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Chapitre IX

trouve dans ce paradis les indulgences , les Agnus Del , les chapelets , les capuchons et les scapulaires des moines.

Voilà des imaginations dont tout lecteur sensé a été révolte , et il faut que le poëme soit bien beau d'ailleurs , pour qu'on ait pu le lire , malgré l'ennui que doit causer cet amas de folies désagréables.

La guerre entre les bons et les mauvais Anges a paru aussi aux connaisseurs un épisode , où le sublime est trop noyé dans l'extravagant. Le merveilleux même doit être sage , il faut qu'il conserve DR air de vraisemblance , et qu'il soit traité avec goût : les critiques les plus judicieux n'ont trouvé dans cet endroit ni goût , ni vraisemblance , ni raison. Ils ont regardé comme une grande faute contre le goût, la peine que prend Miîtcn de peindre le caractère de Raphaël , de Michel, d'Abdîel, d'Uriel, de Moloc , de Nisrot , d'Astarot , tous êtres imaginaires dont le lecteur ne peut se former aucune idée , et auxquels on ne peut prendre aucun intérêt. Homère , en parlant de ses Dieux , les caractéiisait par leurs attributs que l'on connaissait; mais un lecteur chrétien a envia de rire quand on veut lui faire connaître à fond Nisrot , Moloc et Abdiel. On a reoroché à Homère les Iongues et inutiles harangues , et sur-tout les plaisanteries de ses héros. Comment souffrir dans Aïilton les harangues et les railleries des Anges et des Diables , pendant la bataille qui se donne dans le ciel ? Ces mêmes critiques ont jugé ejne Miiton péchait contre le vraisemblable , d'avoir placé du

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canon dans l'armée de Satan , et d'avoir armé d'épées tous ces esprits qui ne pouvaient se blesser ; car il arrive que , lorsque je ne sais quel Ange a coupé en deux je ne sais quel Diable , les deux parties du Diable se réunissent dans le moment.

Ils ont trouvé que Milton choquait évidemment la raison par une contradiction inexcusable , lorsque Dieu le père envoie ses fidèles Anges combattre , réduire et punir les rebelles. « Allez, dit Dieu à » Michel et à Gabriel, poursuivez mes ennemis ^ jusqu'aux extrémités du Ciel ; précipitez-les loin j> de Dieu et de leur bonheur dans le Tartare, qui jj ouvre déjà son brûlant chaos pour les engloutir.» Comment se peut-il, qu'après un ordre si positif la victoire reste indécise l et pourquoi Dieu donnet-il un ordre inutile ? Il parle et n'est point obéi , il veut vaincre et on lui résiste ; il manque à la fois de prévoyance et de pouvoir : il ne devait point ordonner â ses Anges de faire ce que son fils unique seul devait faire.

C'est ce grand nombre de fautes grossières qui fit dire sans doute à Dryden dans sa préface sur l [Enéide , que Milton ne vaut gueres mieux que notre Chapelain et notre le Moine. Mais aussi ce sont les beautés admirables de Milton qui dht fait dire à ce même Dryden , que la nature l'avait formé de l'ame d'Homère et de celle de Virgile. Ce n'est pas la première fois qu'on a porté du même ouvrage, des jugemens contradictoires. Quand on arrive à Versailles du côté de la cour , on voit un vilain petit batimsnt écrasé avec sept croisées

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