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Chapitre II

ces beautés plus grandes que ces fautes , je ne pus croire d'abord que le meute génie eût composé tous les chants de l'Iliade. Eu effet , nous ne connaissons parmi les Latins ni parmi nous aucun auteur qui soit tombé si bas , après s'êire élevé si haut. Lo grand Corneille , génie pour le moins égal à Homère , a fait , à la vérité , Per charité , Suréna , Agêsilas , après avoir donné Cinna et Pvlieucte ; mais Suréna et Perlharite sont des sujets encore plus mal choisis que mai traités. Ces tragédies sont très- faibles ; mais non pas remplies d'absurdités , de contradictions et de fautes grossières. Enfin, j'ai trouvé chez les Anglais ce que je cherchais ; et le paradoxe de la réputation d'Homère m'a été développé. Shakespear , leur premier poëte tragique , n'a guère , en Angleterre , d'autre épithete que celle de Divin. Je n'ai jamais vu à Londres la salle de la comédie aussi remplie à Y Andromaque de Racine , toute bien traduite qu'elle est par Philivps, ou au Caton à'Adisson , qu'aux anciennes pièces de Shakespear. Ces pièces sont des monstres en tragédie. Il y en a qui durent plusieurs années ; on y baptise , au premier acte , le héros qui meurt de vieillesse au cinquième ; on y voit des sorciers, des paysans , des ivrognes , des bouffons , des fossoyeurs qui creusent une fosse , et qui chantent des airs à boire en jouant avec des têtes de mort. Enfin , imaginez ce que vous pourrez de plus monstrueux et de plus absurde , vous le trouverez dans Shakespear. Quand je commençais à apprendre la langue Anglaise , je ne pouvais comprendre comment une

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nation si éclairée pouvait admirer un auteur si extravagant; mais dès que j'eus une plus grande connaissance de la langue , je m'aperçus que les Anglais avaient raison , et qu'il est impossible que toute une nation se trompe en fait de sentiment , et ait tort d'avoir du plaisir. Ils voyaient comme moi les fautes grossières de leur auteur favori ; mais ils sentaient mieux que moi ses beautés , d'autant plus singulières que ce sont des éclairs qui ont brillé dans la nuit la plus profonde, Il y a cent cinquante années qu'il jouit de sa réputation. Les auteurs qui sont venus après lui ont servi à l'augmenter plutôt qu'ils ne l'ont diminuée. Le grand sens de l'auteur de Caton , et ses talens qui en ont fait un Secrétaire d'Etat , n'ont pu le placer à côté de Shakespear. Tel est le privilège du génie d'invention; il se fait une route où personne n'a marché avant lui ; il court sans guide , sans art , sans règle ; il s'égare dans sa carrière ; mais il laisse loin derrière lui tout ce qui n'est que raison et qu'exactitude. Tel à-peu-près était Homère ; il a créé son art et l'a laissé imparfait : c'est un chaos encore , la lumière y brille déjà de tous côtés.

Le Clovisàe Desmarets , la Pucelle de Chapelain , ces poëmes , fameux par leur ridicule , sont , à la honte des règles , conduits avec plus de régularité que ['Iliade , comme le Pyrame de Pradon est plus exact que le Cid de Corneille. Il y a peu de petites Nouvelles où les événemens ne soient mieux ménagés , préparés avec plus d'artifice , arrangés avec mille fois plus d'industrie que dans Homère.

Cependant

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