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Chapitre III. 2ç

altériez l'un pour le faire cadrer avec l'autre ; et y a-t-il rien de plus ridicule que de commencer à bâtir pour être ensuite obligé de détruire ?

Virgile rassembla donc dans son poëme tous ces differens matériaux qui étaient épars dans plusieurs livres , et dont on peut voir quelques-uns dans Denis d'Halicar nasse. Cet historien trace exactement le cours de la navigation à'Enée , il n'oublie ni la fable des Harpies, ni les prédictions de Céîéno , ni le petit Ascane , qui s'écrie que les Troyens ont mangé leurs assiettes , etc. Pour la métamorphose des vaisseaux à'Enée en Nymphes , Denis d'Halicarnasse n'en parie point. Virgile lui-même prend soin de nous avertir que ce conte était une ancienne tradition, Prisca fi des facto , sed fama perennis. Il semble qu'il ait eu honte de cette foble puérile , et qu'il ait voulu se l'excuser à lui-mêmo en se rappellant la créance publique. Si on considérait dans cette vue plusieurs endroits de Virgile , qui choquent au premier coup-d'œil, on serait moins prompt à le condamner.

N'est-il pas vrai que nous permettrions à un auteur Français qui prendrait Clovis pour son héros t de parler de la Sainte Ampoule , qu'un pigeon apporta du ciel dans la ville de Reims pour oindre le Roi , et qui se conserve encore avec foi rlanS cette ville ? Un Anglais qui chanterait le Roi Arthus , n'aurait-il pas la liberté de parler de l'enchanteur Merlin ! Tel est le sort de toutes ces anciennes fables , où se perd l'origine de chaque peuple , qu'on respecte leur antiquité en riant de leur ab-

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surdité. Après tout , quelqu'excusable qu'on soit de

mettre en œuvres de pareils contes , je pense qu'il

vaudrait encore mieux les rejeter entièrement ; un

seul lecteur sensé que ces faits rebutent . mérite

{dus d être ménagé qu'un vulgaire ignorant qui les

croit.

A l'égard de la construction de la fable, Virgile est blâmé par quelques critiques, et loué par d'autres , de s'être asservi à imiter Homère. Pour moi , si j'ose hasarder mon sentiment , je pense qu'il ne mérite ni ces reproches ni ces louanges. 11 ne pouvait éviter de mettre sur la scène les Dieux à'Homere , qui étaient aussi les siens , et qui , selon la tradition, avaient .eux-mêmes guidé Enée en Italie. Mais assurément , il les fait agir avec plus de jugement que le poète Grec. Il parle comme lui du siège de Troye ; mais j'ose dire qu:ïl y a plus d'art , et des beautés plus touchantes dans la description que fait Virgile de la prise de cette ville , que dans toute l'Iliade à'Homere. On nous crie que l'épisode de Didon est d'après celui de Circé et de Cal ipso ; çpiEnee ne descend aux enfers qu'à l'imitation à 'Misse. Le lecteur n'a qu'à comparer ces prétendues copies avec l'original supposé , il y trouvera une prodigieuse différence. Homère a fait Virgile , dit-on. Si cela est , c'est sans doute son plus bel ouvrage.

Il est bien vrai que Virgile a emprunté du Grec quelques comparaisons , quelques descriptions , dans lesquelles , même pour l'ordinaire , il est audessous de l'original : quand Virgile est grand , il

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