‹ HenriadeChapitre 23 sur 69 · Chapitre IL · texte numérisé non relu

Chapitre IL

péchera pas qu'une simplicité si respectable ne vaille bien la vaine pompe , la mollesse et l'oisiveté dans lesquelles les personnes d'un haut rang sont nourries.

Que si l'on reproche à Homère d'avoir tant loué la force de ces héros , c'est qu'avant l'invention de la poudre , la force du corps décidait de tout dans les batailles ; c'est que cette force est l'origine de tout pouvoir chez les hommes ; c'est que par cette supériorité seule les nations du nord ont conquis notre hémisphère depuis la Chine jusqu'au Mont- Atlas. Les anciens se faisaient une gloire d'être robustes j leurs plaisirs étaient des exercices violens ; ils ne passaient point leurs jours à se faire traîner dans des chars , à couvert des influences de l'air , pour aller porter ianguissamment , d'une maison dans une autre , leur ennui et leur inutilité. En un mot, Homère avait à représenter un Âjax et un Hector , non un courtisan de Versailles ou de Saint- James.

Après avoir rendu justice au fond du sujet des poëmes à'Homere , ce serait ici le lieu d'examiner la manière dont il les a traités , et d'oser juger du prix de ses ouvrages. Mais tant de plumes savantes ont épuisé cette matière , que je ine bornerai à une seule réflexion , dont ceux qui s'appliquent aux Belles - Lettres pourront peut - être tirer quelque utilité.

Si Homère a eu des temples , il s'est trouvé bien des infidèles qui se sont moqués de sa divinité ; il y a eu , dans tous les siècles , des savans , des rai-

2*5 Essai sur la Poésie épique ,

sonneurs , qui l'ont traité d'écrivain pitoyable ,

tandis que d'autres étaient à genoux devant lui.

Ce père de la poésie est , depuis quelque tems, un grand sujet de dispute en France. Perrault commença la querelle contre Despréaux ; mais il apporta à ce combat des armes- trop inégales ; il composa son livre du parallèle des anciens et des modernes , où Ton voit un esprit -très-superficiel, nulle méthodd et beaucoup de méprises. Le redoutable De sprcaux accabla son adversaire en s'attachait uniquement à relever ses bévues ; de sorte que la dispute fut terminée par rire aux dépens de Perrault , sans Qu'on entamât seulement le fond de la question. Houdar de la Motte a depuis renouvelé la querelle : il ne savait pas la langue Grecque ; mais l'esprit a suppléé en lui , autant qu'il est possible , à cette connaissance. Peu d'ouvrages sont écrits avec autant d art, de discrétion et de finesse que ses dissertations sur Homère. Madame Dacïer , connue par une érudition qu'on eût admirée dans un homme , soutint la cause à' Homère avec l'emportement d'un commentateur. On eût dit que l'ouvrage de M. de la Motte était d'une femme d'esprit , et celui de Madame Dacier , d'un homme savant. L'un, par son ignorance dans la langue Grecque , ne pouvait sentir les beauté de l'auteur qu'il attaquait ; l'autre , toute remplie de la superstition des commentuteurs , était incapable d'apercevoir des défauts dans l'auteur qu'elle adorait.

Pour moi , lorsque je lus Homère , et que je vis ces fautes grossières , qui juitiûent les critiques , et

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