‹ HenriadeChapitre 5 sur 69 · DE LÀ H ENRÎADÈ. XXXIX · texte numérisé non relu

DE LÀ H ENRÎADÈ. XXXIX

grandes qualités que de bonnes , semblait né pour changer la face de l'Etat dans ce tenis de troubles.

Henri III , au lieu d'accabler ces deux partis sous le poids de l'autorité royale , les fortifia par sa faiblesse. Il crut faire un grand coup de politique . en se déclarant le Chef de la Ligue ; mais il n'en fut que l'esclave. Il fut forcé de faire la guerre pour les intérêts du Duc de Guise , qui le voulait détrôner, contre le Roi de Navarre son. beau-frere , son héritier présomptif , qui ne pensait qu'à rétablir l'autorité royale r d'autant plus qu'en agissant pour Henri III, à qui il devait succéder , il agissait pour lui-même.

L'armée que Henri III envoya contre le îioi son beau-frere , fut battue à Coutras ; son favori Joyeuse y fut tué. Le Navarrois ne voulut point d'autre fruit de sa victoire, que de se réconcilier avec le Roi. Tout vainqueur qu'il était , il demanda la paix , et le Roi vaincu n'osa l'accepter . tant il craignait le Duc de Guise et la Ligue. Guise, dans ce te m -là même , venait de dissiper une armée d'Allemands. Ces succès du Balafré humilièrent encore davantage le Roi de France , qui se crut à la fois vaincu par les Ligueurs et par les Réformés.

Le duc de Guise , entlé de sa gloire , et fort de la faiblesse de son Souverain , vint à Paris malgré ses ordres. Alors arriva la fameuse journée des Barricades , ou le peuple

xl Fondement de la Fable

chassa les gardes du Roi , et ou le Monarque fut obligé de fuir de sa capitale. Guise lit plus , il obligea le Roi de tenir les Etatsgénéraux du Royaume à LUois , et il prit si bien ses mesures , qu'il était près de partager l'autorité royale , du consentement de ceux qui représentaient la Nation , et sous l'apparence des formalités les plus respectables. Henri III, réveillé par ce pressant danger y lit assassiner, au château de Blois , cet ennemi si dangereux, aussi-bien que son frère le Cardinal, plus violent et plus ambitieux encore que le duc de Guise.

Ce qui était arrivé au parti Protestant , après la Saint-Bartheîemi , arriva alors à la Ligue. La mort des Chefs ranima le parti : les Ligueurs levèrent le masque; Paris ferma ses portes : on ne songea qu'à la vengeance. On regarda Henri IIï comme l'assassin des défenseurs de la Religion , et non comme un Roi qui avait puni ses sujets coupables. Il fallut que Henri IIÏ , pressé de tous côtés, se réconciliât enfin avec le Navarrois. Ces deux Princes vinrent camper devant Paris , et c'est-là que commence la Henriade.

Le Duc de Guise laissait encore un frère : c'était le Duc de Mayenne , homme intrépide ; mais plus habile qu'agissant , qui se vit tout d'un coup à la tête d'une Faction instruite de ses forces , et animée par la vengeance et par le fanatisme.

Presque toute l'Europe entra dans, cette guerre. La célèbre Elisabeth , Reme d'Àa-

D E LA HenRIADË. Xi}

gleterre , qui était pleine d'estime pour le Roi de Navarre , et qui eut toujours une extrême passion de le voir ,, le secourut plusieurs fois d'hommes , d'argent , de vaisseaux , et ce fut Duplessis-Mornay qui alla toujours en Angleterre solliciter ces secours.

D'un autre côté , la branche d'Autriche , qui régnait en Espagne , favorisait la Ligue dans l'espérance d'arracher quelques dépouilles d un royaume déchiré par la guerre civile. Les Papes combattaient le Roi de Navarre , non - seulement par des excommunica iïons , mais par tous les artifices de la politique , et parles petits secours d'hommes et d'argent que la Cour de Rome put iburnir.

Cependant Henri III allait se rendre maître de Paris , lorsqu'il fut assassine à Saint-Cloud par un Moine Dominicain , qui commit ce parricide dans la seule idée qu'il obéissait à Dieu , et qu'il courait au martyre ; et ce meurtre ne lut pris seulement le crime de ce Moine fanatique ; ce tut le crime de tout le parti. L'opinion publique , la créance de tous les Ligueurs , était qu'il fallait tuer son Roi s'il était mal avec la Cour de Rome. Les prédicateurs le criaient dans leurs mauvais sermons ; on l'imprimait dans tous ces livres pitoyables qui inondaient la France , et qu'on trcuve à peine aujourd'hui dans quelques .bibliothèques ,. comme des raonumens curieux dun

Xtij FoJfï>BMEN*î DE LA FâBLE

siècle également barbare , et pour les lettres, et pour les mœurs.

Après la mort de Henri III , le Roi de Navarre , Henri-le-Grand s reconnu Roi de France par l'armée , eut à soutenir toutes les forces de la Ligue , celles de Rome , de l'Espagne , et son Royaume à conquérir. II bloqua ; il assiégea Paris à plusieurs reprises, parmi les plus grands hommes qui lui furent utiles dans cette guerre , et dont on a fait quelque usage dans ce Poëme , on compte Jes Maréchaux d'Auraqnt et de Biron , le Duc de Bouillon,, elc. Duplessis- Mornay fut dans la plus intime confidence jusqu'au changement de Religion de ce Prince ; il le servait de sa personne dans les armées , de sa plume contre les excommunications des Papes, et de son grand art de négocier, en lui cherchant des secours chez tous les Princes Protestans.

Le principal chef de la Ligue élait le Duc de Mayenne : celui qui avait le plus de réputation après lui , était le Chevalier d'Aumale , jeune Prince connu par cette fierté et ce courage brillant , qui distinguaient particulièrement la maison de Guise. Ils obtinrent plusieurs secours de l'Espagne ; mais il n'est question ici que' du fameux Comte d'Egmont , û\s de l'Amiral , qui amena treize ou quatorze cents lances au Duc de Mayenne. On donna beaucoup de combats , dont le plus fameux , le plus décisif et le plus glorieux poux Henri IV , fut

DE LA HeNBIADE. xîiij

la bataille d'Ivri , où le Duc de Mayenne fut vaincu , et le Comte tTEgmorit fut tué.

Pendant le cours de cette guerre , le Roi était devenu amoureux de la belle Gabrielle d'Estrées ; mais son courage ne s'amollit point auprès d'elle , témoin la lettre qu'on voit encore dans la bibliothèque du Roi , dans laquelle il dit à sa maîtresse : " Si je » suis vaincu , vous me connaissez assez » pour croire que je ne fuirai pas; mais ma » dernière pensée sera à Dieu , et l'avant- » dernière à vous. »

A.u reste , on omet plusieurs faits considérables , qui n'ayant pas de place dans le Pcëme , n'en doivent point avoir ici. On ne parle ni de l'expédition du Duc de Parme en France , qui ne servit qu'à retarder la chute de la Ligue , ni de ce Cardinal de Bourbon , qui fut quelque tems un fantôme de Roi sous le nom de Charles X. Il suffît de cure , qu'après tant de malheurs et de désolation , Henri IV se fit Catholique j et: que les Parisiens , qui haïssaient sa Religion ,,et révéraient sa personne , le reconnurent alors pour leur Roi.

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