TIREES DE L'EDITION PE M. L'ABBÉ LENGLET
Page 4 , vers 3o.
J-jes peuples à ses pieds , etc. Le Duc d'Anjou fut élu Roi de Pologne par les rnouvemens que se donna Jean de Montluc , Evêque de Valence , Ambassadeur de France en Pologne , et Henri n'alla qu'à regret recevoir cette couronne : mais ayant appris, en 1674 , la mort de son frère , il ne tarda point à revenir en France.
Page 4 , vers 35.
Quéïus et Saint- Mai grin , etc. La note de l'édition de 1723 est très-étendue, et contient même beaucoup de vérités et de curiosités historiques. Maugiron , Saint- Mai gr in , Joyeuse et (VEpernon.
C'était eux qu'on appelait les mignons de Henri III. Saint-Luc , Livarot , Viiléquier , Duguast, et
2i6 NOTES HISTORIQUES,
sur-tout Quélus, eurent part aussi et à sa faveur et à ses débauches. Il est certain qu'il eut pour ce dernier une passion capable des plus grands excès. Dans sa première jeunesse on lui avait déjà reproché ses goûts ; il av ait eu une amitié fort équivoque pour ce même Duc de Guise qu'il fit tuer à Blois. Le Docteur Boucher, dans son livre , de justâ Henrici tertii abdicatione , ose avancer que la haine de Henri III pour le Cardinal de Guise n'avait d'autre fondement que les refus qu'il en avait essuyés dans sa jeunesse ; mais ce conte ressemble à toutes les autres c alomnies dont le livre de Boucher est rempli.
Henri III mêlait avec ces mignons la religion à la débauche ; il faisait avec eux des retraites , dies pèlerinages , il se donnait la discipline : ii institua la confrérie ds la mort , soit pour la mort d'un de ses mignons , soit pour celle de la Princesse de Çondé , sa maîtresse ; les Capucins et les Minimes étaient les directeurs des confrères , parmi lesquels il admit quelques bourgeois de Paris ; ces confrères étaient vêtus d'une robe d'étamine noire avec un capuchon. Dans une autre confrérie, toute contraire, qui était celle des pénitens blancs, ii n'admit que ses courtisans. Il était persuadé , aussi bien que certains théologiens de son tems , que ces momeries expiaient les péchés d'habitudes : on tient que les statuts de ces confrères , leurs habits , leurs règles, étaient des emblèmes de ses amours , et que le poète Desportes , Abbé de Tyron , l'un des plus
fins
fins courtisans de ce tems-îà , les avait expliqués dans un livre qu'il jeta depuis au fou.
Henri III vivait d'ailleurs dans la mollesse et dans l'afféterie d'une femme coquette ; il couchait avec des gants d'une peau particulière , pour conserver la beauté de sus mains , qu'il avait effectivement plus belles que toutes les femmes de sa Cour : il mettait sur son visage une pute préparée , et une espèce de masque par- dessus : c'est ainsi qu'en parie le livre des hermaphrodites, qui circonstancié les moindres détails sur son coucher , sur son lever et sur ses habillemens. Il avait une exactitude scrupuleuse sur la propreté dans ta parure; il était si attaché à ces petitesses, qu'il chassa un jour le Duc d'Epernon de sa présence , parce qu'il s'était présenté devant lui sans escarpins blancs, et avec un habit mai boutonné.
Louis de Maugiron , Baron iVAmpus , dont il est ici question, était l'un des mignons pour qui Henri III eut le plus de faiblesse : c'était un jeune homme d'un grand courage et d'une grande espérance • il avait fait de fort belles actions au siège dlssoire , où il avait eu le malheur de perdre un œil. Cette disgrâce lui laissait encore assez de charmes pour être infiniment du goût du Roi : on le comparait à la princesse d'Eboli , qui , étant borgne comme lui, était dans le même tems maîtresse de Philippe II \ Roi d'Espagne. On dit que ce fut pour cette'priacesse et pour Maugiron , qu'un Italien fit ces quatre beaux vers , renouvelés depuis :
Lamine Acon dextro, capta est Leonida sinistro ,
Et poteratjornui i incere uterque Deos.
Tarve puer , lumen auod habcs , concède puellce ; Sic tu ccecus Amor , sic erit illa Venus.
Maugiron fut tué le 27 d'Avril 1578 , en servant Quélus dans sa querelle.
Paul Sluart de Caussade de Saint-Maigrin , gentil-homme d'auprès de Bordeaux , fut aimé de Henri III autant que Quélus et Maugiron, et mourut d'une manière aussi tragique , il fut assassiné , le 21 juillet de la même année, dans la rue Saint-Honoré , sur les onze heures du soir, en revenant du Louvre. Il fut porté à ce même hôtel de Boissy , où étaient morts ses deux amis, et il y mourut le lendemain, de trente-quatre blessures qu'il avait reçues la % eille. Le Duc de Guise , le Balafré , fut soupçonné de cet assassinat, parce que Saint-Maigrin s'était vanté d'avoir couché avec la Duchesse de Guïse. Les mémoires du tems rapportent que le Duc de Mayenne fut reconnu parmi les assassins , à sa barbe large et à sa main faite en épaule de mouton. Le Duc de Guise ne passait pourtant point pour un homme trop sévère sur la conduite de sa femme , et il n'y a pas d'apparence que le Duc de Mayenne , qui n'avait jamais fait aucune action de lâcheté , se fût avili jusqu'à se mêler dans une troupe de vingt assassins pour tuer un seul homme.
Le Roi baisa Saint-Maigrin , Quélus et Maugiron après leur mort , les fit raser , et garda leurs blonds cheveux ; il ôta , de sa main , à Quélus , des boucles
d'oreilles qu'il lui avait attachées lui-même. M. de l'Etoile dit que ces trois mignons moururent sans aucune religion ; Maugiron en blasphémant ; Quélus en disant à tous momens : Ah ! mon Roi , mon Roi ! sans dire un seul mot de Jésus- Christ ni de la Herge. Ils furent enterrés à Saint-Paul : le Roi leur rit élever dans ctUe église trois tombeaux de marbre , sur lesquels étaient leurs figures à genoux ; leurs tombeaux furent chargés d'épitaphes en prose et en vers, en latin et en français ; on y comparait Maugiron i Horatius Coclès et à Annibal , parce qu'il était borgne comme eux. On ne rapporte point ici ces épitaphes , quoiqu'elles ne se trouvent que dans les antiquités de Paris , imprimées sous le règne de Henri III. Il n'y a rien de remarquable ni de trop bon dans ces monumens ; ce qu'il y a de meilleur est l'épitaphe de Quélus :
Non injuriant , sed mortem patienter tulit.
Il ne put souffrir un outrage ,
Et souffrit cous tain m eut la mort.
( Tiré de l'édition de 1723. )
Page 4 , vers 3c.
Des Guises cependant , etc. C'étaient deux frères, l'un Henri , Duc de Guise , fils de celui qui fut tué" à Orléans, par Poltrot , et lui-même tué à Blois par ordre de Henri III , en i5S8; l'autre était Louis de Lorraine , cardinal de Guise , tué à Blois aussi bien que son frère. Le Duc de Guise sur-tout était le chef de la Ligue , et contraignit Henri III d'abandonner et le louvre et Paris , à la journée dee Barri-
cades. C'est ce qui est exprimé par le vers 46 de la page suivante. : Du Louvre , etc.
Comme le nom de M. de Suliy se trouve dans l'édition de 1728 , nous plaçons ici une remarque fort curieuse sur ce Seignenr , que M. de Voltaire y avait jointe.
Page 10 , vers i5o.
