Chapitre IX
tion du jardin à'Eden , et des innocentes amours d'Adam et d'£ve. En effet , il est à remarquer que dans tous les autres poèmes , l'amour est regardé comme une faiblesse , dans Aliîton seul il est une vertu. Le poëte a su lever d'une main chaste le voile qui couvre ailleurs les plaisirs de cette passion, il transporte le lecteur dans le jardin des délices ; il semble lui taire goûter les voluptés pures dont Adam et Eve sont remplis : il ne s'élève pas au-dessus de la nature humaine , mais au-dessus de la nature humaine corrompue , et comme il n'y a point d'exemple d'un pareil amour , il n'y en a point d'une pareille poésie.
Mais tous les critiques judicieux dont la France est pleine , se réunirent à trouver que le Diable parle trop souvent et trop iong-tems de la même chose. En admirant plusieurs idées sublimes , ils jugèrent qu'il y en a plusieurs d'outrées , et que l'auteur n'a rendu que puériles , en s'efforçant de les faire grandes. Ils condamnèrent unanimement cette subtilité avec laquelle Satan fait bâtir une salle d'ordre dorique au milieu de l'enfer , avec des colonnes d'airain et de beaux chapiteaux d'or , pour haranguer les Diables auxquels il venait de parler tout aussi - bien en [ itin air. Pour comble de ridicule , les grands Diables , qui auraient occupé trop de place dans ce parlement d'enfer, se transforment en Pygmées , afin que tout le monde puisse se trouver à l'aise au conseil.
Après la tenue des états infernaux , Satan s'apprête à sortir de l'abîme ; il trou\e la mort à la
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porte qui veut se battre contre lui. Us étaient prêts à en venir aux mains , quand le Péché , monstre féminin , à qui des dragons sortent du venlre , court au devant de ces deux champions. « Arrête , » ô mon père ! dit- il au Diable ; arrête , ô mon » fils ! dit-il à la Mort. Et qui es-tu donc , répond » le Diable , toi qui m'appelles ton père : Je suis » le Péché , réplique ce monstre : tu accouchas de j> moi clans le ciel : je sortis de ta tête par le côté » gauche , tu devins bientct amoureux de moi , » nous couchâmes ensemble ; j'entraînai beaucoup r> de -.Chérubins dans ta révolte ; j'étais grosse » quand la bataille se donna dans le ciel ; nous » fûmes précipités ensemble. J'accouchai dans l'en- » fer , et ce fut ce monstre que tu vois , dont je » fus père : il est ton fils et le mien. A peine fut- » il né , qu'il viola sa mère , et qu'il me fit tous >> ces enfans que tu vois , qui sortent à tous mo- » mens de mes entrailles , qui y rentrent et qui » les déchirent. >> Après cette dégoûtante et abominable histoire , le Péché ouvre à Satan les portes de l'enfer ; il laisse les Diables sur le bord du Phlégéton , du Stvx et du Léthé : les uns jouent de la harpe , les autres courent la bague ; quelquesuns disputent sur la grâce et sur la prédestination. Cependant Satan voyage dans les espaces imaginaires y il tombe dans le vide, et il tomberait encore si une nuée ne l'avait repoussé en haut. Il arrive dans le pays du chaos, il traverse le paradis des fous, the Paradise of fooïs : c'est l'un des endroits qui ne sont point traduits en Français, il