nés d'une race insolente. A l'aspect de ce glaive , interdits , désarmés , Les monstres infernaux semblent inanimés , La terreur les enchaîne , un pouvoir invincible

q0 Fait tomber tous les traits de leur troupe inflexible : Ainsi de son autel , teint du sang des humains , Tomba ce fier Dagon , ce Dieu des Philistins :

Lorsque du Dieu des Dieux, en son temple apportée, A ses yeux éblouis l'arche fut présentée.

Paris , le Roi , l'armée , et l'enfer et les deux , 9^ Sur ce combat illustre avaient fixé les yeux. Bientôt les deux guerriers entrent dans la carrière; Henri du champ d'honneur leur ouvre la barrière , Leur bras n'est point chargé du poids d'un bouclier, lis ne se cachent point sous ces bustes d'acier; 10o

Des anciens Chevaliers ornement honorable, Eclatant à la vue , aux coups impénétrable ; Ils négligent tous deux cet appareil , qui rend Et le combat plus long , et le danger moins grand. Leur arme est une épée , et sans autre défense , io.> Exposé tout entier , l'un et l'autre s'avance; O Dieu , cria Turenne , arbitre de mon Roi , Descends , juge sa cause , et combats avec moi. Le courage n'est rien sans ta main protectrice , J'attends peu de moi-même, et tout de ta justice, no D'Aumale répondit , j'attends tout de mon bras ; C'est de nous que dépend le destin des combats; En vain l'homme timide implore un Dieu suprême; Tranquille au haut du ciel, il me laisse à moi-même: Le parti le plus juste est celui du vainqueur, u5

Et le Dieu de la guerre est la seule valeur. Il dit , et d'un regard enflammé d'arrogance , 11 voit de son rival la modeste assurance.

Mais la trompette sonne. Ils s'élancent tous deux , Ils commencent enfin ce combat dangereux : iao

Tout ce qu'ont pu jamais la valeur et l'adresse , L'ardeur , la fermeté , la force , la souplesse ,

Parut des deux côtés en ce choc éclatant.

Cent coups étaient portés et parés à l'instant ; 1^5 Tantôt avec fureur l'un d'eux se précipite ;

L'autre , d'un pas léger , se détourne et l'évite.

Tantôt , plus rapprochés ils semblent se saisir ,

Leur péril renaissant donne un affreux plaisir 3

On se plaît à les voir s'observer et se craindre , i3o Avancer, s'arrêter, se mesurer, s'atteindre;

Le fer étincelant , avec art détourné ,

Par de feints mouvemens trompe l'œil étonné.

Telle on voit du soleil la lumière éclatante

Briser ses traits de feu dans l'onde transparente, iSoEt se rompant encor par des chemins divers ,

De ce cristal mouvant repasser dans les airs.

Le spectateur surpris , et ne pouvant le croire ,

Voyait à tout moment leur chute et leur victoire.

D'Aumale est plus ardent , plus fort , plus furieux j ï^o Turenne est plus adroit et moins impétueux.

Maître de tous ses sens , animé sans colère ,

Il fatigue à loisir son terrible adversaire.

D'Aumale en vains efforts épuise sa vigueur ;

Bientôt son bras lassé ne sert plus sa valeur. 145 Turenne, qui l'observe , aperçoit sa faiblesse ;

Il se ranime alors , il le pousse , il le presse. •

Enfin j d'un coup mortel , il lui perce le flanc.

D'Aumale est renversé dans les flots de son sang.

Il tombe , et de l'enfer tous les monstres frémirent; j5o Ces lugubres accens dans les airs s'entendirent :

Vers i52. Tous ces vers n'étaient pas dans les premières éditions.

« De la Ligue à jamais , le trône est renversé : » Tu l'emportes , Bourbon , notre règne est passé. Tout le peuple y répond par un cri lamentable. D'Aumale , sans vigueur , étendu sur le sabie, Menace encor Turenne , et le menace en v; i. i55

Sa redoutable épée échappe de sa main.