De tous ses favoris , etc. On a choisi , dit M. de Voltaire , le Duc de Suilv, parce qu'il était de la religion prétendue réformée , qu'il fut toujours inséparablement attaché à sa religion et à son maître , et que depuis même, il 11 , ;n qualité d'ambassadeur, en A. .e. Il naquit à Rosny en 1569 , et mou-
rut à Viikbon en 1641. Ainsi il avait vu Henri II et Louis XIV. Il fut GrancUVoyer et Grand-Maître &c l'Artillerie , Grand-Maître des Ports en France , Sur-Inïendant des Finances, Duc et Pair, et Maréchal de France. C'est le seul homme à qui on ait ja- 1. donné le biton de Maréchal , comme une marque de disgrâce. Il ne l'eut qu'en échange de la charge (\t Grand-Maître de l'Artillerie , que la Pleine régente lui ôta eu . Il était très-brave homme en . et encer meilleur Ministre, incapable R i , et d'être trompé par les fiuan- . pour les courtisans , dont l'avid ; , et qui trouvaient en lui une l'humeur économe de Henri IV.
Ils I le Négatif, et l'on disait que le it jamais dans sa bouche. Avec cette
CHANT PREMIER. 221 vertu sévère il ne plut qu'à sou maître , et le moment de la mort de Henri IV fut celui de sa disgrâce. Le Roi Louis XIII le fit revenir à la Cour quelques années après pour lui demander ses avis. Il y vint , quoiqu'avec répugnance. Les jeunes courtisans qui gouvernaient Louis XIII voulurent , selon l'usage , donner des ridicules à ce vieux Ministre , qui reparaissait dans une jeune Cour avec des habits et des airs de mode , passés depuis long-tems. Le Duc de Sully qui s'en aperçut , dit au Roi : Sire , quand le Roi votre père , de glorieuse mémoire , me faisait l'honneur de me consulter, nous ne commencions à parler d'affaire , qu'au préalable on n'eût fait passer dans l'antichambre les baladins et les boufons de la Cour.
Il composa dans la solitude de Sully des mémoires dans lesquels règne un air d'honnête homme , avec un style naïf , mais trop diffus.
On y trouve quelques vers de sa façon , qui ne valent pas plus que sa prose. Voici ceux qu'il composa en se retirant de la Cour , sous la régence de Marie de Médicis :
Adieu maisons , châteaux , armes , caaons du Roi j Adieu consens, trésors déposé» à ma foi; Adieu munitions , adieu grands équipages; Adieu tant de lâchants , adieu tant de menaces; Adieu faveurs, grandeu i le rems- qui court;
Adieu les amitiés et les amis de Cour , etc.
Il ne voulut ].;::; ; 1 *ef 'de' religion ; cep " dârtf il fut des premier à fœa$eilkr à Heiui ly
222 NOTES HISTORIQUES, d'aller à la messe. Le cardinal du Perron l'exhortant un jour à quitter le calviniste , il lui répondit : Je me ferai catholique quand vous aurez supprima l'évangile ; car il est si contraire à l'église romaine, que je ne peux pas croire que l'un et l'autre aient été inspirés par le même esprit.
Le Pape lui écrivit un jour une lettre remplie de louanges sur la sagesse de son ministère ; le Pape finissait sa lettre comme un bon pasteur , par prier Dieu qu'il ramenât sa brebis égarée , et conjurait le Duc de Sully de se servir de ses lumières pour entrer dans la bonne voie. Le Duc lui répondit sur le même ton ; il l'assurait qu'il priait Dieu tous les jours pour la conversion de sa Sainteté. Cette lettre est dans ses mémoires. ( Tiré de Védition de 1723.)
Mais la substitution du nom de Mornay , que le poète a mis en la place de celui de Sully , a obligé l'auteur d'y mettre une autre remarque , qu'on trouve dans les notes au bas des pages.
Page 18 , vers 2q3.
En voyant V Angleterre , etc. Dans l'édition de 1723, la rencontre du vieillard se fait en Angleterre , au lieu que dans les autres éditions elle se fait dans l "île de Jersey ; et voici la note de M. de Voltaire sur cet endroit, dans son édition de 1723, qui regarde ce prétendu voyage de Henri IV en Aneleterre.
Ceux qui n'approuvent point cet épisode , peuvent dire qu'il ne parait pas permis de mêler ainsi le men~
senge à la vérité dans une histoire si récente; que les savans dans l'histoire de France en doivent être choqués , et les ignorans peuvent être induits en erreur; que si les fictions ont droit d'entrer dans un poëme épique , il faut que le lecteur les reconnaisse aisément pour telles; que quand on personnifie les passions , que l'on peint la Politique et la Discorde allant de Rome à Paris , l'Amour enchaînant Henri IV , etc. personne ne peut être trompé à ces peintures ; mais que lorsque l'on voit Henri IV passer la mer pour demander du secours à une Princesse de sa religion , on peut croire facilement que ce Prince a fait effectivement ce voyage ; qu'en un mot, un tel épisode doit être moins regardé comme une imagination de poëte que comme un mensonge d'historien.
Ceux qui sont du sentiment contraire peuvent opposer à ces raisons , que non-seulement il est permis à un poëte d'altérer l'histoire dans les faits qui ne sont pas des faits principaux , mais qu'il est impossible de ne le pas faire ; qu'il n'y a jamais eu d'événement dans le monde tellement disposé par le hasard , qu'on pût en faire un poëme épique sans y rien changer; qu'il ne faut pas a-voir plus de scrupule dans le poëme que dans la tragédie , où l'on pousse beaucoup plus loin la liberté de ces changemens : car si l'on était trop servilement attaché à l'histoire , on tomberait dans le défaut de Lucain , qui a fait une gazette en vers , au lieu d'un poëme épique. A la vérité il serait ridicule de transporter des événemens principaux et dépendais les uns des
autres , de placer la bataille d'Ivri avant la bataille de Coutras, et la Saint-Barthelemi avec les Barricades : mais l'on peut bien faire passer secrètement Henri IV en Angleterre , sans que ce voyage, qu'on suppose ignoré des Parisiens même , chanpe en rien la suite des événemens historiques. Les mêmes lecteurs qui sont choqués qu'on lui fasse faire un trajet de mer de quelques lieues , ne seraient point étonnés qu'on le fit aller en Guienne , qui est quatre fois plus éloigné. Que si Virgile a fait venir en Italii Enée , qui n'y alla jamais ; s'il l'a rendu amoureux de Didon , qui vivait trois cents ans après lui , on peut , sans scrupule , faire rencontrer ensemble Henri IV et la Reine Elisabeth , qui s'estimaient l'un l'autre, et eurent toujours un grand désir de se voir. Virgile , dira-t-on , parlait d'un feins très-éloigné : il est vrai ; mais ces événemens, tout reculés qu'ils étaient dans l'antiquité , étaient fort connus. L'Iliade et l'histoire de Carthage étaient aussi familières aux Romains , que nous le sont les histoires les plus récentes. Il est aussi permis à un poète français de tromper le lecteur de quelques lieues , qu'à Virgile de le tromper de trois cents ans. Enfin , ce mélange de l'histoire et de la fâblè . est une règle établie et suivie, non-seulement dans tous les poètes, mais dans tous les romans. Ils sont remplis d'aventures , qui , à la vérité, ne sont pas rapportées dans l'histoire , mais qui ne sont pas démenties par elle. Il suffit, pour établir le voyage de Henri en Angleterre , de trouver un tems ou l'histoire ne donne point à ce Prince d'autres occupa-
CHANT PREMIER. 225 tions. Or , il est certain , qu'après la mort de Guise, Henri a pu faire ce voyage , qui n'est que de quinze jours au plus , et qui peut aisément être de huit. D'ailleurs cet épisode est d'autant plus vraisemblable, que la Reine Elisabeth envoya effectivement, six mois après , à Henri-ie-Grand , quatre mille Anglais. De plus, il faut remarquer qu'il n'y a que Henri IV , le Héros du Poëme , qui puisse conter dignement l'histoire de la Cour de France , et qu'il n'y a guère qu'Elisabeth qui puisse l'entendre. Enfin , UVàgft de savoir si les choses que se disent Henri IV et la Reine Elisabeth sont assez bonnes pour excuser cette fiction dans l'esprit de ceux qui la condamnent, et pour autoriser ceux qui l'approuvent.
Page 19 , vers 3i3.
