‹ HenriadeChapitre 50 sur 69 · Chapitre VIL · texte numérisé non relu

Chapitre VIL

îilîogîsmi , dans lesquelles nos passions nous entraînent.

Telle est la clef que le Tasse ose donner de son poème. Il en use en quelque sorte avec lui-même , comme les commentateurs ont fait avec Homère et avec Virgile. Il se suppose des vues et des desseins qu'il n'avait pas probablement quand il fit son poëme ; ou si par malheur il les a eus , il est bien incompréhensible comment il a pu faire un si bel ouvrage avec des idées si alambiquées. Si le Diable joue dans son Poëme le rôle d'un misérable charlatan, d'un autre côté tout ce qui regarde la religion y est exposé avec majesté , et , si j'ose le dire , dans l'esprit de la religion. Les processions , les litanies , et quelques autres détails de pratiques religieuses sont représentées dans la Jérusalem délivrée sous une forme respectable. Telle est la force de la poésie qui sait annobiir tout , et étendre la sphère des moindres choses.

Il a eu l'inadvertance de donner aux mauvais esprits les noms de Pluton et d'Alectcn , et d'avoir confondu les idées païennes avec les idées chrétiennes. Il est étrange que la plupart des poètes modernes soient tombés dans cette faute. On dirait que nos Diables et notre enfer chrétien auraient quelque chose de bas et de ridicule , qui demanderait d'être annobli par l'idée de l'enfer païen. Il est vrai que Pluton , Proserpine , Rhadamante , Tisiphone , sont des noms plus agréables que BeU

334 Essai sur la Poésie épique ,

lebut et A^tarot ; nous rions du mot de Diable, nous respectons celui de Furie. Voilà ce que c'est que d'avoir le mérite de l'antiquité ; il n'y a pas jusqu'à L'enfer qui n'y gagne.

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