11 veut parler , sa voix expire dans sa bcuche ; L'horreur d'être vaincu rend son air plus farouche : 11 se levé , il retombe , il ouvre un œil mourant , Il regarde Paris , et meurt en soupirant. 160

Tu le vis expirer , infortuné Mayenne; Tu le vis , tu frémis , et ta chute prochaine Dans ce moment affreux s'offrit à tes esprits.

Cependant , des soldats , dans les murs de Paris Rapportaient à pas lents le malheureux d'Aumale. ,$5 Ce spectacle sanglant , cette pompe fatale Entre au milieu d'un -peuple , interdit , égaré ; Chacun voit en tremblant ce corps défigure ,

Vers 160. Le Chevalier d'Àumale fut tue' dans ce tems-là à Saint-Denis , et sa mort affaiblit beaucoup le parti de la Ligue. Son duel avec le Vicomte de Turenne n'est qu'une fiction ; mais ces combats singuliers étaient encore à la mode. Il s'en fît un célèbre derrière les Chartreux , entre le sieur de .Marivaux , qui tenait pour les Royalistes , et le sieur Claude de Marottes , qui tenait pour les Ligueurs. Ils se battirent en présence du peuple et de l'armée , le jour même de l'assassinat de Henri III; mai» ce fut Marottes qui fut vainqueur.

2oo LA H E N R I A D E ,

Ce front souillé de sang, cette bouche entr'ouverte , *7° Cette tête panchée , et de poudre couverte ; Ces yeux ou le trépas étale ses horreurs. On n'entend point de cris , on ne voit point de pleurs. La honte , la pitié , l'abattement , la crainte , Etouffent leurs sanglots , et retiennent leurs plaintes ; ï75 Tout se tait , et tout tremble. Un bruit rempli d'horreur Bientôt de ce silence augmenta la terreur. Les cris àes assiégeans jusqu'au ciel s'élevèrent , Les chefs et les soldats près du Roi s'assemblèrent : Ils demandaient l'assaut. Le Roi dans ce moment 180 Modéra son courage et leur emportement. Il sentit qu'il aimait son ingrate patrie , Il voulut la sauver de sa propre furie. Haï de ses sujets , prompt à les épargner, Eux seuls voulaient se perdre , il les voulut gagner. Ï85 Heureux , si sa bonté prévenant leur audace , Forçait ces malheureux à lui demander grâce ! Pouvant les emporter , il les fait investir: Il laisse à leurs fureurs le tems du repentir.

Vers 179. Au lieu Je. ce vers et des cinq qui ie suil eut voici ce que met 1 édition de 1723 :

« Mais , d'un peuple barbare ennemi généreux ,

» Henii retint ses traits déjà tournés sur eux;

y II voulait les sauver de leur propre furie ;

» Haï de ses sujets , il aimait sa patrie ;

» Armé pour les punir, prompt à les épargner, etc. »

Vers 187. Henri IV bloqua Paris, en i5c)0 , avec moins de vinct miiie hommes,

Il crut que sans assauts , sans combats , sans alarmes , La disette et la faim , plus fortes que ses armes , 190 Lui livreraient sans peine un peuple inanimé, Nourri dans l'abondance , au luxe accoutumé , Qui , vaincu par ses maux, souple dans l'indigence , Viendrait à ses genoux implorer sa clémence. Mais le faux zèle , hélas ! qui ne saurait céder , Tq5 Enseigne à tout souffrir , comme à tout hasarder.

Les mutins , qu'épargnait cette main vengeresse , Prenaient d'un Roi clément la vertu pour faiblesse ; Et fiers de ses bontés , oubliant sa valeur , Ils défiaient leur maître , ils bravaient leur vainqueur ;200 Ils osaient insulter à sa vengeance oisive.