Aux murs de Westminster , etc. C'était anciennement une abbave et une ville unie à celle de Londres , et où il y a maintenant un Chapitre de Chanoines.
Voyez au Poëme la note su? le vers 3i3. Page 19, vers 33 1.
// aperçoit la Tour , etc. La Tour de Londres est un vaste bâtiment flanqué de plusieurs tours , bâti sur les bords de la Tamise par Guillaume-le- Conquérant , Duc de Normandie , et depuis Roi d'Angleterre. C'est dans ce vieux Château qu'est l'Arsenal , la garde des archives de la Couronne , la Monnaie , et même la prison des criminels d'ttat.
( Tiré en partie de l'édition de 17^7. )
Page 23 , vers 5.
J E ne décide -point , etc. Quelques lecteurs peu attentifs pourront s'effaroucher de la hardiesse de ces expressions. Il est juste de ménager sur cela leur scrupule , et de leur faire considérer que les mêmes paroles qui seraient une impiété dans la bouche d'un catholique , sont très-séantes dans celle du Roi de Navarre. Il était alors calviniste; beaucoup de nos historiens même nous le peignent flottant entre les deux religions , et certainement s'il ne jugeait de l'une et de l'autre que par la conduite des deux parties , il deyait se défier des deux cultes , qui n'étaient soutenus alors que par des crimes. On le donne dans tout ce Poëme pour un homme de bien qui cherche de bonne foi à s'éclaircir : par-là on satisfait à l'obligation de tout écrivain , qui doit être moral et instructif. ( Tiré de V édition de 1723.)
Page 28 , vers 88.
Mon père malheureux , etc. Antoine de Bourbon, Roi de Navarre, père du plus intrépide et du plus ferme de tous les hommes , fut le plus faible et le moins décidé ; il était huguenot et sa femme catholique. Ils changèrent tous deux de religion presqu'en même tems.
Jeanne d'Albret fut depuis huguenote opiniâtre , mais Antoine chancela toujours dans sa catholicité,
jusque-là même qu'on douta dans quelle religion il mourut. Il porta les armes contre les Protestans qu'il aimait , et servit Catherine de Médicis qu'il: détestait.
Il songea à la régence après la mort de François II. La Reine mère l'envoya chercher. « Je sais , lui dit- » elle , que vous prétendez au gouvernement , je î» veux que vous me le cédiez tout-à-1'heure par un j> écrit de votre main , et que vous vous engagiez » à me remettre la régence , si les Etats vous la » défèrent. * Antoine de Bourbon donna l'écrit que la Reine lui demandait, et signa ainsi son d-éshonneur. C'est à cette occasion que l'on fit ces vers que j'ai lus dans les manuscrits de M. le premier Président de Mesmes :
Marc- Antoine , qui pouvait être
Le plus grand Seigneur et le Maître
De son pays, s'oublia tant,
Qu'il se contenta d'être Antoine ,
Servant lâchement une Royns.
Le JSavarrois en fait autant.
Après la fameuse conjuration d'Amboise , un: nombre infini de gentilshommes vinrent offrir leurs services et leurs vies à Antoine de Navarre ; il se mit à leur tête ; mais il les congédia bientôt en leur promettant de demander grâce pour eux. Songez seulement à l'obtenir pour vous , lui répondit un vieux capitaine ; la noire est au bout de nos épées.
Il mourut à l'âge de quarante-quatre ans d'un coup d'arquebuse , reçu dans l'épaule gauche au siège de Kouen où il commandait. Sa mort arriva le 17
22S NOTES HISTORIQUES, novembre 1662 , le trente-cinquième jour de sa blessure. L'incertitude qu'il avait eue pendant sa vie le troubla dans ces derniers momens : et quoiqu'il eût reçu ses sacremens selon l'usage de l'église romaine, on douta s'il ne mourut point Protestant ; il avait reçu le coup mortel dans la tranchée dans le tems qu'il pis&ait. Aussi lui rit-on cette épitaphe :
Ami Fiançais , le Prince ici pissant "\ éfciit sans gloire, et mourut en pissant.
Il y en aune dans M. le Laboureurqui ressemble à celle-là , et finit parle même hémistiche. M. Jurieu assure que , lorsque Louis , Prince de Coudé , était en prison à Orléans, le Roi de Navarre, son frère , allait solliciter le Cardinal de Lorraine , et que celuici recevait assis et couvert le Roi de Navarre , qui lui parlait debout et nu - tête : je ne sais où M. Jurieu a pu déterrer ce fait. ( Tiré de V édition de 1723* )
Page 29 , vers 98..
Condé qui vit en moi , etc. La remarque de l'édidition de 1723 est trop curieuse pour ne la pas mettre ici. La voici donc :
Louis de Condé , frère d'Antoine , Roi de Navarre , le septième et dernier des enfans de Charles de Bourbon , Duc de Vendôme , fut un de ces hommes extraordinaires , nés pour le malheur et pour la gloire de leur patrie. Il fut long - tems le chef des Réformés , et mourut , comme on le sait , à Jarnac. Il avait un bras en écharpe le jour de la bataille. Comme il marchait aux ennemis , le cheval du Comte de la Roehefoucau.lt , son beau-frere ,
lui donna un coup de pied qui lui cassa la jambe. Ce Prince , sans daigner se plaindre , s'adressa aux gentilshommes qui l'accompagnaient : apprenez , leur dit-il , que les chevaux fougueux nuisent plus qu'ils ne servent dans une armée. Un moment après il leur dit , avec un bras en écharpe et la jambe cassée , le Prince de Condé ne craint point de donner la bataille , puisque vous le suivez , et chargea dans le moment.
Brantôme dit qu'après que le Prince se fut rendu prisonnier à Dargence dans cette bataille , arriva un très-honnête et très-brave gentilhomme , nommé Montcsquiou , qui ayant demandé qui c'était , comme on lui dit que c'était M. le Prince de Condé : Tue\ , Xue\ , mordieu , dit-il , et lui tira un coup de pistolet dans la tête. Ce Prince était bossu et petit , et cependant plein d'agrémens, spirituel , galant , aimé des femmes. On fit sur lui ce vaudeville :
Ce petit homme tant joli Toujours cause et toujours rit , Et toujours baise sa mignonne.
Dieu gaid' de mal ce petit homme.
La Maréchale de Saint-André se ruina pour lui, et lui donna entr'autres présens la terre de Valleiy, qui depuis est devenue la sépulture des Princes de la maison de Condé.
Jamais général ne fut plus aimé de ses soldats; on en vit à Pont-à-Mousson un exemple étonnant. Il manquait d'argent pour ses troupes, et sur-tout pour les Reitres , qui étaient venus à son secours, et qui menaçaient de l'abandonner. 11 osa proposer
i3o NOTES HISTORIQUES,
à son armée , qu'il ne payait point , de payer ellemême L'armée auxiliaire ; et ce qui ne pouvait jamais arriver que dans une guerre de religion , et sous un général tel que lui , toute son armée se cotisa, jusqu'au moindre goujat.
Il fut condamné sous François II , à Orléans, à perdre la tête ; mais on ignore si l'arrêt fut signé. La France fut étonnée de voir un Pair , Prince du sang , qui ne pouvait être jugé que par la Cour des Pairs , les chambres assemblées , obligé de répondre devant des Commissaires ; mais ce qui parut le plus étrange, fut que ces Commissaires même fussent tirés du corps du Parlement. C'étaient Christophe de Thou , depuis premier Président , et père de l'Historien, Bartheîemi Faye, Jacques Viole , Conseillers , Bourdm , Procureur-Général, et du Tillet, Greffier , qui tous , en acceptant cette commission , dérogeaient à leurs droits , si jamais on leur eût voulu donnera eux-mêmes, dans l'occasion, d'autres juges que leurs juges naturels. On prétend que Madame Renée de France, fille de Louis XII , et Duchesse de Ferrare, qui arriva en France dans ce même tems , ne contribua pas peu à empêcher l'exécution de l'arrêt.
