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Chapitre VIL o2I

clans des maladies violentes et longues qui lui ôterent quelquefois l'usage de la raison. Il prétendit U!i jour avoir^été guéri par le secours de la Sainte Vierge et de Sainte Scholastique , qui lui apparurent clins un grand accès de fièvre. Le Marquis Manso di Villa rapporte ce fait comme certain; mais tout ce que la plupart des lecteurs en croiront, c'est que le Tasse avait la fièvre.

Sa gloire poétique , cette consolation imaginaire dans des malheurs réels , fut attaquée de tous côtés.- Le nombre de ses ennemis éclipsa pour un tems sa réputation. Il fut presque regardé comme un mauvais poète : enfin , après vingt années, l'envie fut lasse de l'opprimer, son mérite surmonta tout. On lui offrit des honneurs et de la fortune , mais ce ne fut que lorsque son esprit , fatigué d'une suite de malheurs si longue , était devenu insensible à tout ce qui pouvait le flatter. Il fut appelé à Rome par le Pape Clément VIII , qui , dans une Congrégation de Cardinaux , avait résolu de lui donner la couronne de laurier , et les honneurs du triomphe , cérémonie bizarre qui parait ridicule aujourd'hui , sur-tout en France , et qui était alors très-sérieuse et très-honorable en Italie. Le Tasse fut reçu à un mille de Rome par les deux Cardinaux neveux , et par un grand nombre de Prélats et d'hommes de toutes conditions. On le conduisit à l'audience du Pape : Je désire, lui dit le Pontife, que vous honoriez la couronne de laurier qui a Aonoré jusqu'ici tous ceux qui Vont portée. Les deux Cardinaux Aldobrandins , neveux du Pape , qui

Essai sur la Poésie épique , aimaient et admiraient le Tasse , se chargèrent Je l'appareil du couronnement ; il devait se faire au Capitole ; chose assez singulière , que ceux qui éclairent le monde par leurs écrits , triomphent dans la même place que ceux qui l'avaient désolé par leurs conquêtes. Le Tasse- tomba malade dans le tems de ces préparatifs , comme si la fortune avait voulu le tromper jusqu'au dernier moment : il mourut la veille du jour destiné à la cérémonie.

Le tems qui sappe la réputation des ouvrages médiocres , a assuré celle du Tasse. La Jérusalem 'délivrée est aujourd'hui chantée en plusieurs endroits de l'Italie , comme les poèmes à'Honiere Tétaient en Grèce ; et on ne fait nulle difficulté de le mettre à côté de Virgile et à' Homère , malgré ses fautes, et malgré la critique de M. Despreaux.

La Jérusalem paraît , à quelques égards , être d'après ITliade : mais si c'est imiter que de choisir dans l'histoire un sujet qui a des ressemblances avec la fable de la guerre de Troye; si Renaud est une copie d'Achille , et Godefroy à'Agamemnon , j'ose dire que le Tasse a été bien au-daià de son modèle, lia autant de feu qu'Homère dans ses batailles , avec plus de variété. Ses héros ont tous des caractères différens comme ceux de ITliade ; mais ce* caractères sont mieux annoncés , plus fortement décrits , et infiniment mieux soutenus ; car il n'y en a presque pas un seul qui ne se démente chtns le poète Grec, et pas un qui ne soit invariable dans l'Italien.

11 a peint ce qu'Homère crayonnait , il a perfec-

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