Mais lorsqu'enfln les eaux de la Seine captive Cessèrent d'apporter dans ce vaste séjour L'ordinaire tribut des moissons d'alentour j Quand on vit dans Paris la Faim pâle et cruelle , 2û5 Montrant déjà la Mort, qui marchait après elle ; Alors on entendit des hurlemens affreux ; Ce superbe Paris fut plein de malheureux , De qui la main tremblante ,et la voix affaiblie, Demandaient vainement le soutien de leur vie. 210

Vers iq5. « Mais le faux zèle , hélas ! etc. »

Au lieu de ces deux vers , voici ceux que met l'e'dltio» de 1725 :

«< Mai? il ne prévit pas , en cette occasion r » Ce (\\\q pouvaient les Seize et la Rehgipa, »

Bientôt le riche même , après de vains efforts y Eprouva la famine au milieu des trésors , Ce n'était plus ces jeux , ces festins et ces fêtes , Où de myrte et de rose ils couronnaient leurs têtes',

2i5 Ju , parmi des plaisirs toujours trop peu goûtés , L.QS vins les plus parfaits , les mets les plus vantés , Sous des lambris dorés , qu'habite la Mollesse , De leur goût dédaigneux irritaient la paresse. On vit avec effroi tous ces voluptueux ,

a2o Pâles , défigurés et la mort dans les yeux , Périssant de misère au sein de l'opulence , Détester de leurs biens l'inutile abondance. Le vieillard , dont la faim va terminer les jours , Voit son fils au berceau , qui périt sans secours*

225 Ici meurt dans la rage une famille entière.

Plus loin , des malheureux couchés dans la poussière r Se disputaient encore , à leurs derniers momens , Les restes odieux des plus vils alimens. Ces spectres affamés , outrageant la Nature ,

a3o Vont au sein des tombeaux chercher leur nourriture ,

Vers û5o. Ce fut l'Ambassadeur d'Espagne auprès de la Ligue qui donna le conseil de faire du pain avec des os de morts ; conseil qui fut exécuté , et qui ne servit qu'a avancer les jours de plusieurs milliers d'hommes. Sur quoi on remarque l'étrange faiblesse de l'imagination humaine. Ces assiégés n'aui aient pas ose' manger la chair de leurs compati iotes qui venaient d'eu e tueb ; mais ils mangeaient volontiers les os.

Des morts épouvantés les ossemens poudreux , Ainsi qu'un pur froment , sont préparés par eux. Que n'osent point tenter les extrêmes misères l On les vit se nourrir des cendres de leurs pères. Ce détestable mets avança leur trépas , a35

Et ce repas pour eux fut le dernier repas.

Ces prêtres , cependant, ces docteurs fanatiques, Qui , loin de partager les misères publiques , Bornant à leurs besoins tous leurs soins paternels , Vivaient dans l'abondance à l'ombre des autels, a (o Du Dieu qu'ils offensaient attestant la souffrance, Allaient par-tout du peuple animer la constance. Aux uns, à qui la mort allait fermer les yeux , Leurs libérales mains ouvraient déjà les cieux. Alix autres ils montraient , d'un coup-d'œil prophétique, 2^5 Le tonnerre allumé sur un Prince hérétique , Paris bientôt sauvé par des secours nombreux , Et la manne du ciel prête à tomber pour eux. Hélas ! ces vains appâts , ces promesses stériles , Charmaient ces malheureux, à tromper trop faciles: a5o Par les Prêtres séduits , par les Seize effrayés , Soumis , presquecontens, ils mouraient àleurspieds : Trop heureux, en effet, d'abandonner la vie.

D'un ramas d'étrangers la Ville était remplie ;

Vers 1 10. On lit la visite , dit Mézerai , dan* les loçis des Ecclésiastiques et dans les Couvens , qui se trouvèrent tous pourvus , Dième celui des Capucins , pour plus d'un au,

a$5 Tigres , que nos a) eux nourrissaient dans leur sein, Plus cruels que la mort , et la guerre et la faim. Lis uns étaient Tenus des campagnes Belgiques , Les autres des rochers et des monts Helvétiques ? Barbares , dont la guerre est l'unique métier , 26° Et qui vendent leur sang à qui veut le payer. De ces nouveaux tvrans les avides cohortes Assiègent les maisons , en enfoncent les portes y Aux hôces effrayés présentent mille morts , "Non pour leur arracher d'inutiles trésors, 2^5 von pour aller ravir , d'une main adultère , Une fille éplorée à sa tremblante mère : De la cruelle faim le besoin consumant Semble étouffer en eux tout autre sentiment y Et d'un peu d'alimens la découverte heureuse 270 Etait l'unique but de leur recherche affreuse.