Il ne faut pas omettre un artifice de Cour dont on se servit pour perdre ce Prince , qui se nommait Louis. Ses ennemis firent frapper une médaille qui le représentait : il y avait pour légende Louis XIII , Roi de France. On fit tomber cette médaille entre les mains du Connétable de Montmorenci > qui la montra tout en colère au Roi , persuadé que
le Prince de Condé l'avait fait frapper. ( Tiré presque tout de V édition de 1723. ) Il est parlé de cette médaille dans Brantôme et dans Vigneul de M ar ville. Page 3o , vers 107.
Coligni de Condé , etc. Gaspard de Coligni r Amiral de France , fils de Gaspard de Coligni, Maréchal de France, et de Louise de Montmorenci, sœur du Connétable , né à Châtillon , le 16 Février i5i6. Après la mort du Prince de Condé , il fut déclaré chef du Parti des réformés en France. Catherine de Médicis et Charles IX surent l'attirer à la Cour pour le mariage de Henri IV et de Marguerite de Valois , sœur de Charles IX et de Henri III. Il fut massacré le jour de la Saint-Barthelemi ; c'était principalement à ce Seigneur qu'on en voulait. ( Tiré en partie de Védition de 1787. J Mais je ne veux pas omettre ici la remarque de l'édition de 1723. La voici :
Quelques personnes ont reproché à l'auteur de la Henriade d'avoir fait son Héros , dans ce second chant , d'un huguenot révolté contre son Roi , et accusé par la voix publique de l'assassinat de François de Guise. Cette critique louable est fondée ?ur l'obéissance au Souverain , qui doit faire le principal caractère d'un Héros Français ; mais il faut considérer que c'est ici Henri IV qui parle : il avait fait ses premières campagnes sous l'Amiral qui lui avait tenu lieu de père. Il avait été accoutumé à le respecter , et ne devait ni ne pouvait le soupçonner d'aucune action indigne d'un grand hrmme , et suj-tout a or es la justijkaticn publique de Coligni ,
qui ne pouvait point paraître douteuse au Roi de Navarre,
A l'égard de la révolte , ce n'était point à ce Prince à regarder comme un crime , dans l'Amiral , son union avec la maison de Bourbon contre des Lorrains et une Italienne. Quant à la religion , ils étaient tous deux protestans ; et les huguenots , dont Henri IV était le chef , regardaient l'Amiral comme un martyr.
Page 32 , vers 167.
Je ne suis point injuste, etc. Jeanne d'Albret, attirée à Paris avec les autres huguenots , mourut, après cinq jours , d'une fièvre maligne ; le tems de sa mort , les massacres qui la suivirent , la crainte que son courage aurait pu donner à la Cour ; enfin , sa maladie , qui commença après avoir acheté des gants et des collets parfumés chez un parfumeur nommé René , venu de Florence avec la Reine , et qui passait pour un empoisonneur public , tout cela fit croire qu'elle était morte de poison. On dit même que ce René se vanta de son crime , et osa dire publiquement qu'il en préparait autant à deux grands Seigneurs qui ne s'en doutaient pas. Mézerai , dans sa grande histoire, semble favoriser cette opinion, en disant que les chirurgiens, qui ouvrirent le corps de la Reine , ne touchèrent point à la tête , où l'on soupçonnait que le poison avait laissé des traces trop visibles. On n'a point voulu mettre ces soupçons dans la bouche de Henri IV , parce qu'il est juste de se défier de ces idées qui n'attribuent jamais la mort des grands à des causes naturelles. Le
peuple , sans rien approfondir , regarde toujours comme coupables de la mort du Prince ceux à qui cette mort est utile. On poussa la licence de ces souoçons jusqu'à accuser Catherine de Médicis de la mort de ses propres enfans ; cependant il n'y a jamais eu de preuves ni que ces Princes , ni que Jeanne d'Albret , dont il est ici question , soient morts empoisonnés.
Il n'est pas vrai , ( comme le prétend Mézerai ) qu'on n'ouvrit point le cerveau de ia Reine de Navarre ; elle avait recommandé expressément qu'on visitât avec exactitude cette partie après sa mort. Elle avait été tourmentée toute sa vie de grandes douleurs de tète accompagnées de démangeaisons, et 'avait ordonné qu'on cherchât soigneusement la cause de ce mal , ann qu'on pût le guérir dans ses enfans s'ils en étaient atteints. La Chronologie Novennaire rapporte formellement que Caillard , son Médecin , et Desnceuds , son Chirurgien , disséquèrent son cerveau , qu'ils trouvèrent très-sain j qu'ils aperçurent seulement des petites hubes d'eau, logées entre le crâne et la pellicule qui enveloppe le cerveau , ce qu'ils jugèrent être la cause d^s maux de tête, dont la Reine s'était plainte ; ils attestèrent d'ailleurs qu'elle était morte d'un abcès formé dans la poitrine. Il est à remarquer que ceux qui l'ouvrirent étaient huguenots , et qu'apparemment ils auraient parlé de poison , s'ils y avaient trouvé quelque ressemblance. On peut me répondre qu'ils furent gagnés par la Cour : mais Desnœuds , Chirurgien de Jeanne d'Albret, huguenot passionné,
23i NOTES HISTORIQUES,
écrivit des libelles contre la Cour : ce qu'il n'eût pas fait s'il se fût vendu à elle, et dans ces libelles il ne dit point que Jeanne d'Albret ait été empoisonnée. De plus , il n'est pas croyable qu'une femme aussi habile que Catherine de Médicis , eût chargé d'une pareille commission un misérable parfumeur , qui avait , dit-on , l'insolence de s'en vanter.
Jeanne d'Albret était née en i53o, de Henri d'Albret, Roi de Navarre, et de Marguerite de Valois, sœur de François I. A l'âge de douze ans Jeanne fut mariée à Guillaume , Duc de Clèves ; elle n'habita pas avec son mari. Le mariage fut déclaré nul deux ans après par le Pape Paul III , et elle épousa Antoine de Bourbon. Ce second mariage , contracté du vivant du premier mari , donna lieu depuis aux Prédicateurs de la Ligue de dire publiquement, dans leurs sermons contre Henri IV , qu'il était bâtard ; mais ce qu'il y eut de plus étrange , fut que les Guises , et , entr'autres , ce François de Guise , qu'on dit avoir été si bon Chrétien , abusèrent de la fa blesse d'Antoine de Bourbon , au point de lui persuader de répudier sa femme , dont il avait des enfans , pour érouser leur nièce , et se donner entièrement à eut. Peu s'en fallut que le Roi de Navarre ne donnât dans ce piège. Jeanne d'Albret mourut à quarante-quatre ans , le 9 Juin 1572.
M. Bayle , dans ses réponses aux questions d'un Provincial , dit qu'on avp.it vu , de son tems , en Hollande , le fils d'un Ministre , nommé Goyon , qui passait pour le petit-fils de cette Reine. On prétendait qu'après la mort d'Antoine de Navarre ,
CHANT SECOND. 235 elle s'ét;\it remariée en secret à un Gentilhomme nommé Goyon , dont elle avait eu ce Ministre. ( Tiré de l'édition de 1728. )
Page 35 , vers 236.
On l'insulte , etc. Il est impossible de savoir s'il est vrai que Catherine de- Médicis ait envoyé la tête de l'Amiral à Rome , comme l'assurent les pretestans. Mais il est sûr qu'on porta sa tête à la Reine avec un coffre plein de papiers , parmi lesquels était l'histoire du tems , écrite de la main de Coligni. La populace traîna son corps par les rues , et le pendit par les pieds , avec une chaîne de fer , au gibet de Mont faucon.
Le Roi eut la cruauté d'aller lui-même avec sa Cour à Montfaucon, jouir de cet horrible spectacle; quelqu'un lui ayant dit que le corps de l'Amiral sentait mauvais , il répondit comme Vitellius : le corps d'un ennemi mort sent toujours bon.
