S'abandonnaient en foule à ces impiétés
Dans l'ombre de la nuit, sous une voûte obscure, Le siience a conduit leur assemblée impure. A la pâle lueur d'un magique flambeau , S'élève un vil autel dressé sur un tombeau ;
225 C'est-là que des deux rois on plaça les images , Objets de leur terreur, objets de leurs outrages. Leurs sacrilèges mains ont mêlé sur l'autel, A des noms infernaux , le nom de l'Eternel. Sur ces murs ténébreux cent lances sont rangées;
s3o Dans des vases de sang leurs pointes sont plongées $
accusa douze cents personnes de ce pre'tendu aime. L'ignorance et la stupidité étaient poussées si b>in dans ces tems-la , qu'on n'entendait pailer que d'exorcisme» et de condamnations au feu. On trouvait par-tout des hommes a~i.cz sots pour se croire magiciens, et des juges supeistiiieux qui les punissaient de bonne toi comme tels.
Vers 200. L'édition de 1720 met ainsi ce vers et les suivons :
« La sont les instiumens de ces sombres mystères, y Des métaux constellés, d'inconnus caiactei es ; y Des vases pleins de sang et de serpeus affieux; >> Le prêtre de ce temple est -un de ces Hébreux, y Qui, proscrits sur la terre et citoyens du monde , v Vont porter en tous lieux leur misère profonde» etc. »
Appareil menaçant de leur mystère affeux.
Le prêtre de ce temple est un de ces Hébreux ,
Qui , proscrits sur la terre, et citoyens du monde,
Portent de mers en mers leur misère profonde ,
Et d'un antique amas de superstitions, 255
Ont rempli dès-long-tems toutes les nations.
D'abord autour de lui les Ligueurs en furie
Commencent à grands cris ce sacrifice impie.
Leurs parricides bras se lavent dans le sang ;
De Valois sur l'autel ils vont percer le flanc. i.fo
Avec plus de terreur et plus encor de rage ,
De Henri sous leurs pieds ils renversent l'image 5
Et pensent que la mort , fideile à Leur courroux,
Va transmettre à ces rois l'atteinte de leurs coups.
L'Hébreu joint cependant la prière au blasphème: 2 j5 Il invoque l'abîme , et les cieux, et Dieu même ,
Mais il est aisé d voir que les vers de l'édition de
Londres et de celle-ci sont beaucoup plus parfaits.
Vers ?44- Plusieurs prêtres Ligueurs avaient fait faire de petites images de cire, qui représentaient Henri III et le roi de Navarre : ils les mettaient sur l'autel , les perçaient pendant la messe quarante jours consécutifs, et le quarantième jour les perçaient au cœur.
Vers 2 j5. C'était ,pour l'ordinaire , des Juifs que l'on se servait pour faire des opérations magiques. Cette ancienne superstition vient des secrets de la cabale dont les Juifs se disaient seuls dépositaires. Catherine de 3Iédicis, la maréchale d'Ancre et beaucoup d'autres employèrent des Juifs à ces prétendus sortilèges,
ioo LA HENRIADE,
Tous ces impurs esprits qui troublent l'univers , Et le feu de la foudre et celui des enfers. Tel fut, dans Gelboa , le secret sacrifice -!o Qu'à ses Dieux infernaux offrit la Pythonisse , Alors qu'elle évoqua devant un roi cruel , Le simulacre affreux du prêtre Samuel.
Ainsi contre Juda, «ta haut de Samarie , Des prophètes menteurs tonnait la bouche impie ; *55 Ou , tel chez les Romains , l'inflexible Atéius Maudit , au nom des Dieux , les armes de Crassus. Aux magiques accens que sa bouche prononce, Les Seize osent du ciel attendre la réponse : A dévoiler leur sort ils pensent le forcer : 260 Le ciel pour les punir voulut les exaucer. Il interrompt pour eux les lois de la nature ; De ces antres muets sort un triste murmure ; Les éclairs redoublés dans la profonde nuit , Poussent un jour affreux qui renaît et qui fuit. sG5 Au milieu de ces feux , Henri brillant de gloire , Apparaît à leurs yeux sur un char de victoire , Des lauriers couronnaient son front noble et serein , Et le sceptre des rois éclatait dans sa main. L'air s'embrase à l'instant par les traits du tonnerre ; L'autel couvert de feux tombe et fuit sous la terre ,
Vers c*55. Atéïus , tribun du peuple , ne pouvant empêcher Crassus de partir pour aller contre les Paithes, porta un brasier ardent a la porte de la ville , par ou Crassus sortait , y jeta certaines herbes , et maudit l'expédition de Crassus en invoquant les Divinités infer-
nale».
Et les Seize éperdus , l'Hébreu saisi d'horreur , Vont cacher dans la nuit leur crime et leur terreur.
