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Chapitre IV. 3o

au défaut d'invention par la grandeur des sentiinens ; mais il a caché trop souvent sa sécheresse sous de l'enflure. Ainsi il est arrivé qu' Achille et Enêe , qui étaient peu importons par eux-mêmes , sont devenus grands dans Homère et dans Virgile , et que César et Pompée sont petits quelquefois dans Lucain. 11 n'y a dans son poëme aucune description brillante comme dans Homère. Il n'a point connu , comme Virgile , l'art de narrer et de ne rien dire de trop ; il n'a ni son élégance ni son harmonie. Mais aussi vous trouverez dans la Pharsale des beautés qui ne sont ni dans l'Iliade ni dans l'Enéide. Au milieu de ces déclamations ampoulées , il y a de ces pensées mâles et hardies, de ces maximes politiques dont Corneille est rempli : quelques-uns de ces discours ont la majesté de ceux de Tite-Live , et la force de Tacite : il peint comme Salluste , en un mot , il est grand par-tout où il ne veut point être poëte. Une seule ligne telle que celle-ci ; en parlant de César : Nil actum reputans si quid superesset agendum , vaut bien assurément une description poétique.

Virgile et Homère avaient fort bien fait d'amener les Divinités sur la scène. Lucain a fait tout aussi bien de s'en passer. Jupiter , Junon , Mars , Vénus , étaient des embellissemens nécessaires aux actions A'Enée et à'Jgamemnon. On savait peu de chose de ces héros fabuleux; ils étaient comme ces vainqueurs des jeux olympiques que Pindare chantait , et dont il n'avait presque rien à dire. Il fallait

3o+ Essai sur la Poésie épique ,

qu'il se jetât sur les louages de Castor , de Pollux et d'Hercule. Les faibles commencemens de l'empire Romain avaient besoin d'être relevés par l'intervention des Dieux ; mais César, Pompée, Caton, Labienus , vivaient dans un autre siècle c\u.'Enée ; les guerres civiles de Rome étaient trop sérieuses pour ces jeux d'imagination. Quel rôle César jouerait-ii dans la plaine de Pharsale , si Iris venait lui apporter son épée , ou si Venus descendait dans un nuage d'or à son secours l

Ceux qui prennent les commencemens d'un art pour les principes de l'art même , sont persuadés qu'un poëme ne saurait subsister sans Divinités , parce que l'Iliade en est pleine ; niais ces Divinités sont si peu essentielles au poëme , que le plus bel endroit qui soit dans Lucain , et peut-être dans aucun poëte , est le discours de Caton. , dans lequel ce stoïque ennemi des fables , dédaigne d'aller voir dans le Temple Jupiter Hammon, Je me sers de la traduction de Brébeuf, malgré ses défauts :

Laissons , laissons , dit-il , un secours si honteux

A ces âmes qu'agite un avenir douteux.

Pour être convaincu que la vie est à plaindre ,

Que c'est un long combat dont l'issue est a craindre ,

Qu'une mort glorieuse est préférable aux fers ,

Je ne consulte point les Dieux ni les Enfers.

Alors que du néant nous passons jusqu'à l'être ,

Le ciel met dans nos cœurs tout ce qu'il faut connaître;

Nous trouvons Dieu par-tout , par-tout il parle à nous :

Kûus savons ce qui fait eu détruit soja courroux.

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