Le Parlement rendit un Arrêt contre le mort , par lequel il ordonna que son corps , après avoir été traîné sur la claie, serait pendu en Grève , ses enfans déclarés roturiers , et incapables de posséder aucune charge , sa maison de Chàtillon-sur-Loin rasée , les arbres coupés , etc. et que tous les ans on ferait une procession le jour de la Saint-Barthelemi , pour remercier Dieu de la découverte de la conspiration, à laquelle l'Amiral n'avait point songé. Le Parlement avait mis , quelques années auparavant , sa tête à cinquante mille écus. Il est assez singulier que ce soit précisément le même prix qu'il mit depuis à celle du Cardinal Mazarin. Le génie
des Français est de tourner en plaisanterie les événemens les plus affreux : on débita un petit écrit intitulé : Passio Domini noétri Gaopardi Coligni , secundùm Bartholomœum.
Mézcrai rapporte , dans sa grande histoire , un fait dont il est très-permis de douter : il dit que , quelques années auparavant , le Gardien du Couvent des Cordeliers de Saintes , nommé Michel Crellet , condamné par l'Amiral à être pendu , lui prédit qu'il mourrait assassiné , qu'il serait jeté par les fenêtres , et ensuite pendu lui-même.
De nos jours un Financier ayant acheté une terre qui avait appartenu aux Coligni , y trouva , dans le parc, à quelques pieds sous terre , un coffre de fer rempli de papiers , qu'il fit jeter au feu , comme ne produisant aucun revenu. ( Tiré de lédition de 1728 , et de celle de 1787. ) Page 3ç , vers 292.
Le Roi , le Roi lui-même , etc. Voici ce que Brantôme ne fait pas de difficulté d'avouer lui-même dans ses mémoires. Quand il fut jour , le Roi mit la tête à la fenêtre de sa chambre , et voyait aucune dans le Fauxbourg Saint-Germain qui se remuaient et se sauvaient : il prit une grande arquebuse de chasse qu'il avait , ei en tirait tout plein de coups à eux , mais en vain , car V arquebuse ne tirait si loin : incessamment criait : Tue^ , tue{.
Voici maintenant de quelle manière est couchée la note de l'édition de 1728.
Le Roi, te Roi lui-même , aa milieu des Bourreaux.
Charles IX avait eu la barbarie de tirer iui-mémô
CHANT SECOND. 2*7 avec une arquebuse sur les huguenots qu'il voyait fuir. Plusieurs personnes ont entendu conter à M. le Maréchal de Tessé , que dans son enfance il avait vu un vieux gentilhomme âgé de plus de cent ans , qui avait été fort jeune dans les gardes de Charles IX. 11 interrogea ce vieillard sur la Saint Barthelemi , et lui demanda s'il était vrai que le Roi eut tiré sur les huguenots. C'était moi , Monsieur , répondit le vieillard , qui chargeait son arquebuse.
Henri IV dit publiquement plus d'une fois, qu'après la Saint-Barthelemi une nuée de corbeaux était venue se percher sur le Louvre , et que pendant sept nuits le Roi , lui et toute sa cour , entendirent des gémissemens et des cris épouvantables à la même heure. Il racontait un prodige encore plus étrange. Il disait que quelques jours avant les massacres , jouant aux dez avec le Duc d'Alençon et le Duc de Guise , il vit des gouttes de sang sur la table , que par deux fois il les fit essuyer , que deux fois elles reparurent , et qu'il quitta le jeu saisi d'effroi.
Voyez au poëme , la note du vers 292 , tirée presque toute de l'édition de îjij.
Page 39 , vers 3o5.
De Caumont , jeune enfant , etc. Mézerai , dans sa grande histoire , dit que son père , son frère et lui couchaient dans le même lit . que son père et son frère y turent massacrés , et qu'il échappa comme par miracle , etc. C'est sur la foi de cet historien que j'ai mis en vers cette aventure.
Les circonstances dont Mézerai appuie son récit
ne me permettaient pas de douter de la vérité du fait, tel qu'il le rapporte : mais depuis , Monsieur le Duc ne la Force m'a fait voir les mémoires manuscrits de ce même Maréchal de la Force , écrits de sa propre main. Le Maréchal y conte son aventure d'une autre façon ; cela fait voir comme il faut se fier aux historiens.
Voici l'extrait des particularités curieuses que le Maréchal de la Force raconte de la Saint- Barthelemi.
Deux jours avantla Saint-Barthelemi , le Roi avait ordonné au Parlement de relâcher un Officier qui était prisonnier à la conciergerie; le Parlement n'en ayant rien fait , le Roi avait envoyé quelques-u:is de ses gardes enfoncer les portes de la prison , et tirer de force le prisonnier ; le lendemain le Parlement vint faire ses remontrances au Roi. Tous ces Messieurs avaient mis leur bras en écharpc pour faire voir à Charles IX qu'il avait estropié sa justice. Tout cela avait fait beaucoup de bruit, et au commencement du massacre on persuada d'abord aux huguenots , que le tumulte qu'ils entendaient venait d'une sédition excitée dans le peuple à l'occasion de l'affaire du Parlement.
Cependant , un maquignon qui avait vu le Duc de Guise entrer avec des satellites chez l'Amiral de Coligny , et qui , se glissant dans la foule , avait été témoin de l'assassinat de ce Seigneur , courut aussi-tôt en donner avis au sieur de Caumont de la
Force, à qui il avait vendu dix chevaux huit jours auparavant.
La Force et ses deux fils logeaient au Fauxbourg Saint-Germain, aussi bien que plusieurs calvinistes; il n'y avait point encore de pont qui joignît ce 'Fauxbourg à la ville. On s'était saisi de tous les bateaux , par ordre de la Cour , pour faire passer des assassins dans le Fauxbourg. Ce maquignon se jette à la nage , passe à l'autre bord , et avertit M. de la Force de son danger. La Force était déjà sorti de sa maison , il avait encore eu le tems de se sauver ; mais voyant que ses enfans ne venaient pas , il retourna les chercher. A peine est-il rentré chez lui que les assassins arrivent : un nommé Martin à leur tête entre dans sa chambre , le désarme , lui et ses deux enfans , et lui dit , avec des sermens affreux , qu'il faut mourir. La Force lui proposa une rançon de deux mille écus ; le Capitaine l'accepte ; la Force lui jure de la payer dans deux jours , et aussi-tôt les assassins , après avoir tout pillé dans sa maison , disent à la Force et à ses enfans de mettre leurs mouchoirs en croix sur leurs chapeaux , leur font retrousser leur manche droite sur l'épaule ; c'était la marque des meurtriers. En cet état ils leur font passer la rivière , et les amènent dans la Ville. Le Maréchal de la Force assure qu'il vit la rivière couverte de morts : son père , son frère et lui abordèrent devant le Louvre : là ils virent égorger plusieurs de leurs amis ; et entre autres le brave de Piles, père de celui qui tua en duel le fils de Malherbe. De-là le Capitaine Martin
24o NOTES HISTORIQUES,
mena ses prisonniers dans sa maison , rue des Petits- Champs , lit jurer à la F<".rce que ni lui ni tes enfans ne sortiraient point de-là avant d'avoir payé les deux mille éçus , les laissa en garde à deux soldats Suites., et alla chercher quelques autres calvinistes à massacrer dans la Ville.
L'un des doux Suisses , touché de compassion , offrit aux prisonniers de les faire sauver. La Force n'en voui is rien faire , il répondit qu'il avait
donné sa parole , et qu'il aimait mieux mourir que d'y manquer : une tante qu'il avait lui trouva les deux mille écus , et l'on allait les délivrer au Capitaine Martin , lorsque le Comte de Coconas , celuilà même à qui depuis on coupa le cou , vint dire à la Force que le Duc d'Anjou demandait à lui parier.