Il n'est point de tourment , de supplice et d'horreur „ Que , pour en découvrir , n'inventât leur fureur.

Une femme.... grand Dieu ! faut-il à la mémoire Conserver le récit de cette horrible histoire ?

Vers 269. Les Susses qui étaient dans Paris à la solde, du Duc de 'Mayenne , y commirent des excès affreux , au rappoit de tous les historiens du tems ; c'est sur eux seuls que tombe ce mot de barbares , et non sur leur nation pleine de bon sens et de droiture , et l'une des plus respectables nations du monde , puisqu'elle ne songe qu'à conserver sa liberté , et jamais à oppiimer celte des autres.

Vers 170. Cette histoire est rapportée dans tous Us,

Une femme avait vu, par ces cœurs inhumains, %j5

Un reste d'alimens arraché de ses mains.

Des biens que lui ravit la fortune cuuelie ,

Un enfant lui restait , prêt à périr comme elle.

Furieuse , elle approche , avec un coutelas ,

De ce fils innocent qui lui tendait les bras ; 280

Son enfance , sa voix, sa misère et ses charmes ,

A sa mère en fureur arrachent mille larmes ;

Elle tourne sur lui son visage effrayé ,

Plein d'amour , de regret , de rage , de pitié ;

Trois fois le fer échappe à sa main défaillante. a85

La rage enfin l'emporte , et d'une voix tremblante ,

Détestant son hymen et sa fécondité :

Cher et malheureux fils , que mes flancs ont porté ,

Dit-elle, c'est en vain que tu reçus la vie ,

Les tyrans ou la faim l'auraient bientôt ravie : 2g0

Et pourquoi vivrais-tu ? Pour aller dans Paris ,

Errant et malheureux , pleurer sur ses débris ?

Meurs avant de sentir mes maux et ta misère ,

Rends- moi le jour , le sang que t'a donné ta mère ; ao,5

Que mon sein malheureux te serve de tombeau ,

Et que Paris du moins voie un crime nouveau.

En achevant ces mots , furieuse , égarée ,

Dans les flancs de son fils sa main désespérée

Enfonce , en frémissant , le parricide acier ;

Porte le corps sanglant auprès de son foyer , 30Q

mémoires du tems. De pareilles horreurs arrivèrent au siège de la \'û{q de Saacerre,

2o6 LA HENRIADE,

Et , d'an bras que poussait sa faim impitoyable , Prépare avidement ce repas effroyable.

Attirés par la faim , les farouches soldats Dans ces coupables lieux reviennent sur leurs pas. 3o£ Leur transport est semblable à la cruelle joie Des ours et des lions qui fondent sur leur proie ; A l'envi l'un de l'autre , ils courent en fureur , Ils enfoncent la porte. O surprise ! ô terreur ! Près d'un corps tout sanglant, à leurs yeux se présente Sio Une femme égarée , et de sang dégouttante :

Oui , c'est mon propre fils, oui , monstres inhumains, C'est vous qui dans son sang avez trempé mes mains. Que la mère et le fils vous servent de pâture. Craignez-vous plus que moi d'outrager le Nature ? 3i5 Quelle horreur, âmes yeux, semble vous glacer tous? Tigres , de tels festins sont préparés pour vous. Ce discours insensé , que sa rage prononce , Est sui vi d'un poignard , qu'en son cœur elle enfonce. De crainte , à ce spectacle, et d'horreur agités , 3aoCes monstres confondus courent épouvantés. Ils n'osent regarder cette maison funeste , lis pensent voir sur eux tomber le feu céleste; Et le peuple , effrayé de l'horreur de son sort , Levait les mains au ciel , et demandait la mort. 325 Jusqu'aux tentes du Roi mille bruits en coururent ; Son cœur en fut touché , ses entrailles s'émurent : Sur ce peuple infidelle il répandit des pleurs. O Dieu ! s'écria-t-il , Dieu , qui lis dans les cœurs, Qui vois ce que japuis , qui connais ce que j'ose , 33oDes Ligueurs et de moi tu sépares là cause.

