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Chapitre Vîîl. 33g

» que les Dieux vous ont laissé pour vous venger.

> J'applaudis , je l'avoue , à la fïere émulation i de vos courages. Ce même orgueil que je conp damne augmente l'espoir que je conçois. Mais i que votre valeur aveugle ne combatte pas contre » elle-même, et ne se serve pas de ses propres y forces pour détruire le pays qu'elle doit défendre. i Si vous êtes résolus de ne point cesser vos que-

> relies , trempez vos glaives dans mon sang glacé :

> j'ai vécu trop long-tems : heureux qui meurt sans 5 voir ses compatriotes malheureux , et malheu- » reux par leur faute. Ecoutez donc ce que j'ose

> vous proposer. Votre valeur , ô Caciques, esc

> égale ; vous êtes tous également illustres par i votre naissance , par votre pouvoir , par vos richesses , par vos exploits : vos âmes sont également dignes de commander , également capables de subjuguer l'univers. Ce sont ces présens célestes qui causent vos querelles. Vous manquez de chef , et chacun de vous mérite de l'être ; ainsi , puisqu'il n'y a aucune différence entre vos courages , que la force du corps décide ce que l'égalité de vos vertus n'aurait jamais décidé , etc. » L,e vieillard proposa alors un exercice digne

d'une nation barbare, qui était de porter une grosse poutre , afin que celui qui en soutiendrait le poids pius long-tems fût revêtu du commandement.

Comme la meilleure manière de perfectionner notre goût est de comparer ensemble des choses de même nature, opposez le discours de Nestor à celui de Colocolo , et renonçant à cette adoration

3/j.o Essai sur la Poésie épique ,

que nos esprits justement préoccupés rendent an grand nom à' Homère , pesez les deux harangues dans la balance de l'équité et de la raison. Après qu'Achille , instruit et inspiré par Minerve , Déesse de la Sagesse , a donné à Agamemnom les noms (['Ivrogne et de Chien ; le sage Nestor se levé pour adoucir les esorits irrités de ces deux héros , et parle ainsi : « Quelle satisfaction sera-ce aux

> Troyens , lorsqu'ils entendront parler de vos disi cordes ! Votre jeunesse doit respecter mes années.,

> et se soumettre à mes conseils. J'ai vu autrefois

> des héros supérieurs à vous. Non , mes yeux ne

> Verront jamais des hommes semblables à l'invin-

> cible Pirithoûs , au brave Ceneus , au divin ) Thésée , etc. . . . J'ai été à la guerre avec eux , •> et quoique je fusse jeune , mon éloquence perj suasive avait du pouvoir sur leurs esprits, lis

> écoutaient Nestor y jeunes guerriers écoutez

> donc les avis que vous donne ma vieillesse. Atride ,

> vous ne devez pas garder l'esclave à' Achille ; fils

> de Thétis , vous ne devez pas traiter avec hau-

> teur le chef de l'armée. Achille est le plus gi-'and,

> le plus courageux des guerriers : Agamemnon est

> le plus grand des Rois , etc. » Sa harangue fut nfructueuse , Agamemnon loua son éloquence et

méprisa son conseil.

Considérez d'un côté l'adresse avec laquelle le barbare Çolocolo s'insinue dans l'esprit des Caciques , la douceur respectable avec laquelle il calme leur animosité , la tendresse majestueuse de ses paroles; combien l'amour du pays l'anime , combien les

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