Aussi-tôt il fit descendre le père et les enfans nutête et sans manteau. La Force vit bien qu'un le menait à la mort ; il suivit Coconas , en le priant d'épargner ses deux enfans innocens. Le plus jeune , âgé de treize ans, qui s'appelait Jacques Nompar, et qui a écrit ceci , éleva la voix , et reprocha à ces meurtriers leurs crimes , en leur disant qu'ils en seraient punis de Dieu. Cependant les deux enfans sont emmenés avec leur père au bout de la rue des Petits-Champs ; on dorme d'abord plusieurs coups de poignard à l'aîné , qui s'écrie : Ah. ! mon père , ah ! mon Dieu , je suis mort; clans le même marnent le pere tombe percé de coups sur le corps de son fils. Le plus jeune , couvert de leur sang , mais qui, par un kniràcie étonnant, n'avait reçu aucun coup , eut la prudence de s'écrier aussi : Je suis
mon y
mort ; il se laissa tomber entre son pejeet son frère, dont il reçut las derniers soupirs. Les meurtriers les croyant tous morts s'en allèrent, «n disant : Les voilà bien tous trois. Quelques malheureux vinrent ensuite dépouiller les corps ; il restait un bas de toile au jeune de la Force , un marqueur du jeu de paume du Verdelet voulut avoir ce bas de toile; en le tirant , il s'amusa à considérer le corps de ce jeune enfant: Hélas /dit-il , c'est bien dommage : celui-ci n'est qu'un enfant , que pouvait-il avoir faitl Ces paroles de compassion obligèrent le petit de la Force à lever doucement la têîe , et à lui dire tout bas : je ne suis pas mort ; ce pauvre homme lui répondit : Ne bouge-i , mon enfant , aye{ patience» Sur le soir il le vint chercher , il lui dit : Leve*vous , ils n'y sent plus , et lui mit sur les épaules un méchant manteau. Comme il le conduisait y quelqu'un des bourreaux lui demanda : Qui est ce. jeune garçon l c'est mon neveu , lui dit-il , qui s'est enivré ; vous voye\ comme il s'est accommodé , je m'en vais bien lui donner le fouet. Enfin le pauvre marqueur le mena chez lui , et lui .demanda trente écus pour sa récompense. De-là le jeune de la Force se fit conduire, déguisé en gueux , jusqu'à l'Arsenal , chez le Maréchal de Biron , son parent , Grand-Maître de l'Artillerie ; on le cacha quelque tems dans la chambre des filles ; enfin, sur le bruit que la Cour le faisait chercher pour s'en défaire , on le fit sauver en habit de Page , sous le nom de Baupuy.
Page 55 , vers 3oo.
J-ie Roi le fit lui même , etc. Le Duc de Guise fut tué le vendredi 23 Décembre de l'an i558 , à huit heures du matin. Les historiens disent qu'il lui prit une faiblesse dans l'anti-chambre du Roi , parce qu'il avait passé la nuit avec une femme de la Cour : c'était Madame de Noirmoutier , selon la tradition. Tous ceux qui ont écrit la relation de cette mort disent que ce Prince , dès qu'il fut entré dans la chambre du Conseil , commença à soupçonner son malheur par les mouvemens qu'il aperçut. D'Aubigné rapporte qu'il rencontra d'abord dans cette chambre d'Espinac , Archevêque de Lyon , son confident. Celui-ci , qui en même tems se douta de quelque chose , lui dit , en présence de Larchant , Capitaine des gardes , à propos d'un habit neuf que le Duc portait : Cet habit est bien léger au tems qui court ; vous en aurie\ dû prendre vn plus fourré. Ces paroles , prononcées avec un air de crainte , confirmèrent celle du Duc. Il entra cependant par une petite allée dans la chambre du Roi j qui conduisait à un cabinet , dont le Roi avait fait condamner la porte. Le Duc ignorant que la porte fût murée , levé , pour entrer , la tapisserie qui la couvrait ; dans le moment plusieurs
de ces garçons , qu'on nommait les quarante-cinq, le percent srvec des poignards que le Roi leur avait distribués lui-même.
Montseri ou Montsivry fut celui qui donna le premier coup ; il fut suivi de Lognac , de la Bastide et de Saint - Malin , qui se jetèrent en même tems sur le Duc.
On montre encore , dans le château de Blois , une pierre de la muraille contre laquelle il s'appuya en tombant , et qui fut la première teinte de son sang. Quelques Lorrains , en passant par Blois, ont baisé cette pierre , et la raclant avec un couteau, en ont emporté précieusement la poussière.
On ne parle point dans le poëme de la mort du Cardinal de Guise , qui fut aussi tué à Blois ; il est aisé d'en voir la raison : c'est que le détail de l'histoire ne convient pas à l'unité du poëme , parce que l'intérêt diminue à mesure qu'il se partage, ( Edition de 1723. )
Page 66 , vers 323.
Cette grandeur sans borne , etc. On lit , dans la grande histoire de Mézerai , que le Duc dd Mayenne fut soupçonné d'avoir écrit une lettre au Roi , où il l'avertissait de se défier de son frère. Ce seul soupçon suffit pour autoriser le caractère qu'on donne ici au Duc de Mayenne , caractère naturel à un ambitieux, et sur-tout à un chef de parti»
Page 76 , vers 25 1.
\s et heureux tems n est plus , etc. Qu'il me soit permis d'ajouter ici quelques observations sur la note qui se trouve au poème sur le vers 25 1 , tirée de V édition de 1787.
Premièrement , il ne s'agit point de Parlement du tems de Saint Louis , le Parlement n'avant été fixé que dans le commencement du quatorzième siècle. L'histoire marque que ce furent les envoyés de Saint Louis qui firent à ceux du Pape la réponse du Roi ; et ils firent connaître depuis à l'Empereur Frédéric II , que comme la Couronne de France vient par un droit successif, il était plus glorieux d'être Roi de France que d'être Empereur , dignité qui ne s'obtient que par l'élection , et qu'il suffisait à Robert d'être frère d'un aussi grand Prince que le Roi de France. *
Page 86 , vers 45o.
"Potier , cet hommes juste , etc. Voici la remarque des deux éditions de 1723 et 1787.
Nicolas Potier de Novion de Blancmènil , Prc-
* A'. B. Cette observation est de M. l'Abbé Langlet , et l'Auteur de la Henrlade a avoué que cet Abbé avait raison, et que l'Auteur des premières notes avait attribué au Farlemect de Paris ce qui ne lui appartient pas.
sident à Mortier. Il se nommait Blancménil à cause de la terre de ce nom , qui depuis tomba dans la maison de Lamoignon par le mariage de sa petitefille avec le Président de Lamoignon.
Nicolas Potier ne fut pas à la vérité conduit à la Bastille avec les autres membres du Parlement, car il n'était pas venu ce jour-là à la Grand Chambre : mais il fut depuis emprisonné au Louvre dans le tems de la mort de Brisson. On voulut lui faire le même traitement qu'à ce Président. On l'accusait d'avoir une correspondance secrette avec Henri IV". J-.es Seize lui firent son procès dans les formes , afin de mettre de leur côté les apparences de la justice , et de ne plus effaroucher le peuple par des exécutions précipitées que l'on regardait comme des assassinats.
Enfin ; comme Blancménil allait être condamné à être pendu , le Duc de Mayenne revint à Paris. Ce Prince avait toujours eu pour Blancménil une vénération qu'où ne pouvait refuser à sa vertu. Il alla lui-même le tirer de prison. Le prisonnier se jeta à ses pieds ; et lui dit : « Monseigneur, je vous » ai obligation de là vie , mais je vous demande un » plus grand bienfait, c'est de me permettre de me » retirer auprès de Henri IV , mon légitime Roi : » je vous reconnaîtrai toute ma vie pour mon bien- » faiteur ; mais je ne puis vous servir comme mon » maître. » Le Duc de Mayenne , touché de ce discours , le releva , l'embrassa et le renvoya à Henri IV. Le récit de cette aventure , avec l'interrogatoire de Blancménil sont encore dans les pa-
£4<5 NOTES HISTORIQUES, piers de M le Président de Novion d'aujourd'hui. Eussy-le-Clerc avait été d'abord Maître en fait d'armes , et ensuite Procureur : quand le hasard et le malheur des tems l'eurent mis en quelque cr il prit le surnom de Bussy , comme s'il eût été aussi redoutable que le fameux Bussy d'Amkuue, il se faisait appeiler Bussy grar.de puissance.
