Chapitre IX
le Docteur Atierhury, depuis Evéque de Rocnester , qui voulurent enfin que l'Angleterre eût un poème épique. Ils engagèrent les héritiers de Tompson à faire une belle édition du Paradis perdu. Leur suffrage en entraîna plusieurs. Depuis , le célèbre M. Addisson écrivit en forme pour prouver que ce poëme égalait ceux de Virgile et d'Homère. Les Anglais commencèrent à se le persuader , et la réputation de Milton fut fixée.
Il peut avoir imité plusieurs morceaux du grand nombre des poëmes latins faits de tout tems sur ce sujet ; ï'Âdamus exul de Grotius , un nommé Ma\tn ou Maienius , et beaucoup d'autres , tous inconnus au commun des lecteurs. Il a pu prendre dans le Tasse la description de l'enfer; le caractère de Satan; Vexil des Démons. Imiter ainsi ce n'est point être plagiaire ; c'est lutter , comme dit Boileau , contre son original ; c'est enrichir sa langue des beautés des langues étrangères ; c'est nourrir son génie , et l'accroître du génie des autres ; c'est ressembler à Virgile qui imita Homère. Sans doute Milton a jouté contre le Tasse avec des armes inégales ; la langue Anglaise ne pouvait rendre l'harmonie des vers Italiens :
Chiama gli abitatori dell' ombre eterne
Il rauco suon délia taitarea t'Omba;
ïreman le spaziose atre caverne ,
E l'aercieco à quel runior îimbomba, etc
Cependant Milton a trouvé l'art d'imiter heureusement tous ces beaux morceaux. 11 est vrai que ce
2bo Essai sur la Poésie épique ,
qui n'est qu'un épisode dans le Tasse est le sujet même dans Alilton. Il est vrai que sans la peinture des amours à' Adam et Eve , comme sans l'amour de Renaud et à'Armide , les Diables de Alilton et du Tasse n'auraient pas eu un grand succès. Le judicieux Despréaux , qui a presque toujours eu raison , excepté contre Quinaut , a dit à tous ces poètes :
Eh ! quel objet enfin à présenter aux veux ,
Que le Diable toujours hurlant contre les cieuxï
Je cfois qu'il y a deux causes du succès que le Paradis perdu aura toujours : la première , c'est l'intérêt qu'on prend à deux créatures innocentes et fortunées , qu'un être puissant et jaloux , par sa séduction , rend coupables et malheureuses : la seconde est la beauté des détails.
Les Français riaient encore , quand on leur disait que l'Angleterre avait un poëine épique , dont le sujet était le Diable combattant contre Dieu , et un serpent qui persuade à une femme de manger une pomme : ils ne croyaient pas qu'on pût faire sur ce sujet autre chose que des vaudevilles , lorsque M. du Pré de Saint- Maur donna une traduction en prose Française de ce poëme singulier On fut étonné de trouver , dans un sujet qui paraît si stérile , une si grande fertilité d'imagination. On admira les traits majestueux avec lesquels il ose peindre Dieu , et le caractère encore plus brillant qu'il donne au Diable. On lut avec beaucoup de plaisir la descrip-