Je puis lever vers toi mes innocentes mains:

Tu ie sais , je tendais les bras à ces mutins ;

Tu ne m'imputes point leurs malheur s et leurs crimes.

Que Mayenne, à son gré , s'immole ces victimes ;

Qu'il impute , s'il veut , des désastres si grands 355

A la nécessité , l'excuse des tyrans $

De mes sujets séduits qu'il comble la misère ;

Il en est l'ennemi , j'en dois être le père.

Je le suis , c'est à moi de nourrir mes enfans ,

Et d'arracher mon peuple à ces loups dévorans. 34o

Dût-ilde mes bienfaits s'armer contre moi-même ;

Dussé-je , en le sauvant, perdre mon diadème ;

Qu'il vive , je le veux, il n'importe à quel prix:

Sauvons-le , malgré lui , de ses vrais ennemis ,

Et si trop de pitié me coûte mon empire , 345

Que du moins sur ma tombe un jour on puisse lire :

« Henri de ses sujets , ennemi généreux ,

j> Aima mieux les sauver que de régner sur eux. »

Il dit , et dans l'instant il veut que son armée Approche sans éclat de la Ville affamée ; 55o

Vers 349. Henri IV fut si boa , qu'il permettait à ses Ofliciers d'envoxer, comme le dit MéxeraY , des rafraiclussemens à leurs anciens amis et aux Dames. Les soldats en faisaient autant, a l'exemple des Officiers. Le Roi avait de plus la générosité de laisser sortir de Paris preque tous ceux qui se présentaient. Par-la il arriva effectivement que les assicgeans nourrirent les assiége's.

ses LA ÏÏENRïADE,

Qu'on porte aux citoyens des paroles de paix , Et qu'au lieu de vengeance on parle de bienfaits. A cet ordre divin ses troupes obéissent. Les murs en ce moment de peuple se remplissent ,

555 On voit sur les remparts avancer à pas lents Ces corps inanimés , livides et tremblans , Tels qu'on feignait jadis, que des royaumes sombres Les Mages , à leur gré , faisaient sortir les ombres , Quand leur voix du Cocyte arrêtant les torrens ,

36a Appelait les enfers , et ies mânes errans.

Quel est de ces mourans l'étonnement extrême ! Leur cruel ennemi vient les nourrir lui-même. Tourmentés 5 déchirés par leurs fiers défenseurs r lis trouvent la pitié dans leurs persécuteurs.

565 Tous ces événemens leur semblaient incroyables , Ils voyaient devant eux ces piques formidables , Ces traits , ces instrumens des cruautés du sort , Ces lances qui toujours avaient porté la mort , Secondant de Henri la généreuse envie ,

370 Au bout d'un fer sanglant leur apporter la vie. Sont-ce là , disaient-ils , ces monstres si cruels l Est-ce là ce tyran si terrible aux mortels , Cet ennemi de Dieu , qu'on peint si plein de rage }. Hélas ! du Dieu vivant c'est la brillante image.

375 C'est un R.oi bienfaisant , le modèle des Rois. Nous ne méritons pas de vivre sous ses lois. Il triomphe , il pardonne , il chérit qui l'offense. Puisse tout notre sang cimenter sa puissance. Trop dignes du trépas dont il nous a sauvés , 5S0 Consacrons-lui ces jours cm/il nous a conservés*

CHANT DI XIEME. 209

De leurs cœurs attendris tel était le langage ; Mais qui peut s'assurer sur un peuple volage , Dont la faible amitié s'exhale en vain discours , Qui quelquefois s'élève et retombe toujours ? Ces prêtres , dont cent fois la fatale éloquence 585

