‹ HenriadeChapitre 6 sur 69 · D E LA H E N R I A D E · texte numérisé non relu

D E LA H E N R I A D E

!*e sujet de la Henriade est le siège de Paris , commencé par Henri de Valois et Henri - le - Grand , achevé par ce dernier seul.

Le lieu de la scène ne s'étend pas plus loin que de Paris à Ivri , ou se donna cette fameuse bataille, qui décida du sort de la France et de la maison Royale.

Le Poème est fondé sur une histoire connue , dont on a conservé la vérité dans les événement principaux. Les autres moins respectables ont été ou retranchés , ou arrangés suivant la vraisemblance quJexige un Poëme. On a tâché d'éviter en cela le défaut de Lucain , qui ne fit qu'une gazette ampoulée , et on a pour garans ces vers de M. Despréaux :

Loin ces rimeurs craintif» , dont l'esprit flegmatique Garde dans leurs fureurs un ordre didactique.

Puur prendre Lille , il faut qne Dole soit rendu.

Idée de la Hf.niuade. xlr

Et que leur vers exact , ainsi que Mczeray ,

Ait fait tomber deia les remparts de Courtrav.

On n'a fait même que ce qui se pratique dans toutes les Tragédies , où les évenemens sont plies aux règles du théâtre.

Au reste , ce Poëme n'est pas plus historique qu'aucun autre, Le Camoiiens , qui est le Virgile des Portugais , a célébré un événement dont il avait été témoin luimême. Le Tasse a chanté une croisade > connue de tout le monde , et n'en a omis ni l'Hermite Pierre , ni les processions. Virgile n'a construit la fable de son Enéide que des famés reçues de son tems ,, et qui passaient pour l'histoire véritable de la descente d'Enée en Italie.

Homère , contemporain d'Hésiode , et qui par conséquent vivait environ cent ans après la prise de Troye , pouvait aisément avoir vu dans sa jeunesse des vieillards qui avaient connu les Héros de cette guerre. Ce qui doit même plaire davantage dans Homère , c'est que le fond de son ouvrage n'est point un roman ; . que les caractères ne sont point de son imagination ; -qa'il a peint les hommes tels qu'ils étaient , avec leurs bonnes et leurs mauvaises qualités , et que son livre est le monument des mœurs de ces tems reculés.

La Henriade est composée de deux par-

xlvj ÏDÉB DE LA HexriADE.

ties , d'événemens réels dont on vient de rendre compte , et de fictions. Ces fictions sont toutes puisées dans le système du merveilleux , telles que la prédiction de la conversion de Henri IV , la protection que lui donne Saint Louis , son apparition , le feu du Ciel détruisant ces opérations magiques „. qui étaient alors si communes , etc. Les autres sont purement allégoriques. De ce nombre , sont les voyages de la Discorde à Rome , la Politique , le Fanatisme personnifiés ; le Temple de l'Amour; enfin , les Passions et les Vices.

Prenant un corps , une aine , un esprit , ua visage.

Oue si l'on a donné , dans quelques endroits , à ces passions personnifiées 3 k-s mêmes attributs que leur donnaient les Païens , c'est que ces attributs allégoriques sont trop connus pour erre changes. L'Amour a des flèches ; la Justice a une balance dans nos ouvrages les plus chrétien?, dans nos tableaux , dans nos tapisseries , sans que ces représentations aient la moindre teinture de paganisme. Le mot aAm; trite , xhris notre poésie , ne signifie que la Mer , et non Y Epouse de Neptune. Les champs de Mars ne veulent dire que la Guerre , etc. S'il est quelqu'un d'un avis contraire , il faut le renvoyer encore à ce grand maître M. Despréaux , qui dit :

Idée de la R e n n r à b e. xlvi j

C'est d'un scrupule vain s'alarmer sottement ; C'est vouloir , au Lecteur , plaire sans agrément. Bientôt ils défendront de peindre la Prudence , De donner à Thé rais ni bandeau ni balance, Ou le Teins qui s'enfuit une horloge à la main ; ,De figurer aux veux la Guerre au Iront d airain : Et par-tout des discours , comme une idolâtrie , Dans leur faux zèle iront chasser l'allégorie.