Ces tonnerres , ces feux , ce bruit épouvantable, Annonçaient à Valois sa perte inévitable. Dieu , du haut de son trône avait compté ses jours ; 273 Il avait loin de lui retiré son secours : La mort impatiente attendait sa victime ; Et pour perdre Valois Dieu permettait un crime. Clément au camp royal a marché sans effroi. Il arrive ; il demande à parler à son roi ; a3o
Il dit que, dans ces lieux amené par Dieu même, Il y vient rétablir les droits du diadème , Et révéler au roi des secrets importans. On l'interroge ; on doute ; on l'observe long-tems ; On craint sous cet habit un funeste mystère. ^35
Il subit , sans allarme , un examen sévère : Il satisfait à tout avec simplicité ; Chacun , dans ses discours, croit voir la vérité. La garde aux yeux du roi le fait enfin paraître.
L'aspect du souverain n'étonna point ce traître. zc^> D'un air humble et tranquille il fléchit les genoux ; Il observe à loisir la place de ses coups ; Et le mensonge adroit qui conduisait sa langue , Lui dicta cependant sa perfide harangue.
Souffrez , dit-il , grand roi , que ma timide voix 295 S'adresse au Dieu puissant qui fait régner les roisj Permettez , avant tout , que mon cœur le bénisse Des biens que va sur vous répandre sa justice,
io2 LA HENRIADE,
Le vertueux Potier, le prudent Villeroi, 3oo Parmi vos ennemis vous ont gardé leur foi ; Harlai, le grand Harlai, dont l'intrépide zèle Fut toujours formidable à ce peuple infidèle , Du fond de sa prison réunit tous les cœurs , Rassemble vos sujets, et confond les Ligueurs. 5o5 Dieu qui , bravant toujours les puissans et les sages , Par la main la plus faible accomplit ses ouvrages , Devant le grand Harlai, lui-même m'a conduit. Rempli de sa lumière, et par sa bouche instruit, J'ai volé vei s mon prince , et vous rends cette lettre , SioQu'à mes fidelles mains Harlai vient de remettre. Valois reçoit la lettre avec empressement. Il bénissait les cieux d'un si prompt changement. Quand pourrai-je , dit-il, au gré de ma justice , Récompenser ton zèle et payer ton service?
Vers 299. Pctier , président du parlement, dont il est parlé ci-devant.
Villeroi , qui avait été secrétaire d'état sous Henri III, et nui avait pris le parti de la Ligue pour avoir été insulté en présence du roi par le duc d'Epernon.
Vers 5oi. Achille de Harlai , qui était alors gardé à la Bastille par Bussy-le-Clerc.
Jacques Cii;:i?ut présenta au roi une lettre de la part de ce magistrat. On n'a point su si la lettre était contrefaite ou non. C'est ce qui e^t étonnant dans un fait de cette importance, et c'est ce q û me ferait croire que la lettre était \éiitable, et qu'un l'aurait surprise au premier président de Harlai ; autrement on auiait fait sonner bien baut cette fausseté contre la L
CHANT CINQUIEME. io3
En lui disant ces mots , il lui tondait les bras: 5i5
Le monstre au même instant tire son coutelas,
L'en frappe , et dans le flanc l'enfonce avec furie.
Le sang coule ; on s'étonne ; on avance ; on s'écrie:
Mille bras sont levés pour punir l'assassin :
Lui , sans baisser les yeux , les voit avec dédain ; 5ao
Fier de son parricide , et quitte avec la France ,
Il attend à genoux la mort pour récompense.
De la France et de Rome il croit être l'appui ;
Il pense voir les cieux qui s'entr'ouvrent pour lui ;
Et demandant à Dieu la palme du martyre , 5^â
11 bénit , en tombant , les coups dont il expire.
Aveuglement terrible ! affreuse illusion !
Digne à la fois d'horreur et de compassion j
Et de la mort du roi moins coupable peut-être ,
Que ces lâches docteurs , ennemis <àe leur maître ,35a
Dont la voix répandant un funeste poison ,
D'un faible solitaire égara la raison.
Déjà Valois touchait à son heure dernière ; Ses yeux ne voyaient plus qu'un reste de lumière ; Ses courtisans en pleurs autour de lui rangés , 35u
Par leurs desseins divers en secret partagés , D'une commune voix formant les mêmes plaintes , exprimaient des douleurs , ou sincères , ou feintes. Quelques-uns que flattait l'espoir du changement , Du danger de leur roi s'affligeaient faiblement. 5{0 Les autres qu'occupaient leur crainte intéressée , Pleuraient , au lieu du roi , leur fortune passée.
Parmi ce bruit confus , de plaintes , de clameurs, Henri , vous répandiez de véritables pleurs.
io4 LA HENRI A DE,
5^5I1 fut votre ennemi , mais les cœurs nés sensibles, Sont aisément émus dans ces momens horribles: Henri ne se souvint que de son amitié ; En vain son intérêt combattait sa pitié : Ce Kéros vertueux se cachait â lui-même ,
'•5oÇue U mort de son roi lui donne un diadème.