Ralluma tous ces feux qui consumaient la France, Vont se montrer en pompe à ce peuple abattu : « Combattans sans courage, et chrétiens sans vertu , » A quel indigne appât vous laissez-vous séduire l s> Ne connaissez-vous plus les palmes du martyre ? 690 j> Soldats du Dieu vivant, voulez-vous aujourd'hui » Vivre pour l'outrager , pouvant mourir pour lui ' » Quand Dieu du haut des cieux nous montre la couronne , y> Chrétiens , n'attendons pas qu'un tyran nous pardonne. » Dans sa coupable secte il veut nous réunir : 3^5 » De ses propres bienfaits songeons i le punir. >j Sauvons nos temples saints de son culte hérétique.» C'est ainsi qu'ils parlaient , et leur voix fanatique , Maîtresse du vil peuple , et redoutable aux rois > Des bienfaits de Henri faisait taire la voix ; - 400

Vers 099. Au lieu de ce vers et des treize qui suivent, il y avait dans l'édition de 1727.

« Malgré tant de clameurs et de cris odieux ,

» La vertu de Henri pénétra dans les cieux , etc.

» Par des coups effrayans , souvent ce Dieu jaloux

» A. sur les nations , étendu son courroux ;

» Mais toujours pour le juste il eut des veux propices^

V H le soutient lui-même au bord des précipices,

aïo" LA HENRI ADE,

Et déjà quelqu'uns-uns reprenant leur furie , S'accusaient en secret de lui devoir la vie.

A travers ces clameurs et ces cris odieux , La vertu de Henri pénétra dans les cieux.

4o5 Louis qui , du plus haut de la voûte divine , Veille sur les Bourbons , dont il est l'oiigine , Connut qu'enfin les tems allaient être accomplis , Et que le Roi des Rois adopterait son fils. Aussi-tôt de son cœur il chassa les alarmes ,

4io La Foi vint essuyer ses yeux mouillés de larmes , Et la douce espérance , et l'amour paternel , Conduisirent ses pas aux pieds de l'Eternel.

An milieu dçs clartés d'un feu pur et durable , Dieu mil avant les terns son trône inébranlable. ',ID Le ciel est sous ses pieds ; de mille astres divers Le cours toujours régie l'annonce à l'univers.

» Epure sa vertu dan»s les adversités ,

» Combat peur sa défense et marche à ses côtés. »

Et quelques vers après :

« Enfin les tems affreux allaient être accomplis , » Qu'aux, plaines d'Albion le ciel avait prédits; » Le Saint Roi qui , du haut de la vente divine , » Veillait sur le Héros dont il est l'origine , V Touché de sa vertu , saisi de tant d'horreurs, » Aux pieds de l'Eternel apporte ses douleurs.

Mais l'Auteur a eu raison de les chauler.

La puissance , l'amour, avec l'intellignce ,

Unis et divisés , composent son essence.

Ses Saints , dans les douceurs d'une éternelle paix,

D'un torrent de plaisirs enivrés à jamais , ^20

Pénétrés de sa gloire , et remplis de lui-même ,

Adorent à l'envi sa Majesté suprême.

Devant lui sont ces Dieux , ces brûlans Séraphins

A qui de l'univers il commet les destins.

Il parle , et de la terre ils vont changer la face , 4^5

Des puissances du siècle ils retranchent la race,

Tandis que les humains , vils jouets de l'erreur ,

Des conseils éternels accusent la hauteur.

Ce sont eux dont la main , frappant Rome asservie ,

Aux fiers enfans du nord a livré l'Italie , 430

L'Espagne aux africains , Solime aux Ottomans.

Tout empire est tombé, tout peuple eut ses tyrans.

Mais cette impénétrable et juste providence

Ne laisse pas toujours prospérer l'insolence ;

Quelquefois sa bonté , favorable aux humains , 4^5

Met le sceptre des Rois dans d'innocentes mains.