Ayant rendu compte de ce que confient cet ouvrage , on croit devoir dire un mot de Fesprit dans lequel il a été composé. On n'a voulu ni flatter ni médire. Ceux qui trouveront ici les mauvaises actions de leurs ancêtres , n'ont qu'à les réparer par leur vertu. Ceux dont les aïeux y sont nommés avec éloge 3 ne doivent aucune reconnaissance à l'Auteur , qui n'a eu en vue que la vérité ; et le seul usage qu'ils doivent faire de ces louanges 3 c'est d'en mériter de pareilles.

Si Ton a , dans cette nouvelle édition , retranché quelques vers qui contenaient des vérités dures contre les Papes qui ont autrefois déshonoré le Saint Siège par leurs crimes , ce n'est pas qu'on fasse à la Cour de Rome l'affront de penser qu'elle veuille rendre respectable la mémoire de ces mauvais Pontifes. Les Français, qui condamnent les méchancetés de Louis XI et de Catherine de Médicis, peuvent parler sans doute avec

xlviij Idée de la Henriade.

horreur d'Alexandre VI. Mais l'Auteur a ;ué ce morceau , Unique m ce qu'il

était trop long , et qu'il y avait dts vers dont il n'était pas content.

C'est dans cette seule vue qu'il a mis beaucoup de nom.- à la place de ceux qui se trouvent dans les premières éditions, selon qu'il les a trouves plus convenables à son su]-l , ou que les noms même lui ont paru plus sonores. La seule politique dans un Poëme doit être de taire de bons vers. On a retranché la mort d'un jeune Bouiïlers, qu'on supposait tué par Henri IV" , parce que dans cette circonstance la mort de ce jeune homme semblait rendre Henri IV un peu odieux , sans le rendre plus grand. On a fait passer Duplessis - Jvlornay en Anglegleterre auprès de la Heine Elisabeth , parce qu'effectivement il y fut envoyé , et qu'on s'y' ressouvient encore de sa négociation. On s'est servi de ce même Duplessis-Mornay dans le reste du Poème , parce qu'ayant joué le rôle de confident du Roi dans le premier chant , il eut été ridicule qu'un autre prît sa place dans les chants suivans : de même qu'il serait impertinent dans une tragédie ( dans Bérénice , par exemple ) , que Titus se confiât a Paulin au premier acte , et à un ancre au cinquième. Si quelques personnes veulent donner des interprétations malignes a ces changement , l'Auteur

ne

Idée de la Henriade. xlîx

ne doit point s'en inquiéter. Il sait , que quiconque écrit , est fait pour essuyer les traits de la malice.

Le point le plus important est la Religion , qui fait en grande partie le sujet du Poème , et qui en est le seul dénouement.

L'Auteur se flatte de s'être exprimé en beaucoup d'endroits avec une précision rigoureuse , qui ne peut donner aucune prise à la censure ; tel est , par exemple , ce morceau sur la Trinité :

La Puissance , l'Amour avec l'Intelligence, Unis et divises, composent sou essence.

Et celui-ci :

Il reconnaît l'Eglise ici bas combattue ; L'Eglise toujours une , et par-tout étendue; Libre, mais sou? un Chef, adorant en tout lieu, Dans le bonheur des Saints, la grandeur de son Dieu» Le Christ , de nos péchés , victime renaissante , De ses élus chéris , nourriture vivante , Descend sur les Autels à ses yeux éperdus , Et Iwi découvre un Dieu sous un pain qui n'est plus.

Si Ton n'a pu s'exprimer par -tout avec cette exactitude théoiogique , le Lecteur raisonnable y doit sappleer. Il y aurait une extrême injustice à examiner tout l'ouvrage

1 In F F. df la Henriide.

comme une thèse de Théologie. Ce Pot me ne respire que l'amour de la Religion et des Loix. On y déteste également la rébellion et la persécution : il ne faut pas juger sur un mot , un liyre écrit dans un tel esprit.

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