Valois tourna sur lui , par un dernier effort , Ses yeux appesantis qu'allait fermer la mort ; Et touchant de sa main, ses mains victorieuses, Retenez , lui dit-il , vos larmes généreuses 3
555 L'univers indigné doit plaindre votre roi :
Vous , Eourbon , combattez, régnez , et vengez-moi. Je rat urs , et je vous laisse au milieu des orages , Assis sur un écueii couvert de niçà ïiSufragÊS: Mon îZijiS vcus attend; mon \iè*o vous est dû ;
36o Jouissez de ce bien par vos mains défendu :
Mais songez que la fouire en tout tems l'environne : Craignez, en y montant, ce Dieu qui vous le donne. Tuissiez-vcus , délrcmpé d'un dogme criminel, Rétablir , de vos maius , son culte et son autel.
565 Adieu : régnez heureux ; qu'un plus puissant génie , Du fer des assassins , défende votre vie. Vous connaissez la Ligue , et vous voyez ses coups : Ils ont passé par moi , pour aller jnzqu'à vous.
Peut-être un jour viendra qu'une main plus baibare... . Juste ciel ! épargnez une vertu si rare. Permettez .. A ces mots l'impitoyable mort Vient fondre sur sa tête et termine son sort.
Vç& Î>H i Henri ÏU uwarut de sa blessure le truisierr-e
CHANT CliNQUIEME. io5
Au bruit de son trépas , Paris se livre en proie Aux transports odieux de sa coupable joie : 075
De cent cris de victoire ils remplissent le.' airs: Les travaux sont cessés ; les temples sont ouverts; De couronnes de fleurs ils ont paré leurs têtes ; Ils consacrent ce jour à d'éternelles fêtes.
d'août , a deux heures du matin , à Saint-Cloud , mais non point dans la même maison, où il avait pris, avec son frère , la résolution de la Saint-Barthelemi , comme l'ont éciit plusieurs historiens ; car cette maison n'était point encore bâtie du tems de la Saiut-Barthelemi.
Vers 678. Il y avait dans toutes les éditions , et même dans celle de 1701 , les vers suivans qui terminent le chant :
« Insensés qu'ils e'taient .' ils ne découvraient pas
» Les abîmes profonds qu'ils creusaient sous leurs pa,s :
» Ils devaient bien plutôt, prévoyant leurs misères,
» Changer ce vain triomphe en des larmes ameres ;
» Ce vainqueur , ce Héros qu'ils osaient défier ,
» Henri du haut du trône allait les foudroyer.
» Le sceptre dans sa main rendu plus redoutable
» Annonce a ces mutins leur perte inévitable :
» Devant lui tous les chefs ont fléchi les genoux ,
» Pour leur roi légitime ils l'ont reconnu tous ,
» Et certains désormais du destin de la guerre ,
H Ils jurent de le suivre aux deux bouts de la terre. »
Mais il n'y a pa; de comparaison entre ce morceau et celui de la présente édition,
îo6 LA HENRI AD E,
Bourbon n'est à leurs yeux qu'un héros sans appui ,
•SoQui n'a plus que sa gloire et sa valeur pour lui» Pourra-t-il résister à la Ligue affermie , À l'Eglise en courroux , à l'Espagne ennemie , Aux traits du Vatican , si craint , si dangereux , À l'or du nouveau monde encor plus puissant qu'eux l
IVi Déjà quelques guerriers , funestes politiques , Mus mauvais citoyens que zélés Catholiques, D'un scrupule affecté colorant leur dessein, Séparent leurs drapeaux des drapeaux de Calvin : Mais le reste eniîammé d'une ardeur plus fidèle , ' 5^o Pour la cause des rois , redouble encor son zèle. Ces amis éprouvés , ces généreux soldats, Que long-tems la Victoire a conduit sur ses pas , De la France incertaine ont reconnu le maître : Tout le camp réuni le crjoit digne de l'être.
*PCes braves chevaliers , les Givris , les d'Aumonts, Les grands Montmorencis, les Sancis , les Crillons r Lui jurent de le suivre aux deux bouts de la terre r Moins faits pour disputer, que formés pour la guerre : Fidèles à leur Dieu , fidèles à Leurs loix ,
4C0 C'est l'honneur qui Leur parle, ils marchent à sa voix*
Mes amis , dit Bourbon , c'est vous dont le courage , Des héros de mon sang me rendra l'héritage : Les pairs , et l'huile sainte , et le sacre des rois , Font les pompes du trône et ne font pas mes droits, 4< 5 C'est sur un bouclier qu'on vit vos premiers maître* Recevoir les sermens de vos braves ancêtres,