‹ HenriadeChapitre 42 sur 69 · Chapitre FIL ZiJ · texte numérisé non relu

Chapitre FIL ZiJ

1 ORQUATO Tasso commença sa Gierusalemme liberata dans le terns que la Lusiade du Camoens commençait à paraître. Il entendait assez le Portugais pour lire ce poëme et pour en être jaloux ; il disait que le Camoens était le seul rival en Europe qu'il craignît. Cette crainte , si elle était sincère , était très-mal fondée; le Tasse é\.?.\t autant au-dessus de Camoens , que le Portugais était supérieur à ses Compatriotes. Le Tasse eût eu plus de raison d'avouer qu'il était jaloux de VArioste , par qui sa réputation fut si long tems balancée , et qui lui est encore préféré par bien des Italiens. Il y aura même quelques lecteurs qui s'étonneront que l'on ne place point ici VArioste parmi les poètes épiques. Il est vrai que VArioste a plus de variété , plus d'imagination que tous les autres ensemble ; et si on lit Homère par une espèce de devoir , on lit et on relit VArioste pour son plaisir. Mais il ne faut pas confondre les espèces. Je ne parlerais point des comédies de l'Avare et du Joueur , en traitant de la tragédie. "L'Orlando furioso est d'un autre genre que Vlliade et VEneïde. On peut même dire que le genre , quoique plus agréable au commun des lecteurs , est cependant très-inférieur au véritable poëme épiqu**

3 1 S Essai sur la poésie épique ,

]1 en est des écrits comme des hommes. Les caractères sérieux sont les plus estimés ; et celui qui domine son imagination est supérieur à celui qui s'y abandonne. Il est plus aisé de peindre des o-gres et des géants que des héros, et d'outrer la nature owe de la suivre.

Le Tasse nûquit à Surrento , en i544 > le onzième Mars, de Bernardo Tasso et de Portia de Rossi. La nvison dont il sortait était une des plus illustres d'Italie', et avait été long-tems une des plus posantes. Sa grand-mere était une Cornaro : on sait assez qu'une noble Vénitienne a d'ordinaire la vanité de ne point épouser un homme d'une qualité médiocre ; mais toute cette grandeur passée ne servit peut-être qu'à le rendre plus malheureux. Son "psre , né dans le déclin de sa maison , s'était attaché au Prince de Salerne -, qui fut dépouillé de sa principauté par Charles-Quint. De plus , Bernardo était poëte lui-même : avec ce talent , et le malheur qu'il eut d'être domestique d'un petit Prince, il n'est pas étonnant qu'il ait été pauvre et malheureux.

Tcrquato fut d'abord élevé à Naples. Son génie poétique , la seule richesse qu'il avait reçu de son r>ere , se manifesta dès son enfance. Il faisait des vers à l'âge de sept ans. Bernardo , banni de Naples avec les partisans du Prince de Salerne , et qui connaissait, par une dure expérience, le danger de h poésie et d'être attaché aux grands, voulut éloigner son fils de ces deux sortes d'esclaves II l'envoya étu» dier le droit à Padoue. Le jeune Tasse y réussit ,

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