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Chapitre VU, Va

La d'une obscure source il coule une Onde obscure , Qui semble du Cocyte emprunter la teinture ; Souvent un bruit confus trouble ce noir séjour , Et l'on entend mugir les roches d'alentour : Souvent du triste éclat d'une flamme ensoufrée La forêt est couverte , et n'est pas dévorée ; Et l'on a vu cent lois les troncs entortiliés, De cérastes hideux et de dragons aîlés. Les voisins de ce bois , si sauvage et si sombre , Laissent a ces démons son horreur et son ombre ; Et le Druide craint , en abordant ces lieux , D'y voir ce qu'il adore, et d'v trouver ses Dieux. Il n'est rien de sacré pour des mains sacrilèges , Les Dieux même , les Dieux n'ont point de privilèges ; César veut qu'à l'instant leurs droits soient violés, Les arbres abattus, les autels dépouillés ; Et de tous les soldats les âmes étonnées Craigneut de vuir contre eux retourner leurs coignées, Il querelle leur crainte, il frémit de courroux , Et le fer a la main porte les premiers coups. Quittez , quittez , dit-il , l'effroi qui vous maîtrise , 8i ces bois sont sacrés, c'est moi qui les méprise : §eul j'offense aujourd'hui le respect de ces lieux , Et seul je prends sur moi tout le courroux des Dieux, A ces mots tous les siens cédant à leur contrainte, Dépouillent le respect sans dépouiller la crainte. Les Dieux parlent encore à ces' cœurs agités ; Mais quand Jule commande ils sont niai écoutés. Alors on voit tomber sous un fer terne; aire , Des chênes et des ifs aussi vieux que leur mère , Des pins et des cyprès dont les feuillages verts Conservent le printems au milieu des hi\ei 's. A ces forfaits nouveaux tous les peuples frémissent, A ce lier attentat tous les prêtres gémirent, ftlarseiile seulement , qui les voit de ses tours. Pu crime des Latins fait son plus grand secuui s.

382 Essai sur la Poésie épique ,

Elle croit que les Dieux d'au c'ckt de tonnerre , Vont foudroyer Ce'sar et terminer la guerre.

J'avoue que toute la Pharsale n'est pas comparable à la Jérusalem délivrée ; mais au moins cet endroit fait voir combien la vraie grandeur d'un héros réel est au-dessus de celle d'un héros imaginaire , et combien les pensées fortes et solides surpassent ces inventions qu'on appelle des beautés poétiques , et que les personnes de bon sens regardent comme des contes insipides , propres à amuser les enfans.

Le Tasse semble avoir reconnu lui-même sa faute, et il n'a pu s'empêcher de sentir que ces contes ridicules et bizarres , si fort à la mode alors, non-seulement en Italie , mais encore dans toute l'Europe , étaient absolument incompatibles avec la gravité de la poésie épique. Pour se justifier , il publia une préface, dans laquelle il avança que tout son poëme était allégorique. L'armée des Princes chrétiens , dit-il , représente le corps et l'ame. Jérusalem est la figure du vrai bonheur qu'on acquiert par le travail et avec beaucoup de difficulté. Godefroy est l'ame, Tancrede , Renaud , etc. en sont les facultés. Le commun des soldats sont les membres du corps. Les Diables sont à la fois figures et figurés , figura e fîgurato. Armide et Ismeno sont les tentations qui assiègent nos âmes •> les illusions de la foret enchantée représentent les faux raisonnemans , fahi

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