‹ HenriadeChapitre 21 sur 69 · Chapitre I. 2 Si · texte numérisé non relu

Chapitre I. 2 Si

fie prétendre les peindre ; j'essaierai seulement de crayonner une esquisse de leurs principaux traits: c'est au lecteur à suppléer aux défauts de ce dessein : je ne ferai que proposer ; il doit juger , et son jugement sera ju^te , s'il lit avec impartialité , et s'il n'écoute ni les préjugés qu'il a reçus dans l'école , ni cet amour-propre mal entendu , qui nous fait mépriser tout ce qui n'est pas dans nos mœurs. ïl verra la naissance , le progrès , la décadence de l'art ; il le verra ensuite sortir comme de ses ruines ; il le suivra dans tous ses changemens ; il distinguera ce qui est beauté ou défectuosité dans tous les tems, et chez toutes les nations , d'avec ces beautés locales , qu'on admire dans un pays et qu'on méprise dans un autre. Il n'ira point demander à Aristote ce qu'il doit penser d'un auteur Anglais ou Portugais, ni à M. Perrault, comment il doit juger de l'Iliade ; il ne se laissera point tyranniser par S.aîiger , ni par le Bossu : mais il tirera ses règles de la nature et des exemples qu'il aura devant les yeux, et il jugera entre les Dieux à'Homere et le Dieu de Alilton , entre Caîypso et Didon , entre Armide et Eve.

Si les nations de l'Europe , au lieu de se mépriser injustement les unes les autres , voulaient faire une attention moins superficielle aux ouvrages et aux manières de leurs voisins , non pas pour en rire , mais pour en profiter , peut-être de ce commerce mutuel d'observations naîtrait ce goût général qu'où cherche si inutilement.

Essai sur h Poésie épique ,

OMERE vivait probablement environ huit cent cinquante années avant l'ère chrétienne : il était certainement contemporain d'Hésiode. Or , Hésiode nous apprend qu'il écrivait dans l'âge qui suivait celui de la guerre de Troye , et que cet âge dans lequel il vivait finirait avec la rrénération qui existait alors. Il est donc certain qu Homère fleurissait deux générations après la guerre de Troye ; ainsi il pouvait avoir vu, dans son enfance, quelques vieillards qui avaient été à ce siège , et il devait, avoir parlé souvent à des Grecs d'Europe et d'Asie qui avaient vu Uly-.se , Matelas et Achille»

Quand il composa Vilidde , ( supposé qu'il soit l'auteur de tout cet ouvrage ) il ne fit donc que mettre en vers une partie de l'histoire et des fables de son tems. Les Grecs n'avaient alors que des poètes pour historiens et pour théologiens ; ce ne fut même que quatre cents ans après Heoiode et Homère qu'-in se réduisit à écrire l'histoire en prose. Cet usage , qui paraîtra bien ridicule à beaucoup de lecteurs , était très-raisonnable. Un livre dans ce tems-là était une chose aussi rare qu'un bon lirre l'est aujourd'hui : loin de donner au public l'histoire in-folio de chaque village , comme on fait à présent , on ne transmettait à la postérité que le-s

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