7isz'z.'œz~-*je**am
Page co , vers 53.
V' LÉ M ENT dans la retraite, etc. La fie: ion qui règne dans ce cinquième Chant , et qui peut-être pourra paraître trop hardie à quelques lecteurs, jv'est point nouvelle. La malice des Ligueurs et le fanatisme des .Moines de ce tems liront passer pour certain , dans l'esprit du peuple , ce qui n'est ici qu'une invention du poète.
L'on imprima et l'on débita publiquement une relation du martyre de frère Jacques-Clément ,dans laquelle on assurait qu'un Ange lui avait apparu , et lui avait ordonné de tuer le tyran , en lui montrant une épée nue. Il est resté depuis un soupçon dans le public , que quelques confrères de Jacques- Clément , abusant de la faiblesse de ce misérable , lui avaient eux-mêmes parlé pendant la nuit , et avaient aisément troublé sa tète , échauffée par le jeûne et par la superstition. Quoi qu'il en soit >
Clément se prépara au parricide , comme un boa chrétien ferait au martyre , par les mortifications et par la prière. On ne peut douter qu'il n'y eût de la bonne foi dans son crime ; c'est pourquoi on a pris le parti de le représenter plutôt comme un esprit faible , séduit par la simplicité , que conunà un scélérat déterminé par son mauvais penchant.
Jacques-Clément sortit de Paris le dernier juillet 1589 •> et ^at arnené à Saint-Cloud par la Guéle , Procureur-Général. Celui-ci , qui soupçonnait un mauvais coup de la part de ce Moine , l'envoya épier pendant la nuit dans l'endroit où il était retiré. On le trouva dans un profond sommeil : son bréviaire était auprès de lui , ouvert et tout gras , au chapitre du meurtre d'Holopherne par Judith. On a eu soin , dans le Poëme , de présenter l'exemple de Judith à Jacques Clément , à l'imitation des Prédicateurs de la Ligue , qui se servaient de l'écriture sainte pour prêcher le parricide. ( Tiré de l'édition de IJ23 )
CHANT S I X I E il
.ti»
E sixième et le septième Chant sont ceux où M. de Voltaire a fait plus de changemens. * Celui
* N. B. Qit3 quand on imprima la Henriade en \~i~> , sous le nom de la Ligne , cet ouvrage n'était pas encore achevé. Il fut imprime avec beaucoup de lacunes , sur une copie qui fut dérobée a l'Auteur , et qui fut beaucoup altérée à l'impression.
qui était le sixième dans la première édition de 1723 , est le septième dans l'édition de Londres in-4.0 et dans les autres qui l'ont suivie ; ainsi le commencement de ce Chant est tiré du Chant neuvième de l'édition de 1723. Il est bon d'abord de remarquer que , comme on a plus d'égard dm: Poëine épique à l'ordonnance du dessin qu'à la chronologie , on a placé , immédiatement après la mort de Henri III , les Etats de Paris , jui ne se tinrent effectivement que quatre ans après. C'est ce que l'Auteur explique plus en détail clans la remarque sur le neuvième Chant , dans L'édition de 1723 ; la voici :
Il y aura sans doute des lecteurs qui seront étonnés de la suppression de plusieurs évtneniens considérables dans le neuvième Chant, et de quelques dérangemens de chronologie qu'ils y trouveront. Cette matière mérite d'être éclaircie.
Ce Chant contient trois faits principaux ; i.° Les Etats de Paris ; 2.° Le siège de cette Ville; 3.Q La conversion de Henri IV , qui occasionna la réduction de cette Ville ; mais ce dernier article est réservé pour le Chant dixième dans les éditions ordinaires.
Selon la vérité de l'histoire , Henri-le-Grand assiégea Paris quelques tems après la bataille d'Ivri , en iôço , au mois d'Avril. Le Duc de Parme lui en fit lever le siège au mois de Septembre. La Ligue , long-tems après , en i5ç3 , assembla les Etats pour élire un Roi à la place du Cardinal de Bourbon , qu'elle avait reconnu sous le nom de Charles X ,
et qui était mort depuis deux ans et demi ; et sur la fin de la même année 1Ô93 , au mois dd juillet , le Roi fit son abjuration dans Saint-Denis , et n'entra dans Paris , qu'au mois de Mars 1694.
De tous ces événemens , on a supprimé l'arrivée du Duc de Parme , et le prétendu règne de Charles , Cardinal de Bourbon : il est aisé de s'apercevoir que faire; paraître le Duc de Parme sur la scène , eût été avilir Henri IV , le Héros du Poëme, et agir précisément contre le but de l'ouvrage ; et qui serait une faute impardonnable.
A l'égard du Cardinal de Buurbon , ce n'était pas la peine de blesser l'unité , si essentielle dans tout ouvrage épique , en faveur d'un Roi en peinture tel que ce Cardinal : il serait aussi inutile dans le Poëme qu'il le fut dans le parti de la Ligue. En un mot , on passe sous silence le Duc de Parme , parce qu'il était trop grand, et le Cardinal de Bourbon , parce qu'il était trop petit. On a été obligé de placer les Etats de Paris avant le siège , parce que , si on les eût mis dans leur ordre , on n'aurait pas eu les mêmes occasions de mettre dans leur jour les vertus du Héros : on n'aurait pas pu lui faire donner des vivres aux assiégés , ni le faire aussi-tôt récompenser de sa générosité. D'ailleurs , les Etats de Paris ne sont point du nombre des événemens , qu'on ne peut déranger de leur point chronologique : la poésie permet la transposition de tous les faits qui ne sont point écartés les uns des autres d'un grand nombre d'années , et qui n'ont entre eux aucune liaison nécessaire. Par
25o NOTES HISTORÏQLES,
exemple , je pourrais , sans qu'on eût rien à m* reprocher , faire Henri IV amoureux de Gabriel] e d'Estrées du vivant de Henri III , parce que la vie et la mort de Henri III n'ont rien de commun avec l'amour de Henri IV pour Gabrielle d'Estrées. Les Etats de la Ligue sont dans le même cas par rapport au siège de Paris : ce sont deux événemens absolument indépendant l'un de l'autre.; Ces Etats n'eurent aucun effet : on n'y prit nulle résolution 7 ils ne contribuèrent en rien aux affaires du parti : le hasard aurait pu les assembler avant le siège comme après ; ils sont bien mieux placés avant le siège dans le Poëme. De plus il faut considérer qu'un Poëme épique n'est pas une histoire: on ne saurait trop présenter c^tte règle aux lecteurs qui n'en seraient pas instruits.
Loin ces rimeurs craintifs dont l'esprit phlegmatique
Garde dans ses fureurs un ordre didactique :
Qui , chantant d'un Héros les exploits éclatans ,
Maigres Historiens , suivront l'ordre des tems.
Ils n'osent un moment perdre un sujet de vue ; • •
Pour prendre Dole , il faut que Lille soit rendue ;
Et que leur vers exact, ainsi que Mézerai ,
Ait fait tomber dé;a les rempaits de Cour ti ai, etc.
CHANT SEPTIEME. 25r
" ■' hiwiihi^ii— I' ni1 ■■' im~i
Page i38 , vers 209.
J2j t vous brave Ama\oane , ef«;. Voici ce qu'on a écrit de plus raisonnable sur h Pucelle d'Orléans : C'est Monstrelet , Auteur comtemporain , qui parle.