Le père des Bourbons à ses yeux se présente , Et lui parle en ces mots d'une voix gémissante : Père de l'univers , si tes yeux quelquefois Honorent d'un regard les peuples et les Rois , 440

Vois le peuple Français à son Prince rebelle; S'il viole tes loix , c'est pour t'étre fidelle. Aveuglé par son zèle il te désobéit , Et pense te venger alors qu'il te trahit. Vois ce Roi triomphant , ce foudre de la guerre , ^ /* L'exemple , la terreur et l'amour de la terre j

Avec tant fie vertus, n'a s- tu formé son cœur Que pour l'abandonner aux pièges de l'erreur ? Faut-il que de tes mains le plus parfait ouvrage ,

/f50 A son Bieu , qu'il adore , offre un coupable hommage ? Ah ! si du grand Henri ton cuite est ignoré , Par qui le Roi des Rois veut-il être adoré ? Daigne éclairer ce cœur créé pour te connaître , Donne à l'Eglise un fils , donne à la France un maître ,

755 Des Ligueurs obstinés confonds les vains projets , Rends les sujets au Prince, et le Prince aux sujets $ Que tous les cœurs unis adorent ta justice, Et t'offrent dans Paris le même sacrifice.

L'Eternel à ses vœux se laissa pénétrer , ^60 Par un mot de sa bouche il daigna l'assurer. A sa. divine voix les astres s'ébranlèrent : La terre en tressaillit, les Ligueurs en tremblèrent. Le Roi , qui dans le ciel avait mis son appui , Sentit que le Très-Haut s'intéressait pour lui.

4ô5 Soudain la Vérité, si long-tems attendue ,

Toujourschere aux humains, mais souvent inconnue, Dans les tentes du Roi descend du haut des cieux : D'abord un voile épais la cache à tous les yeux ; De moment en moment , les ombres qui la couvrent

/70 Cèdent à la clarté dos feux qui les entr'ouvrent : Bientôt elle se montre à ses yeux satisfaits , Brillante d'un éclat qui n'éblouit jamais.

Henri , dont le grand cœur était formé pour elle , Voit, connaît, aime enfin sa lumière immortelle.

Il avoue avec foi , que la Religion

Est au-dessus de l'homme , et confond la raison. 475

Il reconnaît l'Eglise ici-bas combattue ,

L'Eglise toujours une , et par-tout étendue ,

Libre , mais sous un chef -, adorant en tout lieu ,

Dans le bonheur des saints , la grandeur de son Dieu.

Le Christ , de nos péchés victime renaissante , 4So

De ses élus chéris nourriture vivante ,

Descend sur les autels à ses yeux éperdus ,

Et lui découvre un Dieu sous un pain qui n'est plus.

Son cœur obéissant se soumet , s'abandonne

A ces mystères saints dont son esprit s'étonne. 4^5

Louis , dans ce moment qui comble ses souhaits , Louis , tenant en main l'olive de la paix, Descend du haut des cieux vers le Héros qu'il aime, Aux remparts de Paris il le conduit lui-même. Les remparts ébranlés s'entrouvrent à sa voix ; ^Q Il entre au nom du Dieu qui fait régner les Rois. Les Ligueurs éperdus , et mettant bas leurs armes , Sont aux pieds de Bourbon , les baignent de leurs larmes. Les Prêtres sont muets , les Seize épouvantés En vain cherchent pour fuir des antres écartés. 4^5

Vers 4?7« Il Y avait dans l'édition de 1727.

« Il abjure avec foi ces dogmes se'dncteurs ,

» Ingénieux eafans de cent nouveaux Docteurs.

fin des Variantes recueillies j>ar M. l'Abbé Lenglet.

214 LA HENRIADE, etc.

Tout le peuple changé , clans ce jour salutaire, Reconnaît son vrai roi, son vainqueur et son père.

Dès-lors on admira ce règne fortuné , 5oo Et commencé trop tard , et trop tôt terminé. L'Autrichien trembla. Justement désarmée Rome adopta Bourbon , Rome s'en vit aimée j La Discorde rentra dans l'éternelle nuit : A reconnaître un Roi Mayenne fut réduit ; 5o5 Et soumettant enfin son cœur et ses provinces , Fut le meilleur sujet du plus juste des Princes.

Vers 498. Ce Blocus et cette famine de Paris ont pour époque l'année i5g/ù , et Henri IV n'entra dans Paris qu'an mois de Mars \5g .j. ÎI s'était fait catholique en Juillet î 593 ; mais il a fallu rapprocher ces trois grands événeniens , parce qu'on éciivait un Poëme et non une Histoire.

Fin des Notes de l'Editeur.

Page 1