Chapitre II
grands événemens qui devaient l'intéresser. Le culte des Dieux et l'histoire des grands hommes étaient les seuls sujets de ce petit nombre d'écrits. On les composa long-tems en vers chez les Egyptiens et riiez les Grecs , parce qu'ils étaient destinés à être retenus par cœur , et à être chantés : telle était la coutume de ces peuples , si différens de nous. Il n'y eut , jusqu'à Hérodote , d'autre histoire parmi eux qu'en vers , et ils n'eurent , en aucun terns , de poésie sans musique.
À l'égard d'Homère , autant ses ouvrages sont connus , autant est on dans l'ignorance sur sa personne. Tout ce qu'on sait de vrai , c'est que , longtemps après sa mort , on lui a érigé des statues et eh. v<: les temples. Sept villes puissantes se sont disputé l'honneur de l'avoir vu naître ; mais la commune opinion est que , de son vivant , il mendiait dans sept villes , et que celui dont la postérité a fait un Dieu , a vécu méprisé et misérable ; deux choses très-compatibles.
L'Iliade , qui est le grand ouvrage à'Homere , e-st plein de Dieux et de combats peu vraisemblables. Ces sujets plaisent naturellement aux hommes, ils aiment ce qui leur paraît terrible ; ils sont comme les enfans qui écoutent avidement ces contes de sorciers qui les effraient. Il y a des fables pour tout âge , et il n'y a point de nation qui n'ait eu les siennes. De ces deux sujets qui remplissent l'Iliade , naissent les deux grands reproches que l'on fait à Homère : on lui impute l'extravagance de ses Dieux , la grossiste té de ses Héros. C'est reprocher
28+ Essai sur la Poésie épique ,
à un peirrtre d'avoir donné à ses figures des habillemens de son tems. Homère a peint les Dieux tels qu'on les croyait , et les hommes tels qu'ils étaient. Ce n'est pas un grand mérite de trouver de l'absurdité dans la théologie païenne ; mais il faudrait être bien dépourvu de goût pour ne pas aimer certaines fables d'Homère. Si l'idée des trois Grâces qui doivent accompagner la déesse de la beauté , si la ceinture de Vénus sont de son invention, quelles louanges ne lui doit-on pas pour avoir ainsi orné cette religion que nous lui reprochons l Et si ces fables étaient déjà reçues avant lui , peuton mépriser un siècle qui avait trouvé des allégories si justes et si charmantes ?
Quant à ce qu'on appelle grossièreté dans les héros d'Homère , on peut rire tant qu'on voudra de voir Patrocle , au neuvième chant de l'Iliade , mettre trois gigots de moutons dans une marmitte, allumer et souffler le feu, et préparer le dîner avec Achille ; Achille et Patrocle n'en sont pas moins éclatans ; Charles XII , Roi de Suéde , a fait six mois sa cuisine à Demir - Tccca , sans perdre rien de son héroïsme : et la plupart de nos généraux, qui portent dans un camp tout le luxe d'une cour efféminée, auront bien de la peine à égaler ces héros qui faisaient leur cuisine eux-mêmes. On peut se moquer de la Princesse Nausica , qui , suivie de toutes ses femmes , va laver ses robes et celles du Roi et de la Reine ; on peut trouver ridicule que les filles d'Auguste aient filé les habits de leur père, lorsqu'il était maître de la moitié de l'univers : cela n'em-