« En l'an 1428 vint devers le Roi Charles de » France à Chinon où il se tenait , une pucelle , » jeune fille âgée de vingt ans , nommée Jeanne , » laquelle était vêtue et habillée en guise d'homme , » et était née des parties entre Bourgogne et Lor- »> raine , d'une ville nommée Droimi , à présent » Domrerni , assez près de Vaucouleurs ; laquelle » pucelle Jeanne fut grand espace de tems cham- }> briere en une hôtellerie ; et était hardie de chei> vaucher chevaux, les mener boire, et faire telles » autres apertises et habiletés que jeunes filles n'ont n point accoutumé de faire , et fut mise à voie , et » envoyée devers le Roi par un Chevalier nommé » Messire Robert de Baudrencourt , Capitaine , de ?> par le Roi , de Vaucouleur , etc. »
On sait comment on se servit de cette fille pour ranimer le courage des Français , qui avaient besoin d'un miracle : il suffi., qu'on l'ait crue envoyée de Dieu, pour qu'un poète soit en droit de la placer dans le Ciel avec les Héros. Mézerai dit tout bonnement que Saint Michs: , le Prince de la Milice Csleçte , apparut à cette fille, etc. Quoi qu'il en soit , si les
Français ont été trop crédules sur la pucelle d'Orléans, les Anglais ont été trop cruels en la faisant brûler : car ils n'avaient rien à lui reprocher que son courage et leurs défaites. ( Tiré de l'édition de ijz3. )
Je voudrais bien ajouter un mot de remarque à ce sujet , sans faire néanmoins une dissertation. Peut-on s'empêcher de luuer le courage et la résolution si prudente et si bien concertée d'une fille de vingt ans , élevée et nourrie dans la campagne , uniquement occupée à la garde des moutons , fille simple dans ses mœurs , toujours sage dans sa conduite et dans ses réponses , sans se démentir en rien tant qu'elle fut à la tête de nos armées l Elle avait paru devant le Roi en 1429 , avec une fermeté et une résolution extraordinaire ; mais toujours cependant avec une modestie convenable à son sexe et à son âge. Elle lui promit de délivrer la ville d'Orléans, et de le conduire à Reims pour y être sacré : ce qu'elle exécuta avec autant de prudence que de vigueur. N'est- ce pas un prodige de voir que les idées d'une pauvre fille sans talens et sans expérience , renversent les desseins les mieux concertés de ces hommes prudens , et même si bien établis dans le royaume , et que par une conduite simple , mais généreuse , elle énerve les forces les plus redoutables que l'on cormût alors l Cependant bien des Auteurs du tems même avouent qu'il y eut quelque chose de surnaturel dans la conduite de cette elle : c'est ce qui est examiné dans le livre de Y Histoire justifiée contre les Romans.
Page i5ç , vers 102, après ce vers:
JOj T par Armand détruite , etc. On voit dans l'édition de 17-23 ce qui suit :
Sancy , brave guerrier , Ministre , Magistrat , etc.
Sur quoi l'Auteur fait une remarque très-curieuse au sujet de M. de Sancy.
-Nicolas de Harlay de Sancy fut successivement Conseiller au Parlement , Maître des Requêtes , Ambassadeur en Angleterre et en Allemagne. Colonel générai des Suisses , premier Maître-d'Hôtel du Rui , Surintendant des finances , et réunit ains*i en sa personne le Ministère , la Magistrature et le commandement des armées. Il était fils de Robert de Harlay , Conseiller au Parlement , et de Jacqueline de Morvilliersj il naquit en 1546, et mourut en
N'étant encore que Maître des Requêtes , il se trouva dans le Conseil de Henri III , lorsqu'on délibérait sur les moyens de soutenir la guerre contre la Ligue • il proposa de lever une armée de Suisses. Le Conseil , qui savait que le Roi n'avait pas un sou, se moqua de lui. Alessieurs , dit Sancy , puisque d.e tous ceux qui ont reçu du Roi tant de bienfaits , il ne s'en trouve pas un qui veuille le secourir , je vous déclare que ce sera moi qui lèverai cette armée,
254 NOTES HISTORIQUES, On lui donna sur-le-champ la commission , et point d'argent, et il partit pour la Suisse. Jamais négociation ne fut si singulière : d'abord il persuada aux Genevois et aux Suisses de faire la guerre au Duc de Savoie , conjointement avec la France : il leur promit de la cavalerie qu'il ne leur donna point : il leur fit lever dix mille hommes d'infanterie , et les engagea de plus à donner cent mille écus. Quand il se vit à la tête de cette armée , il prit quelques places au Duc de Savoie : ensuite il sut tellement gagner les Suisses , qu'il engagea l'armée à marcher au secours du Roi. Ainsi on vit pour la première fois les Suisses donner des hommes et de l'argent.
Sancy , dans cette négociation , dépensa une partie de ses biens ; il mit en gage ses pierreries , et entr'autres ce fameux diamant nommé le Sancy , qui est à présent à la couronne.
Ce diamant qui passait pour le plus beau de l'Europe, avait d'abord appartenu au malheureux Roi de Portugal , Dom Antoine , chassé de son pays par Philippe II. Dorn Antoine s'était réfugié en France, n'ayant pour tout bien qu'une selle garnie de pierreries, et un petit coffre, dans lequel il y avait quelques diamans. Celui dont il est question est un diamant assez large, qu'il mettait à son chapeau, et qu'il aimait beaucoup. Ce fut celui dont il se défit le dernier : il le mit en gage entre les mains de Sancy , qui lui prêta quarante mille francs sur cet efîet. Le Roi n'étant point en état de rendre cette somme , le diamant demeura à Sancy , qui fut honteux d'avoir, pour une somme si modique , une
CHANT HUITIEME. 255 piccc d'un si grand prix. Il envoya dix mille écus au Roi Dora Antoine , et eût pu même en donner davantage.
Sancy , étant Surintendant des finances sous Henri IV , fut disgracié , au rapport de M.deThou, parce qu'il avait dit à la Duchesse de Beaufort que ses enfans ne seraient jamais que des fils de P. 11 y a plus d'apparence que le Roi lui ôta les finances parce qu'il s'accommodait beaucoup mieux de Rosny. Sancy même ne fut point disgracié , puisque le Roi , en 1604. , le nomma Chevalier de l'Ordre.
Il s'était fait Catholique quelque tems après Henri IV , disant qu'il fallait être de la religion de son Prince. C'est sur cela que d'Aubigné , qui ne l'aimait pas, composa l'ingénieuse et mordante satyre intitulée : La Confession Catholique de Sancy , imprimée avec le journal de Henri III. ( Tiré de l'édition de Ijl3. )
Page 171 , vers 10 des Variantes.
Frappe le Grand Henri , etc. Ce vers donne lieu à l'Auteur de faire, dans l'édition de 1728 , une remarque qui n'est point dans les autres éditions , parce que l'on a supprimé les vers qui y ont donné lieu : la voici cependant :
Ce ne fut point à Ivri , ce fut au combat d'Auînale que Henri IV fut blessé : il eut la bonté depuis de mettre Je soldat qui l'avait blessé dans ses-gardes.
Le lecteur s'aperçoit bien sans doute que l'on n'a ou parler de tous les combats de Kenri-le-Grand,
256 NOTES HISTORIQUES, etc.
dans un Poëme où il faut conserver l'unité d'action. Ce Prince fut blessé à Auraale ; il sauva la vie au Maréchal de Biron à Fontaine-Française. Ce sont-là des événemens qui méritent d'être mis en œuvre par le Poète ; mais il ne peut les placer dans les temps où ils sont arrivés : il ômt qu'il rassemble , autant qu'il peut , ces actions séparées ; qu'il les rapporte à la même époque ; en un mot , qu'il compose un tout de diverses parties : sans cela il est absolument impossible de faire un poëme épique fondé sur une histoire.
Henri IV ne fut donc point blessé à Ivri ; mais il courut un grand risque de la vie ; il fut même enveloppé de trois cents Cornettes Walonnes , et y aurait péri , s'il n'eût été dégagé par le Maréchal d'Aumont et par le Duc de la Trémoille. Les siens le crurent mort quelque temps , et jetèrent de grands cris de joie , quand ils le virent l'épée à la main , tout couvert du sang des ennemis.
Je remarquerai ou'après la blessure du Roi à Aumale , Duplessis-Moruay lui écrivit : S IRE, J oui avei asseï fait V Alexandre , /'/ est temps que vous fassiez le César : c'est à nous à mourir pour votre Majesté , et ce vous est gloire , Sire , de vivre pour nous ; et j'ose vous dire que ce vous est devoir.
Fin des Notes historiques sur la Henriade , tirées de l'édition de M. l'Abbé Langlet.