‹ HenriadeChapitre 41 sur 69 · Chapitre VI. 3i · texte numérisé non relu

Chapitre VI. 3i

Tasse. C'est-là que Vénus , aidée des conseils du Père Éternel , et secondée en même tems des flèches de Cupidon , rend les Ncreid.es amoureuses des Portugais. Les plaisirs les plus lascifs y sont peints sans ménagement ; chaque Portugais embrasse une Néréide , et Tkétis obtient Vasco de Gama pour sofl pxrtage. Cette Déesse le transport? sur i\\\ç, haute montagne , qui est l'endroit le plus délicieux de l'île , et de -là lui montre tous les royaumes de la terre et lui prédit les destinées du Portugal.

Camoens , après s'être abandonné sans réserve a là description voluptueuse de cette île , et des plaisirs où les Portugais sont plongés , s'avise d'informer le lecteur que toute cette fiction ne signifie autre chose que le plaisir qu'un honnête homme sent à faire son devoir. Mais il faut avouer qu'une île enchantée , dont Venus est la Déesse , et où des Nymphes caressent des Matelots après un voyage de long cours , ressemblé plus à un Aîusico d'Amsterdam qu'à quelque chose d'honnête. J'apprends qu'un traducteur du Camoens prétend que dans ce poëme Vénus signifie la Sainte Vierge , et que Mars est évidemment Jésus - Christ. A la bonne heure , je ne m'y oppose pas ; mais j'avoue que je ne m'en serais pas aperçu. Cette allégorie nouvelle rendra raison de tout ; on ne sera plus tant surpris que Gama , dans une tempête , adresse ses prières à Jesus-Christ , et que ce soit Vénus qui vienne à son secours. Bacchus et la "Vierge Marie se trouveront tout naturellement ensemble.

Le principal but des Portugais , après l'établisse-

3i6 Essai sur la Poésie épique ,

ment de leur commerce , est la propagation de la toi , et Vénus se charge du succès de l'entreprise. A [arler sérieusement , un merveilleux si absurde défigure tout l'ouvrage aux yeux des lecteurs sentes ; il semble que ce grand défaut eût dû faire tomber ce- poème ; mais la poésie du style , et l'imagination dans l'expression l'ont soutenu , de même que les beautés de l'exécution ont placé Paul Véronese parmi les grands peintres , quoiqu'il ait placé des Pères Bénédictins et des Soldats Suisses dans des sujets de l'ancien Testament.

Le Camocns tombe presque toujours dans de telles disparates. Je me souviens que Vasco , après avoir raconté ses aventures au Roi de Mélinde , lui dit : O Roi ! juge\ si Ulysse et Enée ont voyagé aussi loin que moi , et couru autant de péril ! Comme si un barbare Africain des côtes de Zanguebar savait son Homère et son Virgile. Mais de tous les défauts de ce poëme , le plus grand est le peu de liaison qui règne dans toutes ses parties ; il ressemble au voyage dont il est le sujet. Les aventures se succèdent les unes aux autres , et le poète n'a d'autre art que celui de bien conter les détails. Mais cet art seul , par le plaisir qu'il donne , tient quelquefois lieu de tous les autres. Tout cela prouve enfin que l'ouvrage est plein de grandes beautés , puisque depuis deux cents ans il fait les délices d'une nation spirituelle qui doit en connaître